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CHAPITRE II

l'amena au peuple, qui le tua à coups de pierres et de lances. Un autrejour, la pieuse vierge, assise dans un sile charmant, devant les portes d'Avignon, entre le fleuve et les remparts, annonçait l'Évangile. Un jeune homme qui habitait la rive opposée, hriilant du désir de l'entendre, se hasarda à passer le fleuve à la nage; mais, ne pouvant résister à la violence impétueuse des flots, il fat entraîné et englouti. On apportais cadavre devant sainte Marthe, qui lui rendit la vie par celte môme foi avec laquelle elle avait obtenu nagaère la résurrection de son frère. Après ce miracle, vu par les uns, raconté aux autres, les peuples de la Viennoise crurent en Jésus-Christ et se firent baptiser.

Parmi les monuments qui consacrent la victoire de sainte Marthe sur le monstre vulgairement appelé Tarasque, il en est deux qui prouvent que la tradition n'a jamais varié sur sa réahté. D'abord, les anciens sceaux de plomb de la ville de Tarascon présentent au contre- scel sainte Marthe assise dans une chaire, symbole de la doctrine, le front ceint d'un nimbe, la main gauche élevée, et tenant de la droite une croix. La face principale du sceau est ornée de l'image de l'affreuse Tarasqne. D'après une coutume immémoriale, le jour de Sainte-Marthe, à Tarascon, un simulacre de ce monstre, avec une queue énorme et une tête effrayante, est promené au milieu dn clergé par une jeune fille vêtue de satin bleu et coiffée d'un voile rose. Devant et derrière l'animal marchent des hommes armé? de vieilles piques et de massues, lûdépendaniinent de cette procession purement religieuse, h bon roi René, qui tant aimait les jeux, institua une autre démonstration , joyeuse et burlesque, où éclate dans toute sa frénésie la gaieté des Provençaux.

Certains auteurs ont voulu voir, dans la destruction de la Tarasque par la puissance miraculeuse de sainte Marthe, un symbole de la défaite du paganisme et du triomphe de la religion chrétienne personnifiée dans la courageuse vierge qui conduisait en laisse l'horrible dragon. En ces âges de foi naïve, disent-ils, toute idée prenait un corps et se traduisait en allégories sensibles. Cependant il est incontestable que plusieurs saints ont dompté les hôtes les plus farouches des forêts. Jésus- Christ a même donné comme preuve^de la divinité de sa doctrine l'empire surnaturel que plusieurs des siens exerceraient sur la créature .animale. Ce pouvoir merveil'eux s'explique par l'innocence primitive qu'avaient reconquise ces héros de la pénitence et de la pureté, et qui les replaçait au niveau d'Adam et d'Èv^e dans le paradis terrestre. Il ne faut donc pas affirmer que les figures de monstres qu'on associe aux représentations de plusieurs élus de Dieu soient toutes de pieuses allégoiies. Sans doute l'imagination s'est alliée quelquefois à la tradition authentique pour l'altérer ou y substituer des embellissements; mais il y a toute probabilité qu'il n'en fut pas ainsi de la bête monstrueuse de Tarascon.

Durant les longues années que Marthe passa dans les environs de celte ville qu'elle avait purgée de reptiles, elle ne vécut que de racines et de fruits sauvages ; encore ne prenait-elle ce repas qu'une fois le jour. Son vêtement consistait en un rude cilice de crin et un sac attaché autour des reins par un cordon noueux. Elle marchait nupieds et avait pour coiflfure une tiare blanche de poil de chameau. Quelques branches d'arbres et des sarments recouverts d'une toile formaient son lit, et une pierre son oreiller. Malgré son attrait pour cette vie de mortification, l'amour du prochain l'en arrachait souvent; elle faisait des excursions dans les bourgades pour y prêcher les mystères du christianisme. Jamais elle ne rentrait sans une abondante moisson d'âmes; car, ajoute Raban-Maur, eùt-on pu résister aux prodiges de toute espèce qu'elle opérait en confirmation delà divinité de ses en?eignements? Faut-il s'étonner si tous les lieux voisins de Tarascon révèrent sainte Marthe comme leur mère dans la foi : Maillane, Pernes, Saint-Gabriel, Saint-Remi, Beaucaire, mais surtout Avignon? Au

