CHAPITRE XIV
l'ère des martyrs et l'invasion des barbares dans les gaules
La présence du christianisme se révèle dans la vie, tant privée que publique, en sorte que les fidèles se trouvent exposés aux persécutions des païens. — Le génie du mal et le génie du Lien à la cour inipériale. — Martyre de Timothée et d'Apollinaire à Reims, sous le règne de Maximin. — Due ère de décadence s'ouvre à Tavénement de l'empereur Dèce. — Chute de quelques chrétiens. — Rigorisme outré de Marcien, évèque d'Arles. — Martyre de Regina, native d'Alesia. — Deux invasions, celle des chrétiens et celle des barbares , s'avancent guidées également par le souffle de Dieu dans les Gaules. — Martyre de Poutius ou Pons au pied des Alpes Maritimes. — Martyre de Bassus, évéquo de Nice. — ilartyre de Genulfe ou Genou, qui évangélisait les Cadurces. — Chrocus, chef de diverses peuplades germaniques, fait irruption dans les Gaules, pendant que l'empire est livré aux trente tyrans. — Martyre de Didier, apôtre des Lingons. — Décapitation de Valliery archidiacre de Lan grès. — Jlartyre de l'évèque Autidius chez les Séquanes. — Florent ou Florentin, Hilaire ou Hilliers, martyrisés par les soldats de Chrocus, chez les Édues. — Décapitation de Victorin, Caffi, Autholien, Maxime et Liminius, vulgairement Liuguin. — Martyre de Privât, évèque des Cabales. — Martyre d'Amarandus ou Amaranthe. — Les déchirements intérieurs de l'empire laissent un moment de paix à l'Église. — Martyre de Prisque chez les Sénons. — Martyre de Révérien, évèque d'Autun. — Admirable épilaphe du jeune Pectorius. — De nouveaux compétiteurs cherchent à reconstituer à leur profit la nationalité transalpine.
Alors qu'elle était encore au berceau, l'Églisa dans les Gaules n'avait pas trop de peine à cacher son existence modeste; le petit nombre des fidèles faisait leur sécurité; ils pouvaient passer inaperçus dans les grandes villes, tout entières au mouvement des affaires, aux jouissances ofTertes par la civilisation romaine. Ce bénéfice du petit nombre ne devait pas durer longtemps; il allait diminuant tous les jours dans la proportion des prosélytes qui devaient augmenter les cbrétientés gauloises; à raison même de leur importance, les conquêtes des missionnaires apostoliques attiraient l'attention de la multitude, éveillaient la jalousie des collèges sacerdotaux; les disciples du Christ se séparaient sur trop de points des adorateurs de Jupiter et de Mercure, pour que cette séparation ne les mît pas en évidence. Suivant la belle expression de Tertullien, le glorieux insigne des vertus distinguait les chrétiens de tout ce qui les entourait dans la vie, tant privée que publique.
Ces femmes chrétiennes, que l'on voyait ornées de la modestie comme d'un voile, de la pudeur comme d'un vêtement, formaient un contraste frappant avec les matrones païennes de la Gaule; ces chrétiens d'une gravité plus que romaine, dont les regards s'élevaient au ciel avec une expression singulière; ces fidèles qui s'empressaient aux demeures de l'indigence, traitaient avec les plus humbles comme avec les personnages de race sénatoriale; ces hommes qui se condamnaient à sacrifier, s'il en était besoin, toutes les habitudes, les affections, les intérêts de la vie commune, et leur propre vie, à renoncer aux plaisirs en eux-mêmes les plus innocents, aux attachements les plus légitimes, aex professions les plus licites, dès qu'elles étaient ou dès qu'elles pouvaient être entachées d'idolâtrie; il suffiisait d'avoir des