‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 153 sur 180 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

étaient abandonnés par les âmes naturellement chrétiennes; les écoles où l'on commentait Aristote et Platon restaient désertes. Le prêtre, qui vivait à peine des sacrifices, le philosophe, qui n'entendait plus les applaudissements de la foule, ne retiraient qu'un mince salaire, l'un de ses prières, l'autre de ses discours; ils formèrent une tardive et étroite ligue pour retenir par la violence le crédit qui échappait à leurs efforts désespérés; ils s'adressèrent à Galère. Ce prince, dur et hautain, étranger à la culture intellectuelle qui adoucit les mœurs, se souvenait des sacrifices que ^ mère offrait aux divinités des montagnes, et ne pouvait pardonner aux chrétiens qui refusaient d'assister à ces superstitieuses cérémonies; le grossier matérialisme des polythéistes lui convenait mieux que la perfection morale de l'Évangile. Il vint à Nicomédie, dans l'hiver de 302-303, exciter Dioclétien à exterminer tous les chrétiens de l'empire. Le vieillard n'était pas très-sanguinaire; il résista d'abord au cruel César ; il savait que les chrétiens s'étaient montrés dans l'administration et à la guerre fonctionnaires intègres et braves soldats; il les avait traités jusqu'alors avec une telle modération que ceux-ci se crurent assurés de sa tolérance; ils avaient même placé, à Nicomédie, leur église sur une hauteur, en face du palais impérial; ils s'étaient tellement multipliés dans les magistratures, dans les armées, dans la cour, qu'il y avait danger peut-être à les attaquer; il n'était pas humainement imaginable que les victimes se laisseraient traîner par cent et par mille devant les juges, à l'amphithéâtre, aux bêtes féroces; enfin, après une lutte de plusieurs mois, il lança un édit qui contenait des prescriptions tyranniques, mais qui défendait positivement toutes les violences personnelles.

L'édit, affiché dans les rues de Nicomédie, fut déchiré par un chrétien indigné. Peu de jours après ce délit, le feu prit deux fois au palais de Dioclétien. Par une méchanceté digne de lui, Galère, inspirateur de ce crime, en accusa les chrétiens; ce fait est affirmé par Lactance; mais Constantin attribue à la foudre cet incendie. Le soupçonneux Dioclétien, qui s'était toujours montré jaloux à l'excès des droits du pouvoir absolu et de l'inviolabilité de la personne impériale, crut voir dans ces deux actes un attentat contre son autorité souveraine et contre sa sûreté personnelle; il signa les décrets qui prescrivaient de brûler les Livres saints, de détruire les écrits des docteurs, les actes des martyrs, les registres des églises, de renverser les basiliques chrétiennes , de confisquer les lieux de réunions religieuses, de mettre tous les chrétiens hors la loi, de condamner les évoques et les prêtres en masse au dernier supphce, d'ordonner partout la mort des fidèles, et la mort par le chevalet, par la croix, par le feu. Nulle persécution ne fut plus calculée, plus habilement progressive dans l'emploi des moyens de séduction et d'extermination; nulle ne fut plus atroce, plus ingénieusement cruelle dans la manière de torturer les victimes. On ne peut lire sans terreur, dans l'historien Eusèbe, qui en fut témoin oculaire, les récits de ces effroyables martyres. Galère recommandait qu'on brûlât lentement les coupables pour augmenter leurs souffrances. Les chemins étaient couverts de troupeaux d'hommes mutilés qu'on envoyait mourir au fond des mines ou dans les travaux publics. Souvent, au milieu des tourments, on apaisait la soif des confesseurs, on leur jetait de l'eau au visage, dans la crainte que l'ardeur de la fièvre ne hâtât leur dernier soupir; quelquefois on immolait en un jour, dans un même endroit, trente, soixante, cent chrétiens : les bourreaux se lassaient, quoiqu'ils se relayassent les uns les autres; leurs glaives s'ébréchaient à force de décapiter. Mais la rage satanique des persécuteurs ne diminuait pas d'intensité : les fouets garnis de balles de plomb, les chevalets à poulie tirant les quatre membres avec des cordes, les pointes aiguës des peignes de fer, les lames brûlantes appliquées sur les parties les plus

