CHAPITRE XIII
trembler? Mais non, la loi des chrétiens ne remplacera point celle de nos dieux. Allez, dans le pays des Sâquanes, faire subir aux docteurs de cette loi des tourments tels que leurs adeptes renoncent à leur religion pour ne point s'y exposer. » Claudius, à peine arrivé à Besançon, fît arracher Ferréol et Ferrution de la caverne où ils avaient coutume de se retirer, leur déclara les volontés du piince et leur donna le choix ou de sacriûer ou de mourir. « Nous sommes prêts, répondirent les disciples da grand Irénée; faites ce que le démon vous inspire; pour nous, nous espérons en Notre-Seigoear Jésus-Christ; quelques tortures qu'il vous plaise de nous infliger, notre foi nous soutiendra. » Glaudius ordonna de les tirailler avec des poulies et de les battre avec des fouets. Comme ils continuaient à prêcher Jésus-Christ, on leur coupa la langue, puis on leur enfonça des alênes aiguës dans les mains, dans les pieds et dans la poitrine; enQn, comme ils ne ressentaient aucune douleur, on leur trancha la têle, le 16 juin 212. Les chrétiens enlevèrent secrètement les corps de ces deux martyrs, vulgairement connus sous les noms de Fargeau et de Fargeon; ils les cachèrent à quinze cents pas de la ville dans une grotte couverte de broussailles, où ils furent retrouvés, le 5 septembre 370, par saint Aignan, évêque de Besançon '.
Parmi les autres disciples d'Irénée brillèrent deux savants défenseurs de l'Église, Ca'us et Hippolyte; tous deux, évêques des nations, allèrent répandre au loin la semence de la divine parole; lorsqu'ils avaient étab'i solidement le christianisme dans un pays infidèle, ils confiaient à des pasteurs stables le soin des âmes qu'ils avaient acquises à Jésus -Christ; puis ils poursuivaient dans d'autres contrées le cours de leurs conquêtes spirituelles; le Saint-Esprit opérait, en faveur de leur ministère, des prodiges aussi éclatants que nombreux; ils ne semblent pas avoir évangélisé les Gaules , où ils secondèrent cependant leur illustre maître en combattant les sectes dissidentes par les armes de la foi et de la raison-.
Ainsi l'Église naissante, attaquée au dedans et au dehors, avec un acharnement inouï, dans les Gaules, s'avançait sous le feu des hérésies comme à travers les persécutions; au heu d'arrêter ses progrès, les persécutions ne faisaient qu'accélérer sa marche victorieuse; les hérésies, bien loin d'afl'iiblir son unité, la consolidaient à mesure que se manifestait son caractère d'universalité; plus elle élargissait sa circonférence, plus elle s'aff'ermissait au centre de son activité; les passions s'agitaient autour de son berceau sénis l'émouvoir; les sectes ne l'attaquaient que pour révéler la force surhumaine qui gît en elle; leurs ruines finissaient par devenir son piédestal : n'est-ce pas là un phénomène inexpUcable pour quiconque n'admet pas sa divinité?
• Histoire de l'Église, ville et diocèse de Bcsanço7i, par Dunod de Charnage. Édit. 1730. 2 Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique, Goschler, tom. III et XI.