CHAPITRE XII 2o
il £6 croit un personnage important, fronce le sourcil, et il est fier comme un coq. »
On voit, d'après ces quelques citations, avec quelle sûreté de coup d'oeil Irénée plonge au fond des systèmes gnostiqces, pour montrer sur quelles bases fragiles reposent leurs constructions bizarres. On chercherait vainement dans les premiers siècles de l'Église un modèle de dialectique à la fois plus souple et plus nerveuse. « L'évêque de Lyon, dit AF Freppel, excelle dans cette critique fine et déliée qui découvre sans peine le côté faible ou ridicule de ses adversaires. Sa logique est sans pitié; elle ne fait grâce d'aucune attaque, tant qu'il reste debout un argument à renverser. La marche qu'il adopte de préférence est celle d'un tacticien consommé; après avoir suivi pas à pas les gnostiques à travers leurs hypothèses, il finit par les enfermer dans un dilemme qui ne leur laisse pas d'issue. Alors, discutant l'un après l'autre les deux termes de l'alternative, il relève les invraisemblances, signale les contradictions, énumère les conséquences immorales ou absurdes. Pour juger de la vigueur et de la pénétration qu'il porta dans la controverse, il faut le voir serrant de près les créations fantastiques de la gnose, dissipant ces ombres légères qui peuplent le Plérôma, réduisant les trente éons de Valentin à un seul et même être par une analyse aussi judicieuse que caustique, ramenant à leur juste valeur ces vaines combinaisons de chiff"res dans lesquelles les hérétiques placent leur confiance, et achevant d'accabler sous les traits de l'ironie cette science orgueilleuse qu'il vient d'entamer avec l'arme du raisonnement. » Ce n'est pas que saint Irénée veuille s'engager dans tous les détails où s'égare l'imagination vagabonde des gnostiques; les points saillants de ces hérésies primitives lui paraissent seuls mériter quelque réfutation. Voilà pourquoi l'habile controversiste concentre ses efforts sur la question de Dieu dans ses rapports avec le monde; et, après avoir démontré combien les spéculations de ses adversaires sont chimériques, il leur oppose la doctrine de l'Église comme conclusion de la partie philosophique de son traité.