‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 133 sur 180 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

souhaitait ardemment que les gouverneurs appliquassent les anciennes lois, les vieux édits; les magistrats avaient la main prête à signer les proscriptions ; la hache des bourreaux, altérée de sang, n'était pas encore rouillée; les joies féroces qu'éprouvent les assassins aux cris, aux tortures des victimes demandaient à renaître; la persécution fut violente. Auréiien applaudit aux massacres; mais Celui qui règne au plus haut des ci eux et de qui relèvent tous les empires lui fit sentir que les plus grands guerriers et les plus grands génies sont devant lui comme s'ils n'étaient pas.

La paix que Tacite et Probus, successeurs d'Aurélien, rendirent à l'Église fut encore troublée par les nouvelles incursions que firent dans les Gaules les peuples de la Germanie , particulièrement les Francs. Ils dévastaient toutes les campagnes et pillaient toutes les cités; soixante- dix places fortes étaient tombées en leur pouvoir. En face de ce péril, le sénat se ressaisit un moment du droit de donner un chef à l'empire; il proclama Tacite ; ce vieillard septuagénaire montrait ses bras en disant : «Sont-ils propres à porter une armure?» On lui répondit : «Nous élisons ton esprit non ton corps: c'est la tête qui commande, non les pieds!» Le descendant de l'illustre historien prouva que sa tête était capable de gouverner. Probus, son successeur, délivra victorieusement toutes les villes gallo-romaines qui avaient subi l'invasion des barbares ; il refoula les Francs et les Biirgondes dans les marécages de la Germanie occidentale; de plus, pour parer à de nouvelles invasions, il éleva, entre le Rhin et le Danube , cette longue ligne de remparts dont les débris effraient encore l'imagination des paysans d'Allemagne. « Nous n'avons laissé aux barbares que "le sol de leur terre, écrivait- il au sénat; tout ce qu'ils possédaient est à nous. Les champs de la Gaule sont labourés par des bœufs de Germanie; leurs troupeaux servent à notre nourriture ; leurs haras, à la réserve de notre cavalerie; leurs blés remplissent nos greniers. Neuf de leurs rois sont courbés à mes pieds ou plutôt aux vôtres. Toutes les cités gauloises m'ont offert des couronnes d'or que j'ai dédiées à Votre Clémence, afin que vous-mêmes, pères conscrits, vous en fassiez hommage au grand Jupiter. »

Le vainqueur, non content d'avoir décimé les nations germaniques, voulut rendre un peu de vigueur aux Romains en mêlant à leur sang du sang barbare ; il se fît livrer seize mille auxihaires qu'il répandit dans les légions ; il enleva des multitudes de prisonniers; il les transporta en colonies agricoles loin de leur patrie, sous un climat où il leur faudrait changer de mœurs. Ainsi, des Vandales allèrent se cantonner dans les îles Britanniques; cent mille Bastarnes durent cultiver les plaines déserte de la Thrace; des Gépides furent transplantés sur les bords du Danube; un corps de Francs fut même relégué jusque sur les rives du Pont-Euxin ; il est vrai que les Francs n'y restèrent pas. Un jour, le mal du pays s'empara de ces braves enfants de la froide Germanie; ils s'ennuyaient de ce plus voir leurs forêts et lears marécages; ils se sentaient mourir sous le soleil d'Asie; alors ils s'élancèrent intrépidement sur quelques barques à travers les mers orageuses et les difficiles parages de l'Hellespont, de la Grèce, de la Sicile où ils brûlèrent Syracuse; puis ils franchirent les colonnes d'Hercule, entrèrent dans l'Océan, côtoyèrent l'Espagne et la Gaule, et abordèrent enfin leur vieille Frite natale.

Pendant le voyage de ces audacieux aventuriers , la Gaule voyait surgir de nouveaux compétiteurs qui cherchaient à reconstituer à leur profit la nationalité transalpine : Bonosius en Rhétie, Saturninus en Egypte, Proculus à Cologne, Carus à Rome avec ses deux fils Carinus et Numerianus , originaires de la Narbonnaise. Il ne parait pas que ces Césars d'un jour aient empêché la rehgion de fleurir. Ce n'était qu'une trêve que Jésus-Christ accordait à ses disciples pour leur donner le temps de réparer leurs forces et de se disposer à de plus rudes combats. Il fallait que TÉglise fondée

par le sang du divin Crucifié fût de plus en plus cimentée par celui des martyrs. Dieu , qui voulait l'affermir par une dernière persécution plus atroce que les précédentes, permit l'avènement de Dioclétien à l'empire, Tan 28i, date célèbre, puisqu'elle commence l'ère appelée ère de Dioclétien ou ère des martyrs.

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