‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 15 sur 180 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Uae autre preuve monumentale de l'apostolat du ressuscité de Béthanie dans le delta du Rhôoe se remarque, en descendant vers le port, dans les caves de Saint- Sauveur; d'après les archéologues, ces salles paral'èles, environnées de trois côtés par une galerie en retour, auraient été des prisons publiques flanquées de logements pour les soldats qui surveillaient les prisonniers; à l'angle nord-est de ces constructions gallo-romaines s'ouvre une petite chambre quadrilatère que les religieuses de Saint-Cassien nommaient la prison de saint Lazare. Une tradition immémoriale, en elTt^t, rapporte que ce pontife, battu de verges jusqu'au sang et traîné inhumainement par toute la ville, fut enfermé dans ce cachot, où l'on pénètre par une porte étroite qui révèle l'énorme épaisseur du mur.

On cite encore un fragment de bas-relief trouvé en creusant les fondements d'une maison bâtie sur celte antique prison souterraine. Peut-être ce morceau appartenait-il à quelque cénotaphe élevé à la mémoire de plusieurs martyrs détenus autrefois dans ce sombre lieu. Du moins la science archéologique conjecture que l'inscription exprime les noms de plusieurs confesseurs de la foi, précédés de l'initiale M; elle ajoute que ce bas-relief, ainsi que l'indique la forme des caractères, a pu être exécuté au iv* siècle, époque où l'on aura converti la- prison en chapelle. En tout cas, le berger avec sa brebis et sa houlette, le navire et la colombe placée au gouvernail, l'image du poisson, tous ces types chrétiens qu'on retrouve isolément dans les catacombes ont été réunis sur ce bloc avec une intention particulière : si l'on s'en réfère à l'opinion du peuple de Marseille, le berger représenterait saint Lazîre, la barque dirigée par une colombe serait un symbole de l'arrivée de ce missionnaire apostolique amené par le souffle de la Providence.

Tandis que Lazare et Maximin exerçaient leur zèle dans la Provence, Marie Jacobé et Marie Salcmé vivaient retirées près d'un oratoire, à l'endroit désert où s'éleva une petite ville qui porte avec un légitime orgueil les noms de Notre-Dame-de-la-Me?^ Notre-Dame-de la-Barque, les S ointes -Mairies. De ces deux femmes illustres, la première, épouse de Cléjphas, habitant de Nazareth, prêtait ses mains aux rudes travaux des champs; la seconde, épouse de Zébédée, riche pêcheur de Capharnaûm, présidait au mouvement des barques; elles durent éprouver une particulière sympathie pour les insulaires de la Camargue, tous adonnés à la pêche et à l'agriculture, et avoir une grâce spéciale pour leur apprendre à sanctifier leurs emplois. Elles étaient sans patrie, car la Judée rejetait de son sein les croyants; elles étaient sans enfants, puisque l'apostolat les leur avait enlevés; elles épanchèrent sur les Provençaux tout ce que leur cœur, formé à l'école de Jésus et de Marie, renfermait de charité compatissante et de dévouement sublime; pour prix d'un coin de terre inculte, elles leur léguèrent mille traditions touchantes dont elles seules avaient le secret, le souvenir de leurs vertus et la puissance miraculeuse qui ne cesse point d'émaner de leurs ossements desséchés.

Quoique les ravages des barbares aient détruit une foule de documents sur ce point, tout ce qui se rattache à l'arrivée des saintes Maries dans l'île de Camargne, à la vie qu'elles menèrent dans leurs cellules, au culte qu'on leur rendit dès les premiers siècles, n'est pas dépourvu de toute preuve historique. Gervais de Tilbury, maréchal du royaume d'Arles sous Othon IV, au commencement du xiii" siècle, parle de la sépulture des saintes Maries sous un autel érigé par elles avec de la terre pétrie, et couvert d'une petite table de marbre de Paros. Un peu plus tard, dans le même siècle, Guillaume Durand, évêque de Mende, mentionne ce même autel de terre dans son liaiicnal des offices dicins; son témoignage doit être regardé comme l'expression d'une opinion reçue alors dans toute l'Église latine, puisque ce docte pontife, d'abord professeur de droit canon à Modène, puis auditeur du sicré palais sous Clément IV,

enfin légat du pape Grégoire X au concile général de Lyon, était en rapport avec dts savants de tous les pays, et destinait son livre à tous les évêqiies et à tous les prêtres du monde catholique.

