‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 116 sur 180 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

de Polycarpe, tous deux disciples de saint Jean; c'est donc un témoignage aussi direct que possible; c'est un enseignement puisé à la source la plus sûre et la plus authentique. 11 faut faire la même remarque pour les Actes des apôtres, cette relatioH ii importante de la prédication évangélique au i«' siècle de l'ère chrétienne. En insistant sur l'autorité divine de ce document inspiré, en attestant que l'Église entière y a toujours vu l'œuvre de saint Luc, le disciple de saint Polycarpe a détruit à l'avance les vaines conjectures d'une science toujours prête à renverser ce qui gêne ses théories.

L'ouvrage de saint Irénée, précieux pour la défense du Nouveau Testament, n'offre pas moins d intérêt comme modèle d'une interprétation saine et judicieuse. Obligés de reconnaître l'origine apostolique des écrits qu'on opposait à leurs élucubrations, les gnos\iques se retranchaient dans des explications qui en dénaturent le sens. Pour échapper aux arguments qui surgissaient de là contre leur exégèse, ils distinguaient, comme plus tard quelques écoles protestantes, entre la véritable pensée du Sauveur et des apôtres, et les concessions qu'ils étaient forcés de faire aux préjugés des Juifs : à côté d'un fond de vérité incontestable, TÉvangile, selon eux, contenait des choses qui s'expliquaient parles ménagements que ses au'eurs tenaient à garder envers une multitude ignoraLte et prévenue. Valentin et Marcion comprenaient dans la première catégorie leurs propres doctrines; ils rangeaient dans la seconde tout ce qui ne cadrait pas avec leurs opiaions; par ce moyen ingénieux , ils conciliaient la liberté de penser la plus complète avec un respect apparent pour le Christ et ses disciples; en sorte que, dit Irénée, le Sauveur et les apùtres auraient, suivant un vaste plan d'hypocrisie, prêché à chacun ce qu'il était disposé à entendre. « En agir ainsi, continue l'évêque de Lugdunum, ce ne serait pas apporter la santé ni la vie, mais aggraver, au contraire, la maladie de l'ignorance... Les apôtres étaient envoyés pour ramener les esprits égarés, rendre la vue aux aveugles et la santé aux malades; ce n'est pas en pactisant avec les erreurs de chacun , mais en manifestant la vérité à tous, qu'ils pouvaient arriver à ce résultat... »

Celte réponse est aussi pleine d'élévation que de bon sens. Le système d'accommodation tombe, en effet, devant la mission divine du Ghiist et des apôtres, dont il blesse le caractère moral. Pour achever de détruire les inventions de ses adversaires, le docteur catholique montre que, bien loin de flatter les préjugés de leurs contemporains, les héros de l'Évangile heurtaient de front toutes les idées reçues, faisant triompher ainsi la vérité malgré l'opposition qu'ils rencontraient de toutes parts. « Il y a des hommes, dit-il, qui s'en vont répéter avec audace que les apôtres, prêcharit au mi ieu des Juifs, ont dû s'accommoder à leurs prévention?. Rien n'est plus contraire à la réalité. Qu'y avait-il, en effet, de plus choquant pour les Juifs que de s'entendre dire publiquement : Cet homme que vous avez attaché à une croix est le Christ, Fils de Dieu, votre loi éternel? Ils agissaient pour les gentils comme à l'égard des Juifs, ne prenant d'autre guide que la vérité. Ils attaquaient les préjugés des nations en leur déclarant hardiment que leurs dieux n'étaient que des idoles de démons... Quant à ceux qui prétendent que Paul seul a compris la religion chrétienne, parce que les mystères lui ont été révélés par voie de révélation, l'Apôtre les réfute en disant que le même Dieu lui a confié le ministère des incirconcis, et à Pierre celui des circoncis. Pierre était donc, aussi bien que Paul, l'apôlre d'un seul et même Dieu : l'un annorçait aux Juifs ce que l'autre prêchait aux gentils. »

