‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 117 sur 180 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

torité doctrinale de l'Église, l'infaillibilité en découle comme une conséquence rigoureuse; sinon, l'Église pourrait enseigner l'erreur avec la propre autohté de Dieu; ce qui serait une absurdité monstrueuse. »

Pour discerner la -véritable Église, outre le triple sigae de l'unité, de l'universalité et de la sainteté, il y a l'apostolicité; c'est l'argument que l'évêque de Lugdunum fait valoir avec le plus de force et d'insistance contre les gnostiques; il établit que toutes les sectes sont postérieures à l'Église; si, en raison de leur nouveauté, elles ne peuvent pas remonter jusqu'aux apôtres par une succession non interrompue, il s'ensuit évidemment qu'elles n'ont pu recevoir d'eux le dépôt de la vérité. Où donc trouver ce dépôt dans son intégrité? Là où le pouvoir de l'enseignement s'est transmis, à partir des premiers fondateurs de l'Église, par une voie régulière et légitime; c'est à cette succession des évêques et des pasteurs qu'est attaché le maintien de la vraie foi. « Comme il serait trop long de rapporter les successi()ns de toutes les Églises, dit Irénée, nous nous contenterons de marquer la tradition de la plus grdnd°e et de la plus ancienne de toutes, de celle qui est connue du monde entier, qui a été constituée à Rome par les glorieux apôtres Pierre et Paul. En reproduisant cette tradition qu'elle a reçue des apôtres, celte fui qu'elle a annoncée aux hommes et transmise jusqu'à nous par la succession de ses évêques, nous confondons tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, par vaine gloire, par aveuglement ou par malice, font des assemblées illégitimes; car c'est avec cette Église, à cause de sa principauté supérieure, que doivent nécessairement s'unir et s'accorder toutes les Églises, c'est-à-dire les fidèles de tous les endroits du monde. »

Irénée dresse ensuite le catalogue des évêques de Rome depuis la moit des apôtres jusqu'à la fin du deuxième siècle : Lin, Anaclet, Clément, Évariste, Alexandre, Sixte, Télesphore, Hygin, Pie I, Anicet, Soter, Éleuthère; puis il ajoute ces remarquables paroles : « Par cette succession nous démontrons pleinement que la foi con- servée jusqu'à nos jours et transmise en toute" vérité est la foi une et vivifiante confiée à l'Église par les apôtres. » iMais quel est le gardien et le dépositaire de la foi dans l'Église romaine? C'est, répond Irénée, l'évêque chargé du soin de la gouverner. Conséquemment le dépôt de la foi ne peut se perdre ni s'altérer entre les mains de l'évêque de Rome; sinon, il serait perdu ou altéré pour l'Église romaine qui le reçoit de son chef, par suite, pour toutes les autres Églises dont le devoir indispensable j est de s'accorder avec celle de Rome : l'infaillibilité du pontife romain assure donc " l'iiidéfectibilitc du siège apostolique, et, par là, celle de l'Église universelle, c'est la clef de voûte qui couronne et soutient tout l'édifice chrétien i.

Dans son magnifique Trailé contre les hérésies, l'évêque de Lugdunum ne se borne pas à décrire l'organisation extérieure de l'Église, à déterminer la lègle de foi catholique, l'autorité de l'Écriture sainte et de la tradition, le pouvoir d'enseignement dévolu aux évoques et la primauté du siège de Rome; il discute l'une api es l'autre les doctrines particulières que professaient les gnostiques; de là une exposition éloquente des dogmes du christianisme. D'abord le mystère fondamental de la révélation, celui de la Trinité, est exprimé avec autant de précision que do clarté dans cette confession de foi qui reproduit à peu près le symbole des apôtres : a L'Église, dit Irénée, croit en un seul Dieu, Père tout- puissant. Créateur du ciel, de la terre, de la mer, et de tout ce qu'ils renferment; en un seul Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui s'est fait chair pour notre salut; elle croit au Saint-Esprit, lequel a prédit par les prophètes l'économie divine et l'avémment de Jésus-Christ Notre-Seigneur,