sensibles du corps, les tenailles, les aiguilles enfoncées entre les ongles des doigts, les cuves d'eau bouillante et de plomb fondu, les lits hérissés de scorpions, les poteaux auxquels on suspendait les victimes la tête en bas; mille autres inventions barbares dont les irrécusables témoignages ont été trouvés aux catacombes, venaient, selon le caprice des juges, s'offrir pour venger les dieux. Quand on était fatigué des supplices partiels, on eatassait les fidèles sur un bûcher; on les liait en faisceaux; on les jetait en masse dans des barques abandonnées au gré des vents; on les livrait eu foule dans l'arène aux tigres et aux lions. La plupart des patients demeuraient inébranlables; ils priaient pour leurs bourreaux; ils forçaient leurs juges à les contempler avec admiration; bien plus, ils les subjuguaient par l'ascendant de leur héroïsme, et, chaque jour, quelques-uns se convertissaient, en s'écriant : « Moi aussi, je suis chrétien! »

Maximien Hercule, comme le farouche Galère, obéit avec plaisir à des ordres si conformes à ses sanguinaires inclinations ; mais Constance Chlore connaissait trop l'innocence des chrétiens pour verser leur sang. Il se contenta, dit Lactance, de laisser abattre quelques temples matériels faciles à restaurer, et il conserva les temples vivants de Jésus-Christ, c'est-à-dire les âmes chrétiennes. Il est cependant probable qu'il ne put empêcher que le fanatisme de certains magistrats n'ait couronné quelques martyrs dans les Gaules durant cette persécution universelle, la dernière par le sang et les bourreaux , la première contre les monuments de l'art et de la pensée : les gouverneurs des provinces éloignés de Constance se croyaient obligés d'agir conformément aux édits impériaux; d'autre part, en raison des distances considérables qui le séparaient de ses lieutenants, le César ne pouvait s'opposer à l'immolation des holocaustes que les fonctionnaires zélés se hâtaient d'ofirir aux divinités expirantes. On ne saurait donc lui attribuer le martyre de saint Floxel de Bayeux, de saint Pérégrin d'Auxerre, de saint Baudèle de Nîmes, de plusieurs autres qui soufirireut pour le triomphe de l'Évangile pendant que Constance Chlore gouvernait les provinces occidentales de l'empire.

L'erreur qui confond saint Floscel d'Autun avec saint Floxel ou Floscel de Bayeux vient de la ressemblance du nom latin de ces deux villes, nom presque identique, sauf cette légère nuance qu'Autun s'écrivait Augustodunum , tandis que Bayeux s'appelait Augustodurwn. L'existence de cette dernière n'est pas une hypothèse gratuite; la carte de Peutinger ou Table Théodosienne la place précisément sur les côtes de la Normandie, près du rivage de la Manche. Dès lors on comprend comment des nautoniers transportèrent les restes de saint Floxel du lieu de son martyre à celui où il a été depuis honoré, près Montebourg, par mer et dans l'espace de trois jours. Qa' Atigustoduriim soit bien la ville de Bayeux, qui, pour flatter la vanité des empereurs, unit le nom d'Auguste à son nom primitif indiquant en langue celtique sa situation dans la vallée , près d'un cours d'eau , c'est un point devenu désormais incontestable, depuis qu'on a trouvé dans les environs de Bayeux des monuments de l'époque gallo-romaine. Ce sont d'abord trois bornes milliaires où était gravé le nom d'Augustodurum. Eu outre, sur un monticule à l'orient de la vieille cité des Bajocasses, les Gallo-Romains avaient consacré un temple à Apollon. Les alentours de ce temple servirent longtemps de lieu de sépulture aux païens; ce fut sur ce monticule, appelé encore Mont-Fanus, que s'éleva plus tard l'église Saint- Floxel, détruite à la révolution de 1793. On y découvrit en 1853 un tombeau dont le couvercle portait le nom de Constantin, avec tous les titres attribués aux empereurs; chacun de ces titres avait été ultérieurement elTacé par une barre; plus bas était marquée la distance d'une ville nommée Augustodm-um .• la

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