‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 152 sur 180 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

à leurs pères, et Dioclétien serait vénéré de ses collègues comme un souverain, comme un dieu.

En conséquence, le l"" mars 29'2, Constance et Galère furent proclamés Césars à Nicomédie; afin de resserrer l'union politique par des liens de famille, les deux nouveaux princes répudièrent leurs femmes pour épouser : le premier, Theodora, belle-fille de Maximien; le second, Valeria, fille de Dioclétien. Dans le partage de l'empire, les provinces les plus menacées revinrent naturellement aux deux Césars. Constance eut la Bretagne, la Gaule et l'Espagne; Trêves fut le siège de son gouvernement. Galère eut la Grèce, l'Illyrie, toute la ligne du Danube avec Sirmiura pour capitale. Maximien gouverna Tltalie, l'Afrique, la Sicile, les îles de la mer Thyrrhénienne ; il résida à Milan. Dioclétien garda pour lui laThrace, l'Egypte, la Syrie, l'Asie; il établit sa cour à Nicomédie. Ce furent donc quatre empires, quatre capitales et quatre grandes armées, quatre préfets du prétoire, du reste administrateurs civils bien plus que commandants militaires; mais l'unité fondamentale du pouvoir demeura sauve. Dès lors il ne suffisait plus, pour faire une révolution, de soulever une armée, de maîtriser une ville, de frapper une tête; trois autres restaient pour la venger. On dut même croire l'avenir garanti; les deux Césars, étant désignés longtemps d'avance comme héritiers des Augustes, ils pouvaient tout préparer pour leur propre avènement; par conséquent, il était probable qu'ils arriveraient au trône sans guerre civile. Dioclétien se trouva, par sa combinaison tétrarchique, avoir conquis la position d'un empereur alTermi. Quel parti sutil en tirer? Ce qui restait de force et de vie dans les veines de l'empire, le sut-il conserver? Ce qu'il y avait pour l'empire de vertu médicinale dans le christianisme, si cette religion éminemment régénératrice eût été acceptée par l'empire, le sut-il comprendre? Ni l'un ni l'autre.

Constance Chlore, peut-être chrétien par le baptême, ou au moins déjà touché des rayons du christianisme, fut, parmi les quatre maîtres de l'empire, le seul qui, malgré les édits de persécution , ne se montra pas hostile à l'Église naissante. Sous ce pacifique empereur, les Gaules jouirent d'une entière liberté, tant pour l'exercice du christianisme que pour la profession des sciences , des lettres et des arts. De Trêves, sa résidence, partirent des ordres pour la rénovation des écoles publiques et pour l'encouragement des écoles privées. Indépendamment de cette nouvelle capitale, où enseignait le célèbre Claude Mamertin, panégyriste officiel des Césars, les villes importantes des Gaules reçurent ou fondèrent des établissements d'instruction : entre autres, les écoles de Besançon et de Lyon étaient alternativement dirigées par l'orateur Julius Titianus, poète et géographe, précepteur du fils de Maximien. Constance, doué d'un talent supérieur, s'appliqua surtout à la reconstitution de l'école d'Autun. Les révoltes des Bagaudes y avaient détruit non-seulement l'ancien collège druidique, mais les beaux gymnases qui s'élevaient entre le temple d'Apollon et le Gapitole, avec leurs murailles peintes où l'on avait tracé des cartes de géographie et des tableaux d'histoire. On regrettait universellement ce centre traditionnel des études : la noblesse gauloise, parce qu'elle y retrouvait des souvenirs chers à sa splendeur première; les familles reliées à Rome, parce qu'elles se rappelaiept la renommée des écoles mœnianes, pépinière d'hommes illustres et noviciat des magistratures; la cour impériale, enfin, parce qu'elle y puisait de fécondes ressources et y possédait un levier puissant. Constance choisit, pour reconstituer cette fameuse école, le rhéteur Eumène, petit-fils de Glaucus, un des derniers professeurs d'Autun. Il l'avait fait revenir de Rome dans les Gaules pour y remplir auprès de lui les fonctions de maître de la mémoire sacrée; ce qui, en

termes de chancellerie impériale du iri^ siècle, équivalait au titre de secrétaire des commandements.

