‹ Les premières rides (volume 2)Chapitre 6 sur 14 · DR ASIE. IÀ · texte numérisé non relu

DR ASIE. IÀ

choses se passeraient ainsi... que moi je ne quitterais pas la maison , et que tu pourrais du matin au soir rester avec cette femme sans témoin, sans obstacle î... Mais je vois que jetais dupe !... Maintenant, Adolphe , tu peux être sûr que je t'accompagnerai toutes les fois que tu iras à Morlinière !... oui, tous les jours , deux ou trois visites par jour, si tu veux!.. Ma présence au moins te punira!.. Je serai sans cesse devant toi comme le remords!..

— Oh ! oh ! voilà des phrases magnifiques et sonores! répliqua Dernousille en battant des mains comme pour applaudir. Où diantre as-tu pêche cette belle sentence ! . . . C'est dans Clarisse Harlowe , je parie!... dans ces vingt gros volumes que tu lis et relis du matin au soir. Mais, entre nous soit dit, ma chère,

15 4 Dit AME.

tu as grand tort de t'exalter Pimagination avec des romans!... La tienne est déjà trop romanesque. Je gage que par momens tu finis par te croire une Clarisse!... Avant peu tu me confondras avec Lovelace ; j'en tremble !

— Tu ris, Adolphe, répondit-elle en baissant la tête et d^une voix mouillée de larmes. Mais ce que tu viens de dire pourrait bien arriver. Depuis quelque temps je ne te reconnais plus, et j'entends avec effroi les maximes de Lovelace sortir continuellement de ta bouche ! On dirait que tu as adopté sa morale , ses principes, et que tu es comme lui mort aux sentimens honnêtes . froid et désenchanté.

— Désenchanté ! c'est possible, ma chère

Amélie Je commence à voir un peu plus c)air, et je prends les ehoses pour ce quelles valent. Par exemple, je foule maintenant aux pieds tous les préjugés absurdes de notre civilisation trembleuse et hypocrite ! Je trouve que la vie est trop courle pour sacrifier continuellement ses goûts et son plaisir aux tristes eonvenances d'un monde qui ne donne absolument rien en échange ! Je vis pour moi, non pour les autres! Je veux que tout le monde soit libre , et je veux l'être.

— Oh! je reconnais bien les leçons de madame de Forestan! s'écria douloureusement Amélie. Cette femme, décidément, je la hais!... Elle m'a pris mon bonheur !...Mais ce n'est rien encore!... elle a souillé ton âme! elle t'a fait croire, Vlolphe, à force de mensonges et de

ruses, qu'on peut être heureux sans la v< td! et uue ces liens sacrés, le devoir et jonneur, sont un joug importun dont les gens d'esprit savent bien s'affranchir.

— Allons! allons! c'est un véritable prône! dit Adolphe avec impatience, en croisant les bras.

— Je souhaite que sa fille Alexandrine ne lui ressemble point, Adolphe.

— Et moi, je te jure, c'est un vœu tout contraire au tien, que je forme , répondit Adolphe en s'aigrissant.

— Oh ! tu n'as pas besoin d'employer les sermens, Adolphe!., je sais de reste, que mademoiselle Alexandrine te plaît presque autant que sa mère !..

— Que veux-tu dire.''

— Tu dois me comprendre, mon 1 igageest clair.

— Non, non, de grâce , explique-toi , reprit Adolphe avec une agitation sensible.

— Adolphe, toutcequejepeux te dire!., c'est que mademoiselle de Forestan est digne de sa mère!., et que celle-ci pourra bien se repentir un jour d'avoir une fille... qui sera peut-être son châtiment!...

— Oh ! c'est insoutenable ! dit vivement Adolphe en se dirigeant vers la porte.

Personne n'échappe à l'amertume de tes censures ! Elle s'attaque même à une pauvre enfant innocente !...

— Innocente, Adolphe!... interrompit-elle. Vous êtes restés tout à l'heure bien long- temps dans cette chambre

— Amélie ! Amélie ! s'écria-t-il avec force en ouvrant la porte. Je sors, car tu me ferais perdre patience !... adieu!

Il referma brusquement la porte sur lui.

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