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CHAPITRE XV

servit qu'à redoubler la dévotion populaire envers l'illustre apôtre de Chartres et de Tournay.

Ghrysole, disciple de saint Piat, était né, dans la petite Arménie, d'une famille distinguée. Soit pour fuir la persécution qui ensanglantait surtout l'Asie, soit pour satisfaire le désir qu'il avait d'étendre le règne de Jésus-Christ parmi les infidèles, il s'était rendu à Rome, d'où il avait été envoyé dans les Gaules; il parcourut cette partie de l'ancienne Belgique inférieure, située entre l'Escaut et la Lys, aujourd'hui le Mélanthois. Dans l'intervalle de ses courses évangéliques , il résidait habituellement à Comines. Un jour qu'il prêchait près d'un temple d'idoles, dans le village de Verlinghem , il fut surpris par les satellites de Rictius Varus, et ne répondit que par la patience à leurs brutalités ; ils le frappèrent de verges et lui coupèrent le sommet de la tête, peut-être pour insulter de cette manière au caractère sacré dont il était revêtu, et le laissèrent gisant. par terre et baigné dans son sang. Ghrysole ne mourut point aussitôt de cette affreuse blessure ; il revint à lui, se leva, prit la partie supérieure de son crâne que les bourreaux avaient abattue, et .retourna à Comines, où il expira au milieu des habitants étonnés. On ajoute que sur la route, le martyr, pressé par une soif ardente , vit jaillir à ses pieds une source d'eau pure , qui n'a cessé depuis de couler avec abondance. Puissance merveilleuse d'une foi antique I Comines est célèbre pour avoir vu naître le fameux historien de Louis XI et Auger de Bousbecque, illustre négociateur du xvi*' siècle. Eh bien ! à Comines, le peuple se souvient à peine de l'habile chroniqueur et du grand diplomate ; mais il garde fîdè'e mémoire de saint Cbrysole, qu'il honore d'un culte toujours vivace, et les familles se plaisent à perpétuer son nom vénéré, en l'imposant, comme un signe de bénédiction, aux enfants nouveau-nés.

Eubert, compagnon de saint Ghrysole et de saint Piat, contribua beaucoup à la propagation de la foi dans le pays de Tournay. Presque tous les auteurs supposent qu'il vint de Rome dans les Gaules ; d'autres, d'après la finale de son nom , ont soupçonné qu'il était d'origine franque; peut-être y avait-il déjà quelques convertis parmi ces barbares. On aimerait à croire qu'un missionnaire frank fût venu, longtemps avant les éclaireurs de Glodion, reconnyllre et bénir cette terre destinée à être un jour si chrétienne et si française. Ce qui paraît incontestable, c'est qu'il travailla généreusement avec saint Piat et saint Ghrysole à la conversion des Nerves ; ses prédications durent même s'étendre plus loin, quoiqu'il résidât habituellement dans le castrum où s'éleva depuis Lille avec sa vaste citadelle, chef-d'œuvre de Vauban. Ainsi se trouvait- il à une distance à peu près égale de Séclin et de Comines, où d'ordinaire se retiraient Piat et Ghrysole; après le martyre de ses deux compagnons, Eubert prit toutes les mesures que commandait la prudence pour se conserver à un peuple persécuté et lui procurer, en attendant des jours meilleurs , les secours de son ministère pastoral. Il mourut de maladie dans le bourg de Séclin ; c'est de là qu'en l'année 1053 Baudouin le Pieux fît transférer solennellement ses reliques à Lille, dans la collégiale de Saint-Pierre, où elles restèrent jusqu'à la révolution '.

Les cruautés de Rictius Varus atteignaient tous les âges. Just ou Justin, encore enfant, fut martyrisé par ses ordres au village de Louvres, dans le Parisis, ou bien, selon quelques légendaires, à Saint-Just- en- Chaussée, dans le Beauvaisis : Dieu ne se plaît-il pas quelquefois à recueillir une louange parfaite sur les lèvres des innocentes petites créatures? Tel était le jeune héros qui fit éclater la vertu miraculeuse que la grâce peut communiquer à l'enfance comme à la vieillesse. Justin était né à