« Les Gaulois sont nos sujets fidèles, lui écrivait-il; ils méritent que nous nous intéressions à l'instruction de leurs enfants élevés à Augustodumim. Nous ne pouvons mieux reconnaître les services des pères qu'en procurant aux enfants le seul bien que la fortune ne saurait ni donner ni ravir. V auditorium où afflue toute cette jeunesse est maintenant sans chef; nous n'avons pas cru pouvoir en confier la direction à quelqu'un de plus digne qu'Eumène. Tu as donné des preuves d'une éloquence peu commune, et nous connaissons la gravité de tes mœurs. Aussi, sans déroger au privilège de ta dignité, nous t'exhortons à reprendre la profession oratoire et à diriger vers l'étude d'une vie meilleure les esprits des jeunes gens, dans cette ville que, tu ne l'ignores pas, nous voulons ramener à son ancienne splendeur. Tu conserveras les honneurs dont tu jouis dans le palais impérial; car la mission que nous te confions est plutôt capable de relever que d'abaisser quelque dignité que ce soit. Enfin, pour te témoigner la considération particulière que nous inspire ton mérite, nous t'assignons pour salaire une somme annuelle de six cent mille nummi sur le trésor de la république. Adieu, très-cher Eumène. » Avant d'entrer en fonctions, Eumène prononça un discours en présence du gouverneur de la Lyonnaise; il commença par montrer l'utilité de la restauration de l'école d'Autun, si célèbre par la magnificence des édifices et le grand nombre des étudiants; il prouva ensuite qu'on pouvait exécuter ce projet au moyen de contributions volontaires, sans ajouter aux charges publiques; il offrit généreusement de céder la moitié de ses appointements ; c'était en 296.

Sous le gouvernement d'un empereur si bon et si éclairé, l'Église des Gaules répara les pertes qu'elle avait faites sous la tyrannie de l'ignare et cruel Maximien Hercule. Les ouvriers évangéliques se répandirent avec une nouvelle ardeur dans le champ du père de famille, engraissé, pour ainsi dire, et encore fumant du sang des martyrs. On donna des successeurs aux pasteurs que le glaive de la persécution ou qu'une mort naturelle avait enlevés. Les Églises s'étendirent de toutes parts et multiplièrent leurs racines aux stations principales des grandes voies romaines; elles furent toutes pourvues de pasteurs ; mais on ne connaît pas bien la succession des évêques; mieux vaut ne pas en parler que de donner des noms qui peuvent être contestés. Ce qu'il suffit de savoir, c'est que les papes ne laissèrent pas orphelines les communautés chrétiennes d'au delà des Alpes. Par les soins de ces pontifes et de plusieurs autres missionnaires, avec la protection de Constance Chlore, la foi, prêchée librement dans les Gaules, y fructifiait de toutes parts, lorsqu'une nouvelle tempête , qu'on entendit gronder au loin, fit tout craindre pour une si belle moisson.

Dioclétien avait trouvé l'empire afi^aibli , déchiré, menacé d'une dissolution immédiate, par les discordes intérieures et par les barbares; il le laissa rafTermi, pacifié au dedans, triomphant au dehors, depuis le Tigre jusqu'à l'Atlantique, de la Bitavie au Pont-Euxin; la postérité aurait cité son règne, longtemps sage et heureux, comme un des plus beaux de l'histoire romaine, si la fin n'en avait été marquée par un acte qui fut à la fois le plus grand des crimes et la plus grande des fautes. Dioclétien par lui-mêniB n'inclinait pas à la persécution; vieilli, épuisé de corps et de cœur, il céda malheureusement aux suggestions impérieuses de son gendre Galère, qui, un peu plus tard, allait lui imposer l'abdication. Galère luimême subissait peut-être, en cette occasion, l'influence de quelques sophistes qui, par orgueil et par intérêt, s'acharnaient à la défense du culte officiel. Les temples

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