II
J'ai promis de revenir sur le Fils de Oiboyer, La pièce fait plus que du bruit, elle fait du fracas. Il n'y a qu'une voix pour constater la grande somme de talent qui y est dépensée. Il y en a quelques-unes pour protester contre l'emploi de ce talent. Le goût de M. Emile Augier pour la leçon politique n'est pas nouveau : il date de son drame de Diane, où l'on voyait le cardinal de Richelieu exposer tout un système de gouvernement. On retrouve ce même penchant, à des «doses plus discrètes, dans le Gendre de M. Poirier et dans la Jeunesse; enfin il envahit les Effrontés, et il' déborde dans le Fils de Griioyer. M. Emile Augier s'est vou# entièrement, pendant ces dernières années, à la peinture de la société moderne, à la reproduction presque photographique des mœurs de l'heure présente ; et il peùse avec raison que ses tableaux seraient incomplets s'il en excluait la politique. Je suis de son avis; mais de là à l'absorption de ses tableaux par la politique il y a une mesure que jô regrette de lui voir dépasser. Je crois peu, dans le temps où nous sommes, àl'enseignenient politique par le théâtre. Autrefois, je ne dis pas; aujourd'hui, c'est l'affaire de la tribune, du journal et du livre. L'art dramatique, par la raison même qu'il est un art, n'est pas fait pour se mêler à des discussions d'un ordre trop spécial et à des luttes d'un intérêt trop direct.
248 LES PBBMiàBBS REPRÉSENTATIONS
Parmi les dangers des pièces politiques, dangers qu'il serait oiseux d'indiquer, il en est de particuliers à Tauteur. Tout autre que Jl. Emile Augier n'y aurait peut-être pas échappé d'une manière aussi absolue. Il a fallu l'indépendance bien connue du poète et son caractère élevé pour qu'on vît dans le Fils de Gfiloyer autre chose qu'une variation brillante sur des motifs du Moniteur, Comme je l'ai dit déjà, c'est une distribution de bois vert à tous les partis, excepté, bien entendu, à celui de qui M. Augier tient sa liberté de parole. Si son programme n'a rien d'officiel, il n'a non plus rien d'individuel, et son idéal se dérobe à toutes les perquisitions. Il reste dans la satire et s'élève rarement à l'éloquence ; s'il cherche cependant à dégager une formule, et à définir, par exemple, l'égalité, il n'aboutit qu'à une banalité redondante comme celle-ci : « A chacun selon ses œuvres! » Mieux servi par son éjoque, M. Scribe, en ses esquisses politiques, avait du moins le bénéfice d'une certaine opposition, partant le prestige d'un certain courage.
On a prétendu que M. Emile Augier avait voulu d'abord appeler sa pièce : les Hypocrites. Ce titre disait mieux son dessein que celui qu'il a adopté définitivement. C'est, en efi<et, un hypocrite, que le marquis d'Auberite, un hypocrite que le député Maréchal, un hypocrite que le comte d'Outreville. Hypocrite encore la baronne Pfeiffer, qui joue à la princesse de Liéven dans un salon puritain, et qui guette un second mari à travers la « chouannerie des salons y>. Hypocrite aussi, la boane madame Maréchal, qui se fait lire Jocelyn par les secrétaires de son