LA. LOI DU OŒUR
semble n'avoir qu'à se laisser vivre pour être heureux; mais la fatalité est là qui frappe à la porte, et qui réclame ^es droits, et qtii s'impatiente...
Elle arrive, cette fatalité, sous la forme d'un incendie, qui, pendant l'absence du colonel d'Orémond, dévore en une nuit ses propriétés et le laisse, pour comble d'infortune, débiteur d'une centaine de mille francs environ. Devant ce désastre, son fils et sa bru n'hésitent pas un seul instant, et ils se proposent de lui restituer la dot qu'ils en ont reçue ; c'est la loi du cœur, ils n'écouteront, qu'elle. Cela ne fait pas l'affaire de M. Richaud qui, averti par le notaire, voit dans ce généreux mouvement une grave atteinte aux intérêts de sa fille. Il essaye de combattre les idées de son gendre, dans un entretien particulier, et il s'évertue à lui prouver qu'il ne doit autre chose à son père que des aliments; — c'est le texte de je ne sais plus quel article du code. « Recueillez-le chez vous, dit-il en manière de conclusion; mais ne vous dépossédez pas, vous et vos enfants à venir. «« La fierté du sang monte au front du jeune homme, qui déclare ne pas vouloir faire à son père une position aussi humiliante. Pendant que l'un discute et "que l'autre s'emporte, survient le colonel d'Orémond ; il ignore encore le désastre qui Ta frappé. A bout d'arguments, M. Richaud va pour l'interpeller directement, lorsque le jeune homme, pris d'une inspiration subite, l'arrête par le bras, et, changeant hardiment la situation, dit au colonel : « Mon père, voici M. Richaud qui est ruiné, et qui refuse de reprendre la dot de sa fille ! >»
Cette volte-face inattendue, et que je croiB neuve
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au théâtre, e^t d*un effet saisissant. Elle a été applaudie autant qu'elle mérite de Tôtre. Elle arrive au milieu de Faction et elle lui donne un coup de fouet nécessaire; mais la physionomie de Ja pièce n'en est pas modifiée : l'appréciation de la loi, commencée par Richaud avec d'Orémond fils, se continue avec d'Orémond père. Seulement, les rôles sont intervertis; c*est le colonel qui, croyant de bonne foi Richaud ruiné, l'engage chaleureusement à accepter là restitution de la dot de sa fille, restitution qui lui paraît, à lui, toute simple. Je conviens que ce double plaidoyer est traité avec une habileté remarquable ; je lui ferai mémele reproche de viser à une perfection oratoire incompatible avec les mouvements naturels; les arguments s'y succèdent dans un ordre admirable, chaque mot est à sa place ; mais tout cela sent trop l'apprêt; le théâtre vit un peu plus d'improvisation et d'inégalités. Au milieu de ce flux et de ce reflux de syllogismes, une lettre adressée au colonel d'Orémond vient rétablir à ses yeux la vé- .rité; qu'on juge de son trouble et de sa honte : il plaidait sa propre cause î
L'action subit donc un nouveau retour sur ellemême. Cruellement atteint dans sa dignité, le colonel est décidé à refuser une situation qu'on lui marchande : il enverra sa démission au ministère de la guerre et s'emploiera dans une opérationl ndustrielle.. Richaud ne sait où donner de la tête; il se sent ébranlé dans sa conviction; encore un dernier coup, et il abdiquera sa croyance absolue au code. Ce dernier coup va lui être asséné par un passant, un personnage épisodique, par ce M, Morin,