DOLORÈS
temps une noble et pure jeune fille dont il veut faire sa femme. Il se croit un cœur inaccessible à toute autre passion; et cependant, dès le premier soir de son arrivée à Tolède, il tombe dans les filets d'une coquette renommée, la comtesse Laura, qui, pendant Tabsence de son époux, traîne à sa suite tout un cortège d'adorateurs, attachés aux longs plis de sa robe de velours cerise brodée d'or. Don Fernand oublie Dolorès; le caprice impétueux remplace chez lui l'amour chaste et lojal. La pauvre Dolorès veut douter de cet abandon, de cette perfidie ; il lui faut des preuves visibles : une nuit (les deux premiers actes de cette pièce se passent pendant la nuit), eller s'embusque, afin d'épier les actions de don Fernand. Sa curiosité n'est que trop satisfaite : elle le voit tomber aux genoux de la comtesse, lui baiser la main, et s'offrir avec instance à la reconduire chez elle. Remarquez qu'il est minuit : la crainte qu'inspiré toujours une pareille heure décide la comtesse Laura à accepter cette proposition ; c'est sans doute cette même crainte, poussée à l'excès, qui fait que la porte de son logis'se referme sur elle et sur don Fernand à la fois. Jugez des angoisses de Dolorès, témoin caché de ce galant accommodement!
A minuit, tous les hidalgos sont gris. En ce moment, un homnie, le marquis d'Avila tombait sous le poignard d'un inconnu. Les gens accourus au bruit n'ont pas eu le temps de s'emparer de l'assassin, mais ils déclarent avoir reconnu le manteau brun et la plume rouge de don Fernand de Torrès. En conséquence,, don Fernand est accusé de meurtre sur la personne du marquis d'Avila, et, comme tel,
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condamné à avoir la tête tranchée. Il pourrait facilement prouver son alibi, mais pour cela il faudrait compromettre la comtesse Laura ; en digne gentilhomme, il préfère mourir. La hiônveillance rojale lui accorde uiie heure pour faire des révélations. Ses amis le pressent inutilement ; son père arrive, vieillard tout de noir vêtu, et joint ses supplications aux leurs; il est plus heureux : sous la menace de sa malédiction, il parvient à lui arracher un aveu complet.
Dès lors, maître de la situation, ce père, que sa tendresse rend aussi indiscret que possible, va 'prosterner son front blanchi et joindre ses mains tremblantes aux genoux de la comtesse, en l'adjurant de prononcer le mot qui peut sauver son fils. Mais ce mot serait son déshonneur, à elle, et elle repousse lé vieillard avec fureur. Femand va périr sans rémission. C'est alors que Dolorès, la sublime enfant, se dévoue au prix de. sa propre réputation et imagine de déclarer au roi que c'est chez elle que don Fernand a passé la nuit. Il va sans dire que Fernand repousse ce sacrifice inattendu; Dolorès persiste ; le roi ne sait que penser. Cet héroïque débat se prolongerait outre mesure, lorsqu'on apprend tout à coup l'arrestation du véritable .assassin. Don Fernand de Torrès est rendu à la vie et à Thonneur; mais sa joie est de courte durée : Dolorès a pris du poison, et elle expire sous ses yeux. Il semblerait que cette mort fût suffisante au double point de vue de l'expiation et de la fatalité ; l'auteur n'en a pas jugé ainsi ": il a voulu encore, pour que la leçon fût plus forte, que Fernand se jetât sur l'épée d'un de ses
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amis et s'en perçât le cœur. La toile tombe sur ces deux victimes.
Dolorès a grandement réussi, grâce surtout à un acte qui renferme des vers d'une très-énergique facture. Je veux parler de l'entrevue- du père et du fils; on s'est souvenu à ce moment dans la salle que M. Louis Bouilhet est Normand comme Corneille. Il y a toujours, dans toutes les pièces de ce. jeune poëte, un acte incontestablement beau': dans Hélène Peyron, c'est le premier acte ; dans Dolorès, c'est le troisième/ Je ne sais si la pièce est bien faite dans le sens des auteurs habiles ; je ne le crois pas. Les personnages entrent et sortent comme dans la vie réelle, c'est-à-dire quand cela leur plaît, quand ils ont affaire, ou même par hasard; ils n'ont point d'ordres à donner ni quelques lettres à écrire* En outre, ils ,ne sont occupés que d'une seule chose qui fera sourire de pitié les hommes sérieux : l'amour. Moi, j'admire le courage de M. Louis Bouilhet, qui ne doute de rien, pas même de son époque, et qui a pris, Tautre soir, quatre heures pour lui parler de la lune, des étoiles, des cédrats et de l'honneur.
ODEON
Le Mariage de Vadé^ comédie en trois actes et un prologue, en vers, par MM. Amédée Rolland et Jean Du Boys. (Octobre 1862.)
« Mamselle, quand d'abord qu'on n'a plus son cœur à soi, c'est signe qu'une autre personne l'a; et pour afin qu'vous n'trouyiez pas ça mauvais, c'est que j'vous dirai qu'vous avez l'mien. J'ai eu la valissance et l'honneur d'vous voir dans un endroit de danse au Gros-Caillou par plusieurs différentes fois, et qui pis est, j'ai dansé aveuc vous trois m'nuets et puis le passe-pied, en payant, dontj'ne regrette pas la dépense, parce que ça n'est pas suivant c'que vous' valez. J'm'appelle Jérôme Dubois, et eh tout cas quVous ne remettiez pas mon nom, j'suis ce grand garçon qui a ses ch'veux en cadenette, et puis une canne, les dimanches, et qui a aussi un habit jaune, couleur de ma culotte neuve, et des bas à l'avenant... M
Ainsi commencent les Lettres de la Grenouillère entre M, Jérôme Dubois , pêcheur du Grros-CailloUy