DON JUAN DE MARANA
Si j'avais à écrire une liste de tous les don Juans issus du don Juan de Téllez, je ne pourrais mieux faire que d'emprunter à M; Théodore de Banville les vers suivants :
A oe festin royal, de leurs pays veniis, Sonpoient tons les don Joans et tontes les Vénus.
D^abord tons les don Jnans des pièces espagnoles, Avec lenrs airs de rois et leurs amours frivoles.
' Et puis tous ces don Juans sans nulle profondeur, Qui tuaient pour la forme un petit commandeur.
Et puis, après ceux-là, le don Juan de Molière, Avec sa théorie atroce et singulière.
Le don Juan de Mozart et celui de Byron, Tous deux songeant encore à leur décaméron ;
Et celui qui trouva chez notre Henri Blaze Uamow qui sauve, après la volupté qui blase;
Et ce don Juan, pareil au poète persan, Que Musset déguisa sous le surnom d'Hassan.
Le don Juan de M. Henri Blaze âgure dans un ror man dialogué en prose et en vers^ paru en 1835 sous ce titre : le Souper chez le Commandeur, Le repentir de don Juan y rachète Anna du purgatoire. — Il y a aussi un Don Juan larlon^ par M. Gustave Levasseur, petit drame rimé avec une grande verve.
Enân me voilà arrivé, par un détour assez long, au Don Juan de Marana de M. Alexandre Dumas. A propos de cette reprise deux lettres fort intéres-
lilJt«,!IL.>.g...^JJIUajiUitULJl''JJ .".'-. JJ >'■ j;JIJ I I II .J' . I '"".■ '.'■j.,' ..Ji^iïfc^-
362 LES PEEMliEBES BEPBÉSBNTATIONS
santés ont été échangées entre MM. Alexandre Dumas et Méry. Il fallait une main poétique pour opérer quelques soudures, et un œil ami pour surveiller des changements nécessaires. On ne pouvait choisir mieux qu'en choisissant M. Mérj. Toutefois, celui-ci, désireux démettre sa conscience littéraire à l'abri, a voulu en référer à qui de droit.
M. Alexandre Dumas lui a crié merci du fond du palais Chiatamone^ en ajoutant : « Je me serais fait un scrupule de réclamer de toi ce modeste service, mais je suis bien aise qu'un autre ait osé le faire à ma place, y»
Les deux lettres sont charmantes; elles témoignent de part et d'autre d'une sincère amitié, ce qui est d'un bon et consolant exemple. Mais la "réponse de M. Alexandre Dumas n'est pas exempte de quelques erreurs ou au moins de quelques oublis. Dans soQ eflFusion, il s'exprime ainsi sur Don Juan de Morrana : « Si ce n'est pas une de mes meilleures pièces, c'est au moins une des œuvres les plus caressées de ma jeunesse, une de celles où j'ai cru mettre le plus d'originalité vraie et de cachet individuel. Tu sais comment j'en conçus le plan : au fond d'une loge du Conservatoire, bercé par une symphonie de Beethoven, qui me plongea comme dans un rêve d'opium mélodique, et me fit voyager à travers le domaine de ce grand maître : l'infini. »
Tout cela est fort joli ; mais, comme souvent, M. Alexandre Dumas est mal servi par ses souvenirs. Cette œuvre, où il croit avoir mis le plus de « cachet individuel, »• est simplement et entièrement tirée d'une admirable nouvelle de M. Prosper Méri-*