‹ Les premières représentations célèbresChapitre 45 sur 70 · GAETANA · texte numérisé non relu

GAETANA

personnalité les causes de cette cabale et remonter jusqu'à Torigine de Oaëtana» Ce drame fut reçu d'abord par la Comédie-Française et répété à plusieurs reprises, mais avec de tels caractères de lenteur et d*indécision que M. About s'en alarma. On ne pouvait le jouer qu'en été, les tours d*hiver étant retenus; or, il paraît qu'il est désastreux d'être joué pendant les chaleurs. J'en sais beaucoup que cette considération n'arrêterait pas. Elle arrêta M. Edmond About, qui obtint avec assez de facilité de la Comédie-Française et du ministère d'État la permission de porter son drame à l'Odéon. Combien il doit regretter, à l'heure qu'il est, les ardeurs de la canicule I

De son côté, le public de l'Odéon est très-jaloux de ses privilèges. Il veut bien faire des réputations; il se méfie des réputations toutes faites, et surtout faites sans lui. Il ne demande pas mieux que de donner son chaleureux coup de- main au poëte qui commence, à M. Louis Bouilhet, à M. Amédée Rolland, à M. Edmond Pailleron; un instinct fraternel le guide en cela : il sent le travail, il devine la modestie, il soupçonne la crainte; il aime à encourager et à protéger. Mais de ce que Gaè'tana lui arrivait triomphalement, comme un don, avec cette préten-. tion bien affichée de s'emparer de la saison meilleure, en événement doublé d'une boyine affaire, mon jeune public s'est trouvé froissé; il n'est pas habitué aux façons confiantes de M. About ; il est le parterre, c'est-à-dire un pouvoir ; et, en qualité de pouvoir, il aura voulu donner une leçon. Le fait est tellement évident qu'on sifflait avant que la toile fût

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levée, qu'on sifflait dès les premiers mots des ac* teurs, qu'on sifflait dans les entr'actes, qu'on sifflait le lendemain et le surlendemain, qu'on sifflait même dan» la rue, OaStana dut être retirée — ou se retirer — le quatrième jour.

n va sans dire que je déplore à tous les points de vue cet excès, cet abus, cette iigustice. Le but a été dépassé, la leçon a été trop forte. M. Edmond About, à qui ne déplaît pas Tatmosphère des polémiques, a failli en être déconcerté pendant quarante-huit heures. Peut-être même a-t«-il g&té ses affaires en se hâtant de publier, le lendemain de la première représentation, une récrimination qui porte parfois à faux. Sous le coup d'un procédé impitoyable, il a rendu aux siffleurs protestation pour protestation, et À son tour il a perdu la mesure. Des mots malséants ont été prononcés : le souvenir importun d'une bohème souvent jalousée a été évoqué avec aigreur. M. About s'est étonné du nombre de pipes que Contiennent les cafés du pays Latin. Ehl mon Dieu! il fallait s'en apercevoir plus tôt et rester à la Comédie-Française. Le plus grand mal est venu de ce malencontreux feuilleton. Mieux eût valu en cette circonstance, pour M. Edmond About, suivre l'exemple de son collaborateur, c'est-à-dire

Imiter de Nftjftc le eilenoa prudent.

Un public plus calme aurait pareillement condamné Gaëtana, que rien ne rattache aux grandes œuvres littéraires et qui ne vaut pas un regret de son brillant auteur. Avant quinze jours, il n'y songera plus.

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j'en suis certain ; et, selon l'expression de Hugo, il se corrigera de ce drame dans un autre drame. Pourquoi y songerait-il, en effet? Le sujet ne lui appartient pas, il est à Charles de Bernard; c'est l'histoire d'un mari profondément jaloux, qui, frappé d'un coup de poignard par un bandit subalterne, accuse de cette tentative d'assassinat un jeune homme amoureux de sa femme et que la fatalité avait précisément amené à ce moment-là sur le lieu du crime. Le jeune homme aime mieux s'avouer coupable que de compromettre l'honneur de la femme. MM. Edmond About et de Najac ont placé cette action à Naplês, sans doute pour justifier, avec la présence du Vésuve, comme toile de fond, la violence des passions qu'ils ont mises au cœur de leur barbon exaspéré.