1 Saint Irénée et Véloqucme chrétiemie dans la Gaule, etc., par MsrFreppel, années 1860-1861.

qui est né d'une vierge, qui a souffert, qui est ressuscité d'entre les morts, qui avec sa chair est monté aux cieux, d'où il viendra un jour dans la gloire du Père pour ressusciter loute chair humaine. «

Le dogme de rincarnation du Verbe a trouvé dans saint Irénée un interprète ni moins exact ni moins profond; c'est sur ce point que se concentraient davantage les efforts des gnostiq'ies; tous s'accordaient à le nier : les uns, comme Bisilide, séparaient le Christ de l'homme Jésus, pour n'admettre qu'une simple union morale entre le premier et le second; d'autres, à l'exemple de Valentiu, reculaient jusqu'au baptême dans le Jourdain, l'union du Christ, Fils de Dieu, avec Jésus de Nazareth, ou réduisaient le corps du Sauveur à une vaine apparence sans réilité substantielle; quelques-uns, adoptant les rêveries de Marcion, supposaient que le Rédempteur avait paru subitement sur la terre, la quinzième aunée du règne de TiLère, sans avoir pris caissance parmi les hommes; plusieurs enfia, tels que les ébioniles, niaient la divinité du Christ, qu'ils regardaient uniquement comme un prophète plus grand que Moïse. L'évêque de Lugdunum leur oppose à tous la véracité de l'histoire évangélique , telle qu'elle a été tiansmise par lÉcritare sainte et par la tradition. Après avoir rétabli la vérité des faits, il en cherche la raison intime; c'est ainii qu'en réponiant aux valentiniens, il développe cette belle persée, que le Christ, étant le type de l'humanité, devait traverser les différents âges de h vie pour leur servir de modèle et les sanctifier. « Il était impossible, ajoute-t-il, que l'homme, une fois déchu de son premier état par sa désobéissance, pût se relever par lui-même; il était impcssible que le coupable, une fois tombé sous le joug du péché, pût si sauver par ses seuls efforts : voilà pourquoi le FjIs de Dieu, son Verbe coéternel, a quitté le sein du Père et s'est incarné, s'ab lissant jusqu'à la mort pour consommer l'œuvre de notre salut... »

La place qu'Iréûée assigne à la sainte Vierge Marie dans ce gr$nd œuvre de la rédempiion justifie à merveille le culte de vénération que l'Église rend à la mère de Dieu, et la confiance qu'elle met dans sa toute-puissance supplian'.e. Non-seulement l'évêque de Lugdunum appuie avec force sur le dogme de la maternité divine, l'un des fondements de la religion chrétienne, mais encore il fait ressortir le rôle personnel qa'a joué lÈve de la nouvelle alliance par si soumission à la volonté de Dieu : « Da même que le genre humain, dit-il, avait été dévoué à la mort par une femme, il a été sauvé par une autre femme; et, par un juste équihbre, l'obéissance virginale a réparé ce qu'avait perdu la désobéissance virginale. »

Irénée suit dans l'E icharistie le prolongement de l'incarnation du Verbe : ces deux mystères lui paraissent si intimement liés entre eux, qu'il se sert de l'un pour établir l'autre. Les gûostiques célébraient la Cène comme les catholiques, et pourtant ils s'obstinaient à sou'enir que le Sauveur n'avait pas pris une chair véritable, ou du moins que son corps n'était pas formé d'éléments terrestres. « Vous admettez l'Eucharistie, leur dit Irénée; or le calice que nous bénissons est la communication du sang de Jésus-Christ, et le pain que nous rompons, la communication de son corps; donc vous êtes obligés do reconnaître que le Verbe s'est fait chair; autrement vous ne pourriez recevoir ni son corps ni son sang; car il n'y a pas de sang là où l'on ne trouve ni veines, ni chair, ni tout ce qui fait partie de la subitance humaine. » Après avoir démontié par la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eacharistie la vérité de l'incarnation du Verbe, l'évêque de Lugdunum prouve par elle la résurrection des corps, que niaient les gQostiques.^Tc Comment, dit-il, nos corps pourraient-ils ne pas ressusciter, eux qui sont pénétrés du sang de Jésus-Christ, et nourris de sa chair? Par cette union étroite avec l'Homme-Dieu dont ils sont devenus les membres, ils participent à ses destinées glorieuses; l'Eucharistie est pour eux le

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