‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 129 sur 180 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Dieu leur accorderait ce qu'ils n'avaient pu obtenir par la persuasion; mais ils ne purent détourner l'athlète du Christ de son attachement à la foi. Vallier brûlait du feu de cette charité parfaite qui chasse bien loin la crainte; il endurait avec patience et avec joie les mauvais traitements dont l'accablaient les soldats effrénés. Ceux-ci, furieux de ne pouvoir le vaincre à force de supplices, le décapitèrent, ainsi que les fidèles compagnons de sa fuite. Au lieu même de son martyre, on bâtit une église en son honneur. Ses reliques furent transférées à l'abbaye de Saint-Michel de Tonnerre, et, suivant d'autres, à l'abbaye de Molesme, d'où un archidiacre en apporta quelques parcelles à la cathédrale de Langres '.

Les hordes germaniques, chez les Séquanes, emportèrent de force le castrum de Rufey, à dix milles de Besançon; ils y trouvèrent l'évêque Aniidius, et, après l'avoir inutilement sollicité de renoncer à sa foi, ils lui tranchèrent la tête. Le corps de ce martyr demeura enseveli dans ce même château jusqu'en 1402; à cette époque il fut transféré à Besançon, dans l'église Saint -Bul, par l'évêque Hugues 1". Une partie notable fut apportée dans le prieuré de Paluelle, au diocèse de Chalon-sur-Saône. Un fait prouve en quelle grande vénération saint Antidius était parmi les Bourguignons ; lorsqu'au xii° siècle le comte Raymond marcha au secours d'Alphonse YI, roi de Castille et de Léon, contre les Maures, il fît porter devant lui l'image du glorieux martyr sur ses étendards. Cette image, illustrée par une multitude de miracles, est restée dans la chapelle de Saint -Vincent, près de Lisbonne, où viennent prier d'innombrables pèlerins.

Chez les Édues, les troupes de Chrocus martyrisèrent Florent ou Florentin , Hilaire ou Hillier, avec plusieurs autres soldats chrétiens. Ces deux hommes apostoliques, nés à Semont, village du Duesmois, en Bourgogne, servaient dans les armées romaines, lorsque, touchés de la grâce, ils passèrent sous les étendards de Jésus -Christ. Ils étaient cantonnés au bourg de Sedunum, aujourd'hui Suin, dans le Charollais, qu'ils édifiaient par la pratique de toutes les œuvres de miséricorde tant corporelle que spirituelle. Suin était, chez les Gaulois, le chef- lieu d'un pagus que l'on est autorisé à reconnaître pour celui des Ambarres dont parle Jules César. Les Romains , à l'époque de l'occupation, y avaient établi un poste militaire. Au moyen âge, il fut le chef-lieu d'un territoire appelé Sectunensis ager, dans le Gartulaire de Cluny, en 903. Il n'est pas rare de trouver des monnaies gauloises, romaines et féodales sur la montagne de Suin. Mais est-ce bien à Suin même que Florentin et ses compagnons ont été glorifiés? N'est-ce pas plutùt à l'endroit de son territoire où s'est formée plus tard la ville de Charolles? N'y a-t-il pas une preuve à l'appui de cette opinion dans le rapprochement de deux faits acquis à l'histoire, savoir : la confiance spéciale qui conduisait de toutes parts au tombeau de saint Florentin les pénitents condamnés au cercle de fer, pour demander à la miséricorde divine de rompre miraculeusement ce lien, signe extérieur de leur excommunication , et la découverte d'un de ces cercles pénitentiaires, composés de deux parties égales engagées l'une dans l'autre par une double entaille , où les bouts se réunissent solidement fixés avec deux gros clous rivés; ce cercle de fer gisait dans un tombeau de pierre, sous le crâne d'un cadavre de haute stature, au fond d'une cave, près des halles de Charolles; en un endroit appelé le Cimetière -des -Martyrs.