frontispice du portail de la cathédrale de cette \ille, une inscription aujourd'hui détruite attribuait à Marthe la gloire d'avoir jeté les premières semences de l'Évangile sur le sol d'Avignon. Jusqu'à ces derniers temps on a vénéré, dans le cloître même de l'église métropolitaine, contre la lourdes Troglias, une grotte convertie en chapelle, sous le vocable de sainte Marthe, où l'on croyait qu'elle venait s'abriter quand elle évangélisait la contrée. Il existait ausïi, dans la rue des V teilles- Lices , aujourd'hui Calade, au lieu même où le jeune homme noyé avait été ressuscité, un oratoire antique, } rès duquel saint Dominique avait, par dévotion, bâti son couvent, et dont parle saint Vincent Ferrier. On tient, de plus, que sur le Rocher sainte Marthe elle-même aurait fait ériger un sanctuaire en l'honneur de la sainte Vierge, lequel serait l'origine de la cathédrale, construite sur ses ruines.

La vocation propre de Madeleine n'était point, comme celle de sa sœur Marthe, la

\ie apostolique et active, mais la vie pénitente et contemplative; aussi quitta-t-elle

la caverne où s'éleva plus tard la célèbre abbaye de Saint- Victor, pour aller chercher

plus de solitude et de recueillement au désert de la Sainte-Baume, situé dans une

gorge d âpres montagnes, au point central des distances qui séparent les villes d'Aix,

de Marseille et de Toulon. Le rocher au flanc duquel s'ouvre la sainte grotte s'élance

à une tiès-grande hauteur; on n'y arrive qu'à force de détours par un étroit sentier

où l'on est comme suspendu entre deux abîmes. De ce point culminant on aperçoit

devant soi une magnifique forêt plantée de tilleuls, de hêtres, de sycomores, de

frênes, d'érables qui poussent dans les airs leurs jets vigoureux. Ces arbres antiques

et variés présentent un ensemble aussi pittoresque que gracieux par le mélange de

leurs feuillages, par l'élévation prodigieuse de leurs rameaux, par l'abondance et

l'harmonie des contrastes. Dans les vides que la nature ou la hache ont laissés entre

ces superbes tiges qui ressemblent à des colonnes gigantesques, gisent çà et là isolés

des blocs énormes recouverts d'un linceul de mousse lisse et verdoyante. Le mont

Victoire, blanchâtre et dénudé, termine la perspective avec les chaînes montueuses

qui s'y relient et les vallées qui les découpent. Dans cette retraite grandiose, où l'on

respire un air salubre, se rencontrent des fruits sauvages d'un goût exquis, des herbes

médicinales très-recherchées, des oiseaux au chant harmonieux, et jusqu'à l'aigle

qui plane majestueusement dans la région des orages.

Telle est la contrée, alors inaccessible, où se réfugia Marie Madeleine, dans l'enfoncement d'une sombre cavité que ne visitaient presque jamais les rayons du soleil. A l'intérieur jailht une fontaine qui ne tarit point dans les plus grandes sécheresses et ne déborde jamais dans les pluies abondantes. De l'immense voûte l'eau distille sans cesse goutte à goutte, excepté sur une roche où l'on assure que Madeleine vaquait à la contemplation. Ce lieu est appelé la Sainte-Pénitence; et, d'âge en âge, malgré les ravages des Sarrasins et des protestants, Madeleine y est vénérée par les fidèles ; sa statue la représente à demi couchée, appuyée sur le bras droit, tenant une croix de la main gauche, ayant d'un côté une tête de mort, de l'autre la sainte ampoule qu'elle avait apportée de Judée. Les anciens auteurs désignaient également cette roche comme l'endroit où Jésus avait plusieurs fois apparu à Madeleine; en souvenir de ces faveurs, on avait gravé sur la porte qui en fermait l'enceinte ces paroles du Psalraiste : Adorons le Seigneur dans l'endroit même oh ses pieds se sont i^eposés.

Quoique la tradition nous montre la pécheresse repentante, tantôt récoltant dans son désert des lacines sauvages pour s'en nourrir, tantôt recevant de la main des anges une manne invisible, le plus délicieux aliment de son corps non moins que de son âme était l'Eucharistie, le froment des élus. Jamais otatoire plus pauvre que celui de celte amante du Chii;t, puisqu'on n'y voyait, avec les reliques apportées de Jérusalem, que les lleuis cueillies dans la forêt ou dans les fentes des rochers ; mais aussi

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. Uà Amis de Jésus ", Marie Cléophas, Marie Salomé et Maximin abordent au rivage massaliote.

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