LE GENPBE DE M. POIRIER
L'ami Verdellet n'est pas non plus sans quelque ressemblance avec l'oncle Mathieu.
La leçon, dans le Gendre de M. Poirier , est moins brutale que dans VÉcoïe des Bourgeois, Gaston do Presles n'a pas le cynisme de Moncade; c'est un galant homme, qui essaye de prendre honnêtement et gaiement son parti d'un alliance inégale. Ses torts viennent des circonstances plutôt que de son caractère, loyal et décidé au bien ; ils viennent surtout de son beau-père, qui joint à un petit esprit deà côtés ridicules, des allures mesquines, un caractère à la fois despotique et hypocrite, bien capable d'agacer n'importe qui et partiouliôrement un gendre. L'action, très-simplement conduite et déduite > traverse des périodes diverses : le premier acte est tout contentement, tout accord; le marquis fait à ses amis les honneurs de sa nouvelle position avec une aisance sincère ; à peine si quelques plaisanteries décochées à M. Poirier laissent pressentir des dissensions lointaines. Au deuxième acte, cependant, Tamertume gagne le bourgeois; un vieux levain d'antagonisme fermente dans ses veines; on ne le regarde que comme un beau-père à écus ; eh bien ! c'est avec ses écus qu'il se défendra contre les sarcasmes du gentilhomme; il payera ses dettes, mais il demandera des réductions aux créanciers; il remettra les manches en lustrine du commerçant et rognera sur le train de la maison. — Bien rugi. Poirier !
Le troisième acte se passe en pleine lutte ; le marquis sans argent et le quincaillier archimillionnaire se jettent leurs vérités à la face : école des bourgeois et école des nobles! « mes aïeux ! s'écrie le gendre
296 LES PREMIÈRES REPRÉ8ENTATI0NS
en levant le front au ciel ; ô tous les de Presles morts à Bouvines et à Fontenoyl pouvez-vous entendre sans rougir ce' cuistre, ce pelé, ce vilain ! >» Et de son côté, la tête non moins haut levée, le bonhomme se lamente ainsi : « mes longs jours de labeur 1 ô mes nuits passées sur des chiffres! ô ma jeunesse sans plaisirs! ô ma vie tout entière, est-ce donc uniquement pour redorer le blason de cet escogriffe et de ce fainéant que je vous ai consumée! » Alors la pièce atteint aux sommets extrêmes du tragique et du bouffon : le beau-père veut faire traDaUler son gendre; M. Poirier exige que le marquis de Presles accepte un emploi et gagne sa vie. Ce ri^forzando est plein de verve et d'enseignement.
Je ne prétends point suivre pas à pas les péripéties de l'œuvre bien connue de MM, Augier et Jules Bandeau.
On se rappelle qu*à un moment donné, la jeune femme, justement froissée par l'évocation d'une liaison ancienne, entre dans l(i conspiration contre son mari. On se rappelle aussi comment cette nouvelle alliée en arrive à faiblir et à pardonner. C'est là un dénoûment de complaisance, une concession aux usages consolants, et qui ne vaut pas la brusque moralité de la vieille comédie de d'Allainval. Pour mieux dire, ce n'est qu'un demi-dénoûment. Le jeune ménage se sépare de Poirier et va vivre à la campagne; le bourgeois seul est puni. C'est injuste; il fallait punir aussi le gentilhomme.
Le Gendre de M. Poirier, dont la reprise est, assure-t-on, l'avant-courrière d'une pièce nouvelle de M. Emile Augier, sera aussi bien placé au Théâtre-