Le Martyrologe romain nomme le bourg de Suin comme le lieu le plus rapproché qui eût [quelque renom. La ville de Charolles n'existait pas; son nom, Quadrellœ, exprime, selon duCange, un projectile de la forme d'un carreau cube qu'on lançait avec la baliste; cette place devait être l'arsenal de Suin: en efi'et, autant le sol

' Annales hagiographiques de la France, par Barthélémy. Anuées 1861, 18G2,

sablonneux et granitique de Suin est impropre à ce genre d'emploi, autant lui convenait la terre grasse de CharoUes, où il existe encore de vastes fabriques de tuiles et de briques. Les hordes de Ghrocus, venues pour attaquer la forteresse de Suin, ont dû se porter sur son arsenal, défendu par Florentin et ses compagnons. Ceux-ci, brûlant de l'amour du martyre, se déclarèrent hautement chrétiens. « J'ai appris que tu avais été soldat, dit Gbrocusà Florentin; qui t'a rendu à la liberté? — Lorsque j'étais dans la milice, répondit l'homme de Dieu, je suis arrivé à toucher pour solde cent sous d'cr; mais la compassion pour les pauvres et l'amour pour mon Dieu me firent distribuer mon avoir aux indigents. Je renonçai à la milice teraporellft pour m'enrôler dans la milice spirituelle ; je me consacrai tout entier au service da Roi des rois, afin de le faire régner en moi et de vaincre les ennemis de mon salut par les mérites de ce glorieux vainqueur de la mort. — Sacrifie aux dieux , lui dit Ghrocus, et mange des viandes de leurs autels; ne nous force pas à multiplier tes souffrances, je te vois accablé de maigreur, une pâleur excessive t'a enlevé ta beauté première, la faiblesse de ta voix indique que tu tombes d'épuisement; tu ne saurais certainement soutenir en aucune manière les supplices qui le sont préparés. » Le bienheureux Florentin , loin d'obéir, se mit à parler de la sainteté de l'Évangile et à démontrer la perversité du culte païen. Ghrocus, irrité, ordonna de lui briser les dents et de lui couper la langue. Gomme il se livrait à ces excès de fureur, un certain Aphrodisius, homme de noble race, s'écria au nom des autres secrétaires, dont il était le premier : « Ne soyez pas assez impudent pour nier notre Dieu et lancer des blasphèmes contre ses serviteurs, de peur que cela ne reste pas impuni pour vous ! » Le farouche conquérant le condamna sur-le-champ à la décapitation, ainsi que Florentin, Hillier et leurs compagnons, le 27 septembre 264'.

Une modeste sépulture abrita leurs dépouilles mortelles; malgré le concours des pèlerins , une agglomération considérable fut longue à se former autour de ce tombeau. Les habitants pouvaient bien le signaler aux étrangers ; mais ils n'avaient pas assez de ressources pour lui consacrer quelque illustre monument. Aurélien, archidiacre d'Autun, devenu archevêque de Lyon, conçut la pensée de transférer les saintes reliques dans le monastère d'Ainay^ en 855, avec l'autorisation de Jonas, évêque d'Autun. L'opinion que GharoUes a été le théâtre du martyre de Florentin et de ses compagnons explique la leçon Psedunum qu'on rencontre pour Sedunum dans divers manuscrits et imprimés , leçon qui a donné la première idée d'inventer une ville de Pseudon : un copiste inhabile ou inattentif a confondu dans le mot Sedunum la lettre^ qui le précédait avec le signe abréviatif ; de prope Sedunum, près de Suin, il a formé la leçon embarrassante et inexpliquée Psedunum.

On rapporte au même persécuteur le martyre de Vandalet et d'Honoré, à Thil- Châtel, en Bourgogne. Les Bollandistes jettent des doutes sur l'authenticité des Actes de saint Florentin: leur auteur, disent-ils, vivait six siècles après les martyrs; il n'avait aucun monument ancien devant les yeux. Or il n'y a pas là de quoi rejeter ces actes ; l'hagiographe indique suffisamment qu'il avait d'anciens documents à sa disposition; les excuses qu'il allègue au commencement de son travail étaient communes chez les pieux écrivains du moyen âge; leur humilité les portait à se regarder comme indignes d'écrire la vie des saints; au reste, ces actes, composés en mauvais latin, semblent avoir eu pour auteur un homme plus saint que lettré; ce qui confirme dans la pensée qu'il n'aurait point osé inventer.

Ghez les Arvemes , les bandes ravageuses , poussées par l'amour désordonné des richesses plus encore que par le zèle pour la religion païenne, détruisirent un fameux

I Lettre de l'aLLé Cuchorat , curé de Paray-le-Monial, sur saint Floientin , martyr à Siùn ; 862.

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