A défaut de documents écrits, on pourrait alléguer les vestiges de la construction primitive de Notre-Dame-de-la-Mer; cette églis?, quoique en partie réédiûée en des temps plus récents, offre des caractères d'architecture et des symboles qui la feraient remonter jusqu'à Constantin ou à l'un de ses fils. Les chroniques locales racontent que les habitants de l'île disparurent vers cette époque, sans doute par le malheur des guerres, et qu'il ne restait plus qu'un ermite près du modeste oratoire ; un roi, venu d'Arles dans la forêt des Saintes-Mariés pour la chasse, apprit de ce solitaire que le corps des amies du Sauveur reposait dans ce rustique sanctuaire , il ordonna de renfermer l'oratoire dans une église bâtie en forme de citadelle pour la mettre à couvert des invasions des corsaires qui infestaient la côle. En effet, les hautes murailles de l'église actuelle percées de profondes meurtrières, ses créneaux dominés aux angles par des tourelles, les pierres plates de sa toiture, qui descend par une pente jusqu'à la galerie d'un rempart, la tour supérieure qui s'élance au-dessus de l'édifice, tout lui donne l'aspect d'une véritable place de guerre. Sur la tour, après le coucher du soleil, on allumait un feu qui aidait aux navires, surpris par la nuit, à reconnaître leur route parmi les écueils dont l'embouchure du Rhône était hérissée; en sorte que ce monument servait de temple, de phare et de citadelle*, touchant emblème des trois choses nécessaires ici-bas, et qu'on trouvait à Notre-Dame-de-la-JMer, la grâce, la lumière, la force.

Rien ne montre d'une manière plus sensible combien la dévotion envers les siintes Maries attirait les pèlerins en foule, que les diverses procédures faites, en 1448, à la demande de René d'Anjou, roi de Sicile et de Jérusalem, comte de Provence, pour retrouver leurs reliques, toujours cachées sous terre depuis les ravages des Sarrasins. On recueillit dans un coffre de bronze Ics débris de l'autel en terre pétrie et les morceaux de la tablette de marbre, avec trois têtes d'enfants et les ossements de deux corps humains qui répandirent une très-suave odeur. On trouva aussi deux coussins de marbre, l'un sous la tête de sainte JMarie Jacobé, l'autre sous celle de sainte Marie Salomé. Les reliques de ces femmes bénies de génération en génération par j

les habitants de la contrée furent authentiquement reconnues en 1797; elles n'ont 1

point cessé d'être l'objet d'un culte cher aux Provençaux, qui les implorent chaque j|

fois qu'un fléau menace leurs biens ou leur vie, dcus tous leurs chagrins et toutes leurs douleurs.

Voilà les titres de noblesse de ces femmes à jamais vénérables; Marthe, l'hôtesse |

du Sauveur à Béthanie, n'était pas moins honorée dans les villes et les campagnes qui avoisinent le Rhône. Elle remonta ce fleuve pour voler au secours de tant d'âmes plongées dans l'idolâtrie, et ne pas laisser Jes disciples disséminés dans les Gaules lutter seuls contre le vice et l'erreur. Deux circonstances, perpétuées par la tradition provençale et gravées sur une foule de monuments anciens, contribuèrent à rendre son apostolat plus efficace. A Tarascon, entre les graviers déposés çà et là par le débordement du Rhône et un déiert semé de quelques rares arbustes, était un repaire de reptiles venimeux et d'animaux féroces. On y voyait surtout errer une bête énorme, d'une espèce inconnue à la contrée, mais qui rappelait, par ses yeux étincelants, ses dents recourbées, ses écailles impénétrables, sa longue queue, les crocodiles du Nil qui ont quelquefois traversé la mer à la suite des navires et pénétré jusque dans nos rivières. Les habitants, qui connaissaient la vertu incomparable de sainte Marthe et le don des miracles qu'elle avait reçu du Ciel, la supplièrent avec larmes de les délivrer de ce monstre; Marthe saisit l'horrible animal, le garrotta avec sa ceinture et

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