‹ Les premières rides (volume 2)Chapitre 4 sur 14 · DR A ML · texte numérisé non relu

DR A ML

vent toi-même, avec plus de colère que de charité.

— Oui, je suis jalouse de cette femme, Adolphe, parce qu'elle est perfide et rusée, et qu'elle t'enlace dans ses pernicieux sophismes. C'est dans ta morale et tes principes qu'elle a voulu l'attaquer, et chaque parole de cette femme insidieuse emporte une parcelle de mon bonheur!... Adolphe, non, lu ne sais pas tous les remords, toutes les douleurs que tu te prépares!... Un jour, tes yeux s'ouvriront ! et tu verras alors quelle est cette femme !

— Allons, Amélie, trêve à ta morale, dit Adolphe avec un sourire forcé. Je crois, sans trop d 'amour-propre, que je connais un peu mieux le monde et le

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cœur liuin.ci que toi, ma cheie : et je ne suis pas homme à me laisser influencer par qui que ce soit. Il n'y a personne qui ait plus de force et de volonté que moi , quand je veux! et Ton ne me fera jamais faire ce queye ne veux pas.

— Oui, malheureusement, Adolphe, je sais que tu es très opiniâtre ! . .. mais ce que tu prends pour de la force, n'est parfois qu'un entêtement bizarre, qui peut te mener aux plus grandes folies. Écoute, dussé-je ^exaspérer davantage encore contre moi, il faut que je te dise tout ce que j'ai sur le cœur. Je ne te vois plus de la journée, tu sors du matin au soir, et quand tu ne vas pas au château de la vicomtesse, je sais fort bien que tu rencontres sa voiture à mi-chemin, et que vous faites ensemble de longues et soli-

laires promenades... délicieuses pour vous, sans doute , tandis que moi , je pleure et je t'attends !..

— Oh ! décidément, Amélie, ce n'est pas tolérable! s'écria Dernouville en se levant brusquement et faisant quelques pas vers la porte. Je ne sais pas si tu m'entoures de surveilîans et d'espions ; mais si tu n'as pas honte de le faire, Amélie, je te dirai moi qu'ils mentent, et que leurs rapports sont d'une fausseté révoltante!... Qui ose soutenir, par exemple, que je vais me promener avec madame de Forestan ailleurs que dans son parc, la plupart du ter ps en compagnie de sa fille ou de son mari?... Je sors, il est vrai, je sors beaucoup! mais est-ce une raison pour que je passe toutes mes heures avec la-vicomtesse !... En vérité, si

une pareille aeeusalion était moins ridicule, elle serait odieuse î... aussi, elle me fait pitié, mais je ne me fâche pas! Tout aimable et spirituelle que soit madame de Forestan, elle me paraîtrait sans doute bien vite insupportable, si je la voyais continuellement, comme tu l'affirmes.

Moi d'abord, je suis fait comme cela, j'ai tort ou raison, mais il m'est impossible de rester du matin au soir avec les mêmes personnes, fussent-elles des perfections de grâce et d'esprit! il me faut un peu de changement, un peu de distraction î Voilà pourquoi je ne m'ense velis pas éternellement dans mon ménage!... J'aime à marcher vite et longtemps, dans les bois, au grand air!...

J'aime à lire tout seul en me promenant, à apprendre par cœur, à déclamer de beaux vers!... ou bien, je m'arrête au mi-

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lieu du chemin quand je vois un site pittoresque, et je m'amuse à Je dessiner sur mou album! Ce matin, par exemple, je suis allé avec mes crayons...

— Oh! Adolphe! Adolphe, interrompit-elle avec une inflexion douloureuse et suppliante , je t'en conjure, pas de choses qu'il me serait impossible de croire!... Oh! si tu savais, comme je déteste le mensonge ! . . .

— Je ne mens pas, Amélie!... je n'ai jamais menti, répliqua-t-il avec embarras, en rougissant, d'une étrange manière.

Au surplus, voilà mon album ! regarde ce que j'aj fait ce matin...

