‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 155 sur 180 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

pour moi, j'invoque Jésus-Christ, Fils de Dieu et le rédempteur de tous les hommes; je le prêcherai sans crainte jusqu'à la mort. Quant à vos dieux, ce sont des statues muettes faites avec des métaux insensibles; statues de ceux qui ont le diable pour père : vous serez comme eux, si vous ne vous convertissez, condamnés à d'éternels tourments. » Le proconsul, vivement irrité de ces paroles, le livra aux bourreaux, qui l'accablèrent de coups et lui tranchèrent la tête, le 16 mai 304'.

Vers le même temps, saint Baudille ou Baudèle parcourait en missionnaire apostolique les provinces de la Gaule méridionale; quoiqu'il ne fût que sous-diacre et que son humilité l'empêchât d'aspirer à un plus haut degré dans la hiérarchie ecclésiastique, il ne laissait pas, avec la permission des évêques et des prêtres, de prêcher la morale de l'Évangile en face d'une société dissolue qui divinisait les grossiers penchants de l'homme; à la longue son courage, sa généreuse persévérance triomphaient du sensualisme des mœurs païennes enracinées dans les cœurs. Il s'arrêta dans la Narbonnaise, à Nîmes, plongée plus qu'aucune autre dans l'idolâtrie et la volupté. Les habitants de cette riche et puissante cité avaient coutume d'aller tous les ans en une forêt voisine offrir leurs adorations au dieu Nemausus, génie tutélaire de la colonie. L'intrépide sous-diacre, animé d'une sainte indignation, se mêla parmi eux pour les détourner de leurs cérémonies superstitieuses. « 0 les plus insensés des hommes qui ne reconnaissez pas votre Créateur, s'écriait-il, cessez, cessez maintenant d'adorer les statues des démons qui vous trompent pour vous perdre éternellement; croyez un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, et recevez la régénération du baptême, afin que, devenus des enfants de lumière, vous méritiez d'être les héritiers du royaume de Jésus-Christ. » Ces graves remontrances irritèrent les prêtres du paganisme ; ils demandèrent avec menace quel était ce perturbateur, a II n'est pas nécessaire de vous apprendre qui je suis ni d'où je viens, répondit Baudille, alors que l'accent de mon langage vous révèle en moi un étranger; quant à mon culte, j'adore la sainte et indivisible Trinité; je la confesse de cœur et de bouche; je travaille avec le secours d'en haut à rendre cette même foi éclatante en l'ornant d'œuvres en harmonie avec ses enseignements. » Alors les païens, excités par les sacrificateurs, se saisirent de Baudille, l'accablèrent de coups, le flagellèrent avec une violence inouïe et retendirent sur le chevalet pour lui déchirer les membres. L'inébranlable sous-diacre ne cessait d'exhorter la foule sacrilège à reconnaître Jésus-Christ. Un des spectateurs , furieux de la constance invincible du confesseur, lui abattit la tête avec une épée à deux tranchants, le 20 mai 304. Le corps du martyr, porté à Nîmes, reposa dans un beau sépulcre d'où l'on vit naître et grandir, selon Grégoire de Tours, un laurier au magnifique feuillage doué de merveilleuses propriétés médicinales; les pèlerins dépouillèrent si souvent ce malheureux arbuste de ses feuilles, de ses branches, de son écorce même, qu'il se dessécha -.

Les années tranquilles et prospères du gouvernement de Constance Chlore dans les Gaules avaient appris, malgré quelques persécutions locales, à mieux connaître les disciples du Christ; on les avait vu d'assez près pour les apprécier; on s'était habitué insensiblement à vivre avec eux; on pouvait les craindre encore par amour d'un système politique ou les haïr par fanatisme païen; mais nul ne les croyait plus athées, incestueux, mangeurs d'enfants; nul ne regardait plus comme un

1 Annales hagiographiques de la France, par Ch. Barthélémy, années 1860, 1861.

2 Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville de Nimes, par Menard; tome I.

devoir d'exterminer en eux les éternels ennemis du genre humain. La rage des persécuteurs n'avait plus de prise que sur la populace; aussi, quoique l'inquiétude emée d'en haut, jointe aux manœuvres de police secrète, réussît à provoquer çà et là quelques émeutes, le déhat presque partout demeura resserré entre les chrétiens accusés et les magistrats, accusateurs et juges au nom de la loi.

