‹ Les premières représentations célèbresChapitre 51 sur 70 · LE FILS DE GIBOTER · texte numérisé non relu

LE FILS DE GIBOTER

ment transformé par cette paternité inattendue, a tout sacrifié pour faire de lui un savant et un gentleman, et il y a réussi; nous savons à quel prix. « J'ai léché la boue sur son chemin »», dit-il. Le jeune Maximilien Gérard ignore la plupart de ces sacrifices; il est anonyme, comme tous les ouvrages de son père; Giboyer a voulu lui épargner jusqu'à Toutrage de son nom, et il s'est donné pour un cousin à un degré éloigné. Le petit n'en a pas demandé davantage. De tout cela, Giboyer se console avec des mots : « Cet enfant, c'est ma vertu ; je veux qu'il soit ce que j'aurais voulu être, etc. » Et encore : <« lime plaît d'être . un fumier qui fait pousser un lis. »» Ou je serais bien trompé, ou j'ai lu quelque chose de semblable dans Yautrin,

Avec laprotection du marquis d'Auberive, Giboyer a pu placer son fils en qualité de secrétaire chez un député ridicule, M. Maréchal, taillé dans l'ample redingote de M. Prud'homme. Il va sans dire que le fils do Giboyer s'éprend de la fille de la maison, qui est une jeune personne acconiplie et qui a un million de dot. Il va sans dire aussi que M. Maréchal est à un million de lieues de se douter de cet amour, et qu'il est sur le point d'accepter pour gendre un petit gentilhomme Avignonnais, pincé, aux cheveux plats, «figure de sacristain et de donneur d'eau bénite ». La politique arrive au secours de Maxi milieu Gérard ; il est, ai-je dit, lé secrétaire de M. Maréchal ; comme tel, il lui compose un discours, que celui-ci débite intrépidement à la tribune et qui le campe immédiatement au premier rang des orateurs du parti démocratique. Voilà mon député aux anges; il

se pavane dans sa gloire nouvelle, il ne connaît plus de limites à son ambition, il rêve déjà un portefeuille. Qu'on juge donc de sa stupeur et de sa chute, lorsque Giboyer père vient lui apporter la- démission de Giboyerfils. Hé quoi! son marchand d'éloquence Tabandonneraît au beau moment; il lui jouerait le méchant tour de lui ôter la parole alors qu'il ouvrait une si belle bouche I Son triomphe serait sans lendemain ! sa victoire n'aurait été qu'un hasard ! Ses rêves de pouvoir s'écrouleraient comme un château de cartes! Maréchal ne peut supporter cette idée : il est décidé à tout. pour s'attacher Giboyer fils; il lui fera un pont d'or, s'il le faut. Mais Giboyer père tient bon : il veut autre chose, il veut la main de Fernande pour Maximilien Gérard, — et il l'obtient!

Voilà ce qu'on appelle la carcasse de la pièce ; il en est de plus compliquées. L'auteur a dédaigné d'exciter un grossier intérêt; il a visé plus haut; il a voulu enseigner, moraliser, flageller, satiriser. Je respecte les projets immenses. Tout le monde, en cette^occasion, saisit aux cheveux le moindre prétexte pour parler politique. Cela nous vaut des brocarts sur la bourgeoisie, « qui ne veut plus des révolutions depuis qu'elle n'a plus rien à y gagner ; » sur la noblesse « qui s'entend si bien à verser les chars qu'elle conduit n ; sur le clergé, qui refuse « du monde >» aux prédications de Saint-Thomas-d'Aquin; sur le gouvernement actuel, qui a « fermé la carrière des prisons aux martyrs du socialisme >». Tous ces mots, si gros de tempêtes autre part^ sont articulés à la Comédie- Française tranquillement, impunément, sur une pirouette ou avec un claquement de doigts. Les femmes

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