1 Les Vies des sauifs fies diocèses de Cambrai et u'Arras, par l'alilié DestomLes. Edit. 18G8.

Auxene, de parente chrétiens,, qui s'appelaient Mattbaeus et Felicia, Dès ses plus tendres années il avait paru dans sa famille comme un signe de bénédiction. Un de ses frères, Jastinianus, avait été enlevé par des volenrs et vendu à des habitants de la cité d'Amiens où il vi\ait dans l'esclavage. Mattbaeus partit pour aller le délivrer, et il emmena avec lui Justin , qui n'était âgé que de neuf ans. Les voyageurs rencontrèrent à Melun un pauvre aveugle qui manquait de pain et de vêtement; Justin ôta sa tunique et la lui donna, malgré son père, avec une portion de leurs provisions de bouche. Près de Lutèce, ils reçurent une affectueuse hospitalité chez un excellent homme nommé Hippolyte. De là, ils parvinrent à la rivière de l'Oise; comme il n'y avait point de barque pour les passer à l'autre bord, l'enfant se mit en prière, et aussitôt un batelier se présenta ; ils arrivèrent heureusement à la vil'e , chez le marchand Lupus, où Justin reconnut son frère aîné parmi les esclaves de la maison ; ils s'adressèrent directement au maitre et gagnèrent si bien ses bonnes giâces que Justinianus fut mis en liberté sans payer de rançon. Rictius Varus exerçait alors ses fureurs chez les Amhiani; ses satellites lui appiirent que des étrangers, sectateurs de la religion condamnée, étaieLt arrivés dans la ville ; aussitôt il ordonna des recherches; mais, averti à temps, Matthœ'js avait pris la fuite avec ses enfants. Ils se crurent sauvés quand ils eurent atteint un lieu solitaire, Sinomovicus, aujourd'hui Saint-Just-en-Cbaussée; et tous trois, assis sur le bord d'une fontaine nommée Syrique, où coule le ruisseau de l'Arre {Aragga), se reposaient tranquillement et se préparaient à prendre un léger repas.

Tout à coup Justin, éclairé par une inspiration soudaine, avertit son père et son frère qu'ils étaient sur le point d'être arrêtés par les émissaires dépêchés à leur poursuite. Matthseus et Justinianus gagiîèrcnt en toute bâte une retraite que leur offraient des rocbers du voisinage. Justin avait voulu rester seul pour répondre aux émissaires. Ceux-ci s'emparèrent de lui , l'interrogèrent sur son nom , sur sa religion , sur le lieu où s'étaient cachés ses compagnons de voyage; à ces questions, l'enfant répondit avec fermeté : « Je ru'appelle Justin, je professe la doctrine de Jésus-Christ. « Il refusa constamment d'indiquer la caverne où s'étaient réfugiés son père et son frère, parce que sa religion lui faisait un devoir de ne les point trahir; il paya de sa vie sa généreuse intrépidité; car, irrités de son silence, les soldats lui tranchèrent la tête, le 18 octobre "289. Ainsi ce jeune enfant mérita, par un viril combat, la couronne des athlètes du Christ. Mattbaeus recueillit précieusement les restes de son fils ; il enterra le corps à Sinomovicus et emporta la tête à Auxerre; cent ans après celte inhumation, saint Amateur, é\êque de celte ville, transféra ce chef vénéré dans sa cathédrale, et l'exposa solennellement à la vénération des fidèles; la mémoire du jeune martyr, honorée simultanément à Paris et à Beauvais, devint célèbre, nonseulement en France, mais en Angleterre, en Allemagne, en Suisse et en Italie'.

La rage de Rictius Varus promena ses édits de persécution jusque dans l'Armorique. Il y avait à Nantes un jeune homme appelé Donatien, d'une naissance illustre, mais plus recommandable encore par l'énergie de sa foi. Cette vertu, jointe à un esprit mùr, modérait en lui la fougue de la jeunesse; il se conduisait en vieillard dans un âge où la raison n'est pas toujours parvenue à sa maturité ; il avait reçu le baptême et répandait dans les cœurs païens la semence divine qui avait si abondamment fructifié en lui. Rogatien, son frère aîné, encore idolâtre, céda aux attraits vainqueurs de la vérité, il se convertit au christianisme par la salutaire influence de Donatien. Pour avoir la force de soutenir la profession publique d'une religion que

1 Annalfs hagiofjiaphiques de la F/imce, par Qi. Barthélémy, années 1S61, 1862.

LES PREMIERS APOTRES DES GAULES p. 350

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Les Enfants Nantais, Donatien et Rogatien,

répondirent au lieutenant impérial : Ce n'est pas perdre notre vie

que de la sacrifier à celui qui nous l'a donnée : il nous la rendra avec usure

dans réternelle gloire.

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