CHAPITRE II
SAINTE MARIE MADELEINE ET LES AUTRES AMIS DU SAUVEUR APOTRES DE LA PROVENCE
ArguJiient génôral eu faveur des apôtres de la Provence qui composent le premier groupe de missionnaires de la foi dans les Gaules. — Le christianisme a pénétré dans ce pays par la même voie qii'avait suivie la civilisation de l'ancien monde. — Poui-quoi les Gaules furent -elles prédestinées à donner asile aux amis du Sauveur? — Apostolat de saint Maximiu , de saint Lazare et de sainte Madeleine. — Marie Jacobé et Marie Salomé dans l'ile de Camargue ; leurs prédications, leur culte. — Sainte Marthe prêche à Tarascon et à Avignon; sa manière de vivre pénitente, hospitalière et contemplative. — Description de la Sainte-Baume. — Communions et assomptions de sainte Madeleine. — Hospitalité donnée par sainte Marthe à des évêques. — Vierges réunies par elle en communauté à Tarascon. — Mort de l'évêque saint Maximin ; ses reliques en grande vénération auprès des peuples e! des princes.
Le premier groupe de missionnaires de la foi dans les Gaules se composait de Lazare et Maximin, de Marie Madeleine, de Marthe et de quelques autres saintes femmes. A cette allégation, une école de ciitiques élèvera la voix : « Vous prenez, dira-t-elle, pour des faits authentiques ce qui n'est que le produit d'une pieuse crédulité; ces traditions légendaires ne sauraient trouver grâce aux yeux d'une science exacte et rigoureuse. » Pour répondre en général à cette objection, voici l'argument qu'on peut opposer aux adversaires de la propagation de l'Évangile en Provence par les amis du Sauveur. De toutes les Vies connues de sainte Madeleine, celle qu'a écrite Raban-Maur est considérée aujourd'hui comme la plus ancienne et la plus respectable. Ce consciencieux auteur, né à Mayence vers l'an 776, étudia successivement à l'abbaye de Fulde et à Saint-Martin de Tours, sous le célèbre Alcuin. Devenu maître dans les écoles monastiques on les religieux l'avaient initié à l'étude des lettres et à la pratique des vertus chrétiennes, il fat en relation avec tous les savants de l'Europe, forma les docteurs les plus fameux de son siècle, parcourut, pour s'instruire, ruibernie, l'Orient et en particulier la Palestine, présida plusieurs synodes, rédigea de sages règlements, fut consulté par les empereurs, les rois, les pontifes des plus grands sièges, et, après avoir composé divers ouvrages où la science la plus étendue s'allie à la piété la plus onctueuse, il mourut archevêque de Mayence, à la fois regardé comme l'oracle de l'empire franc et vénéré comme un saint.
L'abbé Faillon , à qui l'on est redevable des Monuments inédils sur Vapostolat de sainte Madeleine en Provence, a publié le travail hagiographique de Raban-Maur relatif à cette illustre pénitente. L'apparition de ce document est d'autant plus heureuse, qu'après être resté enseveli pendant mille à douze cents ans dans une bibliothèque d'Oxford, il se trouve exactement conforme, sur tous les points de quelque importance, à la tradition provençale. Le docte sulpicien a eu depuis le bonheur de découvrir dans les bibliothèques publiques de Paris plusieurs fragments des écrits très-anciens que cite Raban-Maur, et qu'il copie quelquefois mot pour mot; on y reconnaît le goût, le ton, la brièveté des premiers âges. On a remarqué que l'auteur s'était étendu avec une sorte de complaisance sur les faits tirés de l'Évangile en interprète plutôt qu'en historien. Il fonde son récit sur les Vies des saints de Provence, qu'il appelle anciennes histoires, écrits que nos pères nous ont laissés, et sur les traditons orales qui se transmettaient de génération en génération ; il est même vraisemblable, dit un savant jésuite , le P. Benoît Valuy, qu'il possédait les actes de saiot