— Adolphe, je te croirais !... je voudrais bien te croire!... Mais cette lettre,

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que j'ai ouverte par mégarde, cette lettre de la vicomtesse

— Encore! encore !... Oh! tu me feras perdre patience, Amélie'... Mais, à propos, tu ne me dis pas que tu as reçu pendant mon absence une visite!...

— Une visite, oui, M. Ernest est venu.

— Ah! fit Adolphe en se mordant les lèvres. Et c^st pour toi sa première visite!... à peine descendu de voiture! Tu ne me disais pas cela!

Adolphe était ravi d'avoir trouvé un prétexte excellent pour changer la conversation. Il feignait une jalousie qu'il était bien loin de ressentir, car il avait

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dans la pudeur et la vertu d'Amélie une eonfiance aveugle et sans borne.

— La visite de M. Ernest était pour moi quelque chose de si peu important, que je l'avais entièrement oubliée...

Il y avait quelque hésitation dans la voix d'Amélie. Adolphe s'en aperçut, mais il l'attribua tout simplement à la chaleur de la discussion.

— En vérité, reprit Adolphe avec un sourire de satisfaction railleuse, ce jeune homme est pour toi d'une attention charmante, car je présume que ce n'est point à cause de moi qu'il est venu de si bonne heure, sans avoir encore vu sa mère!

— Il n'avait pas vu sa mère! ajouta vi-

veinent Amélie en attachant sur Adolphe un regard fixe et profond; il n'avait pas vu sa mère!... Comment donc le sais-tu, Adolphe?

Celui-ci fut tellement embarrassé , qu'il demeura comme frappé soudainement de mutisme; il comprit, mais trop tard, qu'il venait de commettre une maladresse irréparable.

— Comment donc peux-tu savoir, qu'il n'avait pas vu sa mère , reprit Amélie avec plus d'insistance.

— Mais je présume... voilà tout, balbutia Dernouville.

Adolphe ne voyait plus qu'un moyen de sortir victorieusement du labyrinthe

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où il «''était engagé, c'était de se mettre en colère, et de couper court à la conversation, en se renfermant dans un silence dédaigneux cl moqueur.

11 allait prendre ce dernier parti, quand le domestique annonça M. le vicomte de Forestan et mademoiselle Alexandrin e.

Le vicomte était couvert de poussière et suait à grosses gouttes; ses énormes joues n'avaient jamais été plus rouges ; il soufflait comme un cheval de course qui vient de faire cinq fois le tour du Champ-de-Mars au grand galop.

Alexandrine avait une mise fort soignée, et sa chaussure était brillante, malgré la poussière blanche et fine que soulevait le vent du midi.

— Eh ! mon cher vicomte , dit Adolphe en allant à sa rencontre pour lui serrer la main , comme vous êtes aimable de venir nous voir de si bon matin!

Mais qu'avez-vousdonc?... Vous êtes tout en nage ! on dirait que vous êtes venu de Morlinière en courant.

— Et c'est un peu vrai ! bégaya le vicomte qui s'assit lourdement dans le premier fauteuil qu'il trouva, pour reprendre haleine. J'ai fait plus d'une lieue, ventre à terre, à travers champs !... Ouf! ouf! pardon!... pardon, jeune et belle voisine, continua-t-il tout essoufflé, en appliquant

un gros baiser sonore sur la main d'Arnélie ; ouf! excusez-moi!... Je suis votre très humble esclave!... l'esclave de la beauté... jointe à la vertu !...Mais je ne puis parler?... ouf!...

Il portait au lieu de canne son échiquier inséparable , sur le manche duquel il s'appuyait à deux mains, en ployant son corps en deux, comme un guerrier blessé qui s'appuie sur sa lance.

Amélie , bien qu'elle fût très peu curieuse de savoir pourquoi le vicomte arrivait ainsi tout haletant, renouvela avec un air d'intérêt la question que son mari venait de faire à M. deForestan; et comme celui-ci avait toutes les peines du monde à balbutier trois ou quatre mots de suite , tant sa respiration était pénible, Amélie

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prit le parti d'interroger Alexandrine.

— (Test cela!... parle, mon enfant!...

raconte, dit le naturaliste.