Je ne nie pas, et personne n'a nié la vigueur de certaines situations, principalement au deuxième acte. Le reste tourne trop au mélodrame des extrêmes boulevards; les caractères sont forcés dans tous les sens; et l^Birbône, sur qui les auteurs avaient compté, cet. assassin mâtiné de pitre, qui cite La Fontaine et qui tue en. pirouettant, n'est qu'un amalgame de tous les drôles connus, y compris le récent Zorzo des Funérailles de V Honneur. Quant à l'héroïne, qui donne son nom à la pièce, ce n'est ni une femme ni une jeune fille, ou du moins mademoiselle Thuillier n'a su lui donner aucune de ces deux physionomies; elle demeure une figure blanche qui traverse l'intrigue en criant. J'aurais voulu asseoîr un jugement sur le style; on comprendra que je m'abstienne et que j'attende la pièce imprimée.

Mais je puis déjà aflSrmer, afin d'atténuer les torts du parterre de TOdéon, que ce n'est pas contre un de ces impérissaWes monuments de notre langue et de notre esprit qu'il a ce soir-là élevé sa brutale clameur.

Pauvres artistes I Je crois les voir encore, interdits, attristés, courageux, se reprenant sans cesse à ce drame condamné d'avance. Dire qu'ils ont trouvé 1b moyen d'avoir du talent, et beaucoup, au milieu de ce tumulte ! Si quelque chose avait pu arrêter ce débordement, cela aurait été le geste très-digne et très-fier de M. Bibes, un jeune homme qui exprime déjà la passion en comédien de haute race.

ODÉON

La Dernière Fdolê, drame en un acte, par MM. Ernest I^épine et Alphonse Daudet. (Février 1B62).

« Approchez nion café de cette fenêtre, ma chère Gertrude; un rayon de-soleil dans' une demi-tasse, cela vaut mieux que toutes les eaux-de-vie du monde : c'est le gloria du Ion Dieu. »» Ainsi s'exprime en ce style pittoresque , au commencement de la Dernière Idole, un vieux bonhomme de soixante-dix ans, qui habite, dans une ville de province, un rez-de-chaussée sur la place de l'église. Évidemment, un rentier aussi audacieux dans ses images ne doit pas être resté étranger au mouvement littéraire de son époque; il a dû avoir, pendant longtemps, sa pipe marquée à ses initiales dans quelque estaminet romantique. A l'heure qu'il est, vertueusement couvert d'un habit marron, suffisamment goutteux, tabatière en main , M, Ambroix se complaît dans ies béatitudes du repos et dans les souvenirs d'un passé exempt d'orages. Sa femme est

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beaucoup plus jeune que lui et beaucoup plus sévère ; ses yeux presque toujours baissés, ses lèvres closes, ses vêtements modestes trahissent un fond de mélancolie qu'elle essaye de dissimuler en présence du vieillard, dont elle est la dernière affection, la dernière idole. Le moment est venu pourtant où cette idole* va s'écrouler comme les autres, comme les précédentes. Pendant <iue madame Ambroix assiste aux vêpres, un facteur apporte à M. Ambroix, à demi endormi dans son fauteuil, un paquet contenant un portrait et une lettre. Ce portrait est celui d'un amant,, décédé, il est vrai; la lettre apprend au pauvre rentier que sa femme l'a trompé, il y a huit ans. Cette révélation manque de le tuer; il voudrait se refuser à l'évidence, mais les preuves sont sous ses yeux. Alors, prenant sa tête à [deux mains, il éclate en sanglots; et c'est dans cette position que madame Ambroix le trouve, à son retour de Téglise.

Les scènes qui suivent laissent déborder le drame entièrement. Le mari de la Dernière Idole emprunte . ses fureurs au mari de Térisa; il interroge, il maudit, il va même jusqu'à percer le portrait d'un coup de couteau; ensuite, fou, tête nue, il sort de sa maison profanée, avec l'intention de n'y rentrer jamais... Dix minutes ne se sont pas écoulées qu'il reparaît abattu, chancelant, ramené par la destinée, -vaincu par là vieillesse, terrassé par l'habitude. Voici ce qui lui est arrivé : sur la place, il a été environné par les petits enfants, salué par ses voisins; interrogé, il a eu honte de son égarement, de son oourage; il a répondu qu'il allait chercher dans

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