‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 12 sur 180 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Oa prétend que les Églises de France, fondées au i" siècle, n'ont pas pu subsister faute d'éléments de vie, et que, au milieu du m" siècle, les pontifes romains, toujours attentifs à la charge qui leur est spécialement confiée d'enseigner toutes les nations, choisirent des hommes à l'âme apostolique, afin de les envoyer dans les Gaules fonder de nouvelles Églises, les constituer sur des assises solides, et déposer au cœur de chacune d'elles, avec un ministère étroitement uni à la chaire de Pierre, un principe immortel de vie et de fécondité. Comment n'a-t-on pas réfléchi]que cette opinion pouvait se traduire ainsi : « Dieu a donné à ses apôtres des grâces toutes particulières pour le succès de leur mission ; mais il n'a pas voulu qu'ils en fissent usage dans la redoutable et sublime entreprise pour laquelle il les avait choisis; et détruisant leur œuvre lorsqu'elle était à peine commencée, il en a retardé l'accomplissement; il a rendu, en quelque sorte, inutiles pour un instant les célestes enseignements de son Verbe ! »

Sans aborder des sphères aussi élevées, ne suffit-il pas de jeter les yeux sur les temps passés pour mesurer l'immensité du linceul que les siècles ont étendu sur les événements les plus mémorables. Que sait-on de l'histoire des Perses, des Mèdes, des Babyloniens? Les dynasties des rois d'Egypte sont-elles toutes connues? Qu'on déroule les fastes de Carthage avant sa lutte avec Rome î Dans les annales mêmes de la France, combien de lacunes à combler encore, d'erreurs à rectifier? Et l'on s'étonne que les actes d'une modeste Église, dont les origines étaient si humbles, si infimes, se soient perdus, et que le nom de quelques évoques, honorés sans doute à l'égal d'un père par un groupe de fidèles affectueux et dévoués, mais obligés de cacher aux idolâtres le caractère sacré de ces premiers pasteurs, ne soit pas parvenu jusqu'à nous ! Pour expliquer le silence de l'histoire sur les actes des Églises de la Gaule pendant les deux premiers siècles, il serait donc peu logique de dire : a Nous no trouvons pas d'actes postérieurs à la fondation de telle Église; donc cette Église a cessé un instant d'exister ! » Il n'est pas nécessaire non plus, pour établir la succession non interrompue des pontifes qui ont gouverné ces Églises primitives, de recourir à ces tables chronologiques dressées trop souvent avec des noms de fantaisie, sans date précise, ni de donner à l'existence de quelques évèques connus une longévité patriarcale.

Le prince des apôtres et ses successeurs immédiats n'ont rien négligé pour gagner à Jésus-Christ les diverses parties de la Gaule; on dirait qu'ils eurent le pressentiment de l'avenir religieux réservé à ce pays qui allait devenir le rempart le plus ferme du catholicisme. Lors donc que la race gallo-franque , fille aînée de l'Église, mettra au service de la papauté ses quahtés brillantes, quand ses chefs s'armeront pour défendre et propager en tous lieux la civilisation chrétienne, ils ne feront que reconnaître le bienfait de la foi qu'ils reçurent dans l'origine des pontifes romains : ce sera une vieille dette nationale qu'ils acquitteront envers eux.

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