— La chose est très simple, dit Alexandrine en souriant d'une manière presque aimable , et qui contrastait singulièrement avec son air habituel. Vous, madame, qui connaissez si bien les habitudes de mon père, je suis étonnée que vous n'ayez pas deviné tout de suite. Mon père, qui ne vous a pas vue depuis une huitaine de jours, était fort impatient de vous voir : nous sommes montés en voiture il y a trois quarts d'heure , et bien que les chevaux allassent parfaitement, mon père grondait le cocher et voulait qu'on marchât plus vite, tant, je vous le répète, il brûlait de vous présenter ses hommages.

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Mais en route, à trois quarts de lieue d'iei à peu près, en mettantla tête à la portière, il crut apereevoir un papillon magnifique dans les blés. Aussitôt il fait arrêter la voiture, en descend plus vite qu'un jeune homme de quinze ans et se met à courir de toutes ses forces à travers la plaine en fourrageant les blés impitoyablement, comme une aimée qui traverse un pays conquis, si bien qu'un gardechampêtre, caché derrière une haie, saisit tout à coup mon pauvre père au collet!... Heureusement, l'éclat d'une pièce d'or a fait lâcher le cerbère qui voulait dresser procès-verbal.

- — J'espère que M. le vicomte a pris son papillon, demanda madame Dernouville en souriant.

— Non, pas du tout!... voilà ce qu'il y

a de plus cruel! s'écria le vicomte eu hochant la tète, comme un homme désespéré qui vient de faire une perte irréparable et qui songe très sérieusement au suicide. Ce papillon, d'une grandeur peu commune, était, je crois, l'Apollon des Alpes !... C'est une espèce fort remarquable et qui se plait généralement dans les natures désolées, au sein des rocs et des torrens, au bruit des avalanches et des tempêtes!... Celui-là pourtant planait sur un champ de blé, chose bizarre et mystérieuse!... Mais il y a tant de secrets physiques que la science n'a pas encore pénétrés !.. Or, soit qu'il ait fendu les airs d'un essor rapide à l'instar de l'hirondelle qui franchit en volant d'incroyables distances, soit qu'un aigle ait emporté dans l'espace quelques œufs imperceptibles de ce beau lépidoptère, et que la chenille,

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Ja chenille d'Apollon soit éclose , ail grandi, filé dans nos climats, et, du sommeil inerte de la chrysalide, ait passé comme par magie au brillant réveil du papillon, qui est la plus parfaite image de notre âme!... oui, je le soutiens, l'immortalité de l'âme est un mystère, mais rien n'est plus compréhensible!... Il y a des gens qui ne veulent pas croire que Jésus-Christ est ressuscité le troisième jour, mais ces gens-là n'ont qu'à prendre une chrysalide ! Vous la croyez morte !...

Le vicomte avait tout à fait perdu le fil de ses idées et s'enchevêtrait à chaque motplus indissolublementdans le système de la métempsycose et dans les diverses transformations de ses insectes favoris ; il aurait continué long-temps encore sur le même ton, au risque de suffoquer à

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la fin d'une période, si Adolphe n'eût laissé échapper un éclat de rire qu'il n'avait plus la force de comprimer. Cet accès d'hilarité bruyante gagna bien vite Amélie qui se mita rire aussi d'une manière convulsive , bien qu'elle eut une grande tristesse au fond de l'âme.

Alexandrine ne put s'empêcher d'en faire de même, et le vicomte les regarda tout ébahi, sans comprendre d'abord le sujet d'une gaité pareille; enfin, il comprit et se mit à rire aussi plus fort que les autres.