Il n'y a donc pas d'antithèse à établir entre saint Pierre et saint Paul. Le contraste n'est pas ^ius léel entre l'Ancien et le Nouveau Testament, malgré les antinomies inventées par Marcion et que les tLéologiens de la réforme ont exhumées des basfonds du gnosticisme. Les gnostiques soutenaient que la loi de Moïse n'aurait jamais

dû être abrogée, s'il était vrai qu'elle eût Dieu pour auteur. « Non, leur réplique révêque de Lyon. Vous raisonnez comme celui qui dirait que la paille, étant une créature de Dieu, ne devrait jamais être séparée du froment; ou bien qu'il ne faudrait pas couper le raisin, parce que le sarment de la vigne est l'œuvre du Créateur. En effet ces objets n'ont pas été créés pour eux-mêmes, mais dans le but de faire arriver à maturité le fruit qu'ils portent; quand le fruit est mûr, la paille et le sarment deviennent inutiles; on les coupe et on les enlève du champ. Ainsi en est-il de Jérusalem, qui portait en elle le joug de la servitude pour dompter l'homme et le rendre apte à la liberté; son existence n'était plus nécessaire une fois que le fruit de la liberté, devenu mûr, eut éié recueilli. » Cette comparaison, ajissi gracieuse que juste, établit la vraie distinction entre l'ancienne loi et la nouvelle. L'une enchaînait l'homme à Dieu par mille liens qui tenaient sa volonté rebelle dans un état de contrainte et d'assujettissement; c'était la loi des serviteurs, plutôt que celle des enfants et des héritiers légitimes. L'autre, au contraire, en affranchissant l'homme du péché par la grâce divine, le rend capable d'une soumission plus volontaire et plus libre; elle demande principalement à l'amour ce que la législation mosaïque obtenait surtout par la crainte; mais cette supériorité de l'Évangile sur la loi de Moïse ne constitue nullement une opposition entre l'un et l'autre. Toute la partie dogmatique et morale de l'Ancien Testament se retrouve éclaircie et développée dans le Nouveau. L'évêque de Lyon insiste avec force sur ces rapports de conformité, sans lesquels il n'y aurait plus, dans l'économie providentielle, ni unité- ni harmonie.

Sans la tradition vivante dans l'Église, l'Écriture sainte ne serait plus qu'un champ ouvert à toutes les disputes des partis. Aussi, après avoir établi en principe qu'il y aurait encore moyen de connaître la vérité, lors même que l'Écriture sainte n'existerait pas, le savant controversiste prouve que, par le fait, des nations entières ont puisé leur foi dans l'enseignement oral sans le secours des livres saints. Est-ce à dire qu'il faille regarder comme superflus les écrits du Nouveau Testament? Non : en fixant par écrit une partie des doctrines qu'ils avaient d'abord enseignées de vive voix, les apôtres ont voulu par là les préserver plus sûrement de toute altération. Il est incontestable, en effet, que l'écriture a l'avantage naturel d'enchaîner la pensée à un texte immuable et précis. Elle conserve ce que la parole explique et propage. L'une a pour elle l'immobilité; l'autre, le mouvement et la vie; celle-ci est le moyen ordinaire de la diffusion, le grand instrument de l'apostolat; celle-là, le pivot fixe et invariable de la législation et du gouvernement. Ce n'est donc pas sans une disposition admirable de la Providence que la révélation chrétienne est arrivée aux hommes parce double canal de la parole et de l'écriture; vouloir séparer ce que Dieu a uni par un lien indissoluble, c'est méconnaître l'harmonie qui règne dans l'œuvre de la rédemption.

Cela posé, où trouver l'Écriture sans augmentation ni diminution? Où treuver la tradition pure et intègre? Dans l'Église, à laquelle, dit Irénée, il appartient d'interpréter l'une et l'autre, d'en fixer le sens avec autorité; elle a reçu de Dieu la mission d'instruire les hommes et de leur faire connaître à tous la voie du salut. « Là où est l'Église, ajoute~t-il, Jà est l'Esprit de Dieu, c'est-à-dire la vérité; voilà pourquoi tous ceux qui ne reçoivent point l'Esprit ne puisent pas non plus l'aliment de la vie aux mamelles de cette mère commune, ni ne boivent à cette source pure qui jaillit du corps de Jésus-Christ; mais ils se creusent des citernes qui ne leur fournissent que des eaux fétides et corrompues, parce qu'ils rejettent la foi de l'Église qui pourrait les confondre, et qu'ils repoussent l'Esprit qui dissiperait leur ignorance; car là où est l'Église, là est lEsprit de Dieu, c'est-à-dire la vérité. La raison de ce privilège surnaturel qui s'attache au corps moral de Jésus-Christ est évidente : étant donnée l'au-

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