DON JUAN DE MABANA
mée, intitulée : les Âmes du Purgatoire. Beethoven ne vient qu'en second, ou plutôt il n*est là que pour la miseen scène, dans laquelle il faut reconnaître que M. Alexandre Dumas a toujours excellé.
Bon Juan de Marana, dans son origine, n'obtint pas tout le succès auquel il pouvait prétendre, malgré les gracieuses ronîances dont il était semé.
En me promenant ce soir an rivage Où, pendant une heure, à vous j'ai rêvé.
J'ai laissé tomber mon oœur sur la plage; Vous veniez ensuite et l'avez trouvé.
Voilà surtout ce qu'on avait retenu de Bon Juan de Marana; c'était alors un mystère, aujourd'hui, c'est un drame fantastique; mais l'étiquette n'y fait rien, le sac est toujours le même. Le compte rendu de Gustave Planche, que j'ai consulté, s'exprimait ainsi : « Ce roman confus et bruyant, qui ne dure pas moins de six heures, est un entassement singulier de caractères, d'épisodes et de scènes dérobés aux gloires et aux fortunes les plus diverses, à Molière et à Goethe, à M. Hugo et à M. de Musset, à Shakspeare et à M. P. Mérimée. Pour compter les plagiats dont se compose ce drame en cinq actes et sept tableaux (il y en a quatorze maintenant I), il faudrait plus que de la patience, il faudrait la résignation d'un saint. Pour moi, j'y renonce, et j'abandonne volontiers aux Scaliger et aux Saumaise- du feuilleton la gloire d'éplucher le nouveau mélodrame, et de rendre à la France, à l'Allemagne, à l'Angleterre, tous les lingots que M. Pumas leur a dérobés et
264 LES PREMIERES BBPEéSEKTATIONS
qu'il n'a pas même eu le courage de frapper à son
Gustave Planche était sévère, comme toujours; il était sévère et sec. Je prends Don Jnan de Marana pour ce qu'il est, sans y chercher un chef-d'œuvre, ni même une œuvre littéraire dans la noble acception du mot. Mais en dépit des plagiats, — ou peutêtre à cause des plagiats, — personne, aucun grand critique, ne m'empêchera d'y relever une très-brillante allure, un sentiment poétique fort prononcé, de la couleur à V^xcès. Vous dites que c'est un résumé de 'toutes' les légendes; eh bien! va pour un résumé! Va pour cette accumulation d'aventures, si les aventures sont intéressantes ! Va pour les fanfaronnades du romantisme, si elles me font ouvrir de grands yeux et de grandes oreilles ! J'aime les fantômes, comme les enfants; servez-moi donc des fantômes, entre onze heures et minuit! J'aime aussi les coups d'épée sous les réverbères, les sérénades sous les balcons, les parties de dés, les trappes qui s'ouvrent; tout cela est prodigué dans Don Juan de Marana. Ma foi! Gustave Planche en murmurera; je prends mon plaisir où je le trouve I
La pièce n'a pas subi de transformations radicales ; je me contenterai de l'esquisser à traits rapides. Au premier acte, don Juan donne une fête dans son palais, pendant que son père agonise; il assassine un prêtre venu pour confesser le comte de Marana, et il empêche que don José, son frère aîné, mais naturel, soit légitimé. Au deuxième acte ou au deuxième tableau, — il est permis de s'y égarer, — don Juan séduit la fiancée de don José, à. qui il en veut déci-