— Oui! oui, parbleu! c'est fort drôle!

s'écria-t-il en frappant le parquet avec le manche de son échiquier. Je battais un peu la campagne, je crois !.. j'allais vou» faire un cours de théologie et vous déve-

lopper le système de Pylhagore !... Oh! oh!., parole d'honneur! je perds la tête de temps en temps, je serais tenté de le eroire!.. mais, voyez- vous, c'est la chaleur, cette maudite chaleur de vingt-cinq degrés qui me frappe la nuque!.. Songez donc, courir pendant une demi-lieue au grand soleil, nu-tête!., car en vérité , je Savais même pas pensé à prendre mon chapeau !.. j'étais comme un fou, comme un furieux!.... Dam ! voyez-vous, c'est un papillon sublime, incomparable, que l'Apollon!., oh ! quel effet prestigieux il aurait produit dans mes boîtes !.. Parbleu! vous sentez bien que si je voulais, j'achèterais bien un Apollon tout aussi beau!.. Pour dix ou quinze francs j'aurais mon homme ! mais ce n'est pas la même chose!. .je veux le prendre moi-même!.. Je n'aime pas le gibier des antres, moi !.. Enfin, je

suis désolé!., désolé, c'est le mot!.. Cet infâme garde-champêtre, ce vil satellite!., sans lui, je le tenais!., oui, j'avais lassé l'Apollon, je le forçais de fermer sesailes brillantes et de se reposer vaincu sur une motte de terre!., mais le monstre, le monstre de garde-champêtre!., si j'avais eu un pistolet, foi de gentilhomme offensé, je lui brûlais la cervelle.

Et les gros yeux gris du vicomte étincelaient comme des yeux de chat dans l'ombre.

— Allons, consolez-vous, mon cher vicomte, dit Adolphe en lui frappant sur l'épaule d'un air de commisération amicale. Vous serez plus heureux une autre fois! Il ne faut qu'un moment, qu'une bonne chance.

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— Oui, vous avez raison, répondit le vicomte en soupirant. La philosophie est une chose superbe! d'ailleurs on ne peut pas toujours vaincre! Il faut savoir se résigner dans le malheur et se dire comme je ne sais plus qui : spero meliora! Parbleu ! tenez, ce qui achève de me consoler tout-àfait, c'est qu'à tout prendre, je pourrais bien m 'être trompé, comme un jour à Pornic... L'Apollon n'était peut-être tout simplement qu'un grand papillon blanc du chou, aux ailes déchirées comme presque toujours!.. Voyez-vous , mes amis, d'un peu loin, il n'y a rien qui ressemble tant à l'Apollon que cetignoble lépidoptère aux ailes blafardes, qui me rend sans cesse le jouet des illusions les plus désespérantes! ..On a bien raison de dire qu'un fripon ressemble très souvent à un honnête homme .

— Mais tu oublies, mon père, le sujet

qui nous amène, dit Alexandrin e avec une inflexion douce et caressante.

— Oui, par ma foi, j'oublie, petite, répliqua le vicomte en se frappant le front. Je ne sais plus, en vérité, où j'ai la tête! je me désorganise, je perds la mémoire!..

— Eh bien! vicomte, profitez du moment où la mémoire vous revient, dit Amélie. Au fait , vous n'avez pas l'habitude de nous faire des visites aussi matinales. A quoi devons-nous ce bonheur?

— Ah! je vais vous dire, jolie voisine... Mais d'abord il faut que je vous gronde, pour ma part et pour celle de madame la vicomtesse! On ne vous voit plus! vous nous avez tout-à-fait abandonnés ! . . . vous restez des semaines entières sans penser

à vos amis!.. Oh! c'est mol, liés mai!

— Je suis souffrante, vous le savez, répondit madame De rnou ville, dont la physionomie devint tout-à-coup grave et soucieuse. Je ne puis sortir.

— Bah! bah ! mauvaise raison ! prétexte ! interrompit le vicomte en prenant la main d'Amélie, qu'il porta galamment à ses lèvres. Mais nous causerons de cela nous deux tout à l'heure. Pour le moment parlons d'autre chose!... c'est-à-dire, promettez-moi de venir, aujourd'hui , avec votre cher mari dîner au château de Morlinière.

— Excusez-moi, je vous en prie, monsieur le vicomte, dit Amélie en regardant Adolphe avec inquiétude. Nous ne pou-

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vons aujourd'hui ! n'est-ce pas, Adolphe ? Du moins, je ne puis, moi...