Gomme pour récompenser dès ici-bas la protection accordée par Constance Chlore au christianisme dans les Gaules, Dieu établit l'empire dans sa famille. Maximien et Dioclétien avaient abdiqué, non pas de leur plein gré, mais contraints par la peur, le 1'='' mai 305 : l'un à Milan, en faveur de Constance; l'autre à Nicomédie, en faveur de Galère. Maximien se retira dans une magnifique villa de Lucanie; Dioclétien, dans les plantureux jardins de Salone. Galère s'était réservé le choix des deux Césars : il livra l'Egypte et la Syrie à son grossier neveu Maximin Daza ou Daia; il imposa son esclave Valerius Severus à l'Afrique et cà l'Italie. Constantin, le seul qui fût capable du pouvoir, avait à se défendre contre la jalousie brutale de Galère, qui voyait avec une fureur mal contenue grandir un jeune prince devenu l'idole de l'armée et du peuple, non-seulement par sa bravoure et son affabilité, mais encore par la beauté de ses traits, la vigueur de ses membres et je ne sais quel air royal empreint sur tout son extérieur. L'abdication de Dioclétien laissa un plus libre cours à la haine de Galère contre le fils de Constance Chlore. Pour se défaire du jeune Constantin, il l'envoya se battre publiquement d'abord contre un gladiateur sarmate d'une stature effrayante, ensuite dans l'arène contre un lion furieux. Constantin, sorti heureusement de ces épreuves, se déroba par la fuite aux complots de Galère. Aussitôt que le tyran fut informé de ce brusque départ, il fit courir en toute hâte après le fugitif. Celui-ci, pour échapper aux poursuites, faisait couper de poste en poste les jarrets des chevaux dont il s'était servi. Les émissaires revinrent à leur maître, qui ne put retenir en leur présence des larmes de rage et de désespoir.

Constantin traversa rapidement la Thrace , la Mésie supérieure , l'illyrie , la Norique, en remontant la rive droite du Danube, jusqu'à ce qu'il pût franchir le Rhin à Bâle ou à Strasbourg et poser un pied libre sur les domaines de son père. Tout le long de cette route qu'il venait de parcourir depuis Nicomédie , il avait rencontré par milliers des chrétiens qu'on traînait au supplice. Partout des croix étaient dres- ' sées, les bûchers en flammes, tout l'arsenal des tortures déployé. Les Gaules lui offrirent un consolant spectacle. Cette magnifique province, grâce à la mansuétude de Constance Chlore, jouissait d'une tranquillité qui contrastait avec les scènes tumultueuses et sanglantes du monde oriental. Les populations gauloises accueillirent avec reconnaissance le fils de leur souverain. A partir de ce moment, son voyage devint une marche triomphale, et le fugitif de Nicomédie arriva jusqu'à Boulognesur-Mer, escorté par les acclamations enthousiastes de toute la Transalpine. On ne sait si Constantin eut le temps de se ménager une entrevue avec sa pieuse mère , l'impératrice Hélène. Il est probable que la noble et vertueuse femme, en résidence tantôt chez les Trévires, tantôt chez les Morins, peuples de la Gaule septentrionale, voulut, dans une circonstance si heureuse, se donner la joie d'embrasser son fils. Celui-ci rejoignit son père au momest où Constance Chlore allait s'embarquer pour la Grande-Bretagne, que troublait une nouvelle insurrection des Pjctes. Quelques mois après cette douce rencontre, le 25 juillet 306, le vieillard couronné bénit ses enfants rangés autour de son ht de douleur, et expira.

Le lendemain, les légions, par un dernier essai de leur puissance, sans attendre l'élection du palais, proclamèrent Constantin empereur. Suivant l'usage, le jeune

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