— Oh! mais voilà qui est trop fort!

c'est de la barbarie ! s'écria M. de Forestan. Je me révolte! non! non! vous viendrez! Vous ne savez donc pas que c'est aujourd'hui même que notre cher fils arrive de Paris ! Il est sans doute, actuellement à Morlinière ! Oh ! le pauvre garçon ! vous lui feriez une peine horrible de refuser! Il s'attend bien à diner ce soir avec vous ! Je crois , Dieu me pardonne qu'il l'écrit même à sa mère!...

Vous viendrez! vous viendrez, je vous en prie !

— Moi, ce m'est impossible, répondit froidement, madame Dernouville.

— Vous pouvez toujours compter sur

moi, mon cher vicomte, ajouta vivement Adolphe.

— Mais, au nom du ciel, voisine, pourquoi nous tenez- vous une pareille rigueur? reprit le vicomte avec une intonation suppliante. Que vous avons-nous fait, ma pauvre femme et moi, pour nous aliéner votre affection?...

Et le vicomte parlait d'une voix tremblante d'attendrissement.

— Monsieur, mon cher monsieur, dit Amélie touchée au fond du cœur de Taffliction sincère de l'excellent vicomte, oh ! vous pouvez être sûr que je vous suis toujours bien attachée ! Vous ne pourriez, sans être ingrat, mettre en doute l'amitié profonde et inaltérable oue j'ai pour

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vous!... pour vous au moins, monsieur!... Mais je vous en conjure, n'insistez pas !... Il n^est positivement impossible de faire ce que vous avez la bonté de me demander avec tant d1instance.

— Ainsi donc, repritle vicomte (Vun air désolé, M. Dernouville viendra tout seul encore aujourd'hui , s^asseoir à la table patriarcale de l'amitié ! Hélas! et notre fête de famille, notre joie, ne sera pas complète! mais dites, pourquoi refuser de Paccompagner!... pourquoi ne pas venir toujours ensemble, vous que le ciel a joints des nœuds les plus sacrés? pourquoi séparer toujours ce que Dieu avait fait pour n'être point séparé ! Il y a quelque chose là-dessous, continua-t-il en faisant claquer sa langue avec un air de mystère. Diable! diable!., c^est inconcevable!

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Pendant la tirade chaleureuse du vicomte, Alexandrine ne cessait pas de regarder Adolphe avec une expression de tendresse indéfinissable, tandis qu'Amélie ne pouvait pas s'en apercevoir. Adolphe souriait aussi d'une étrange manière à la jeune fille, dont les joues se coloraient par degré d'un incarnat plus vif.

— Jolie voisine, murmura le vicomte à voix basse en se penchant à l'oreille d'Amélie, il faut absolument que je vous dise un mot en particulier; puis, se tournant vers Adolphe, il lui dit:

— Madame la vicomtesse prétend que vous avez dans votre atelier des peintures charmantes que vous avez la modestie de cacher. Il faut pourtant que vous les fassiez voir à ma fille Alexan-

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drine qui peint déjà très joliment, et qui a besoin de vos conseils. Je vous en prie, faites-lui donc voir ce fameux paysage que vous êtes en train d'achever maintenant ! Vous savez, ça représente un ravin très profond, où roule une espèce de torrent sur des pierres!... et puis, il y a dans le ciel un effet magnifique de soleil couchant!... On dit que c'est admirable...

moi, je vais vous rejoindre, allez.

— Si mademoiselle veut m 'accorder quelques minutes, répondit Adolphe avec une inflexion douce et significative, en regardant la jeune fille, je vais lui montrer de meilleures peintures que les miennes. J'ai depuis quelques jours plusieurs tableaux flamands qui me sont arrivés de Paris, des tableaux fort remarquables, en vérité.

Alexandrine ne lit aucune réponse, mais salua d'un air gracieux en signe d'assentiment..

Adolphe lui offrit, le bras, et ils sortirent du salon pour aller visiter l'atelier qui n'en était séparé que par un mur assez mince.

Amélie les suivit des yeux jusqu'à la porte, et parut d'abord un peu contrariée.

Quand le vicomte fut seul avec madame Dernouville, il changea tout à coup de manière et de langage ; son front prit une expression qui voulait être sévère et qui n'arrivait qu'au grotesque; il fronça les sourcils, et se mordit les lèvres en secouant la tète comme un homme qui

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