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CHAPITRE XVI

exilés de la foi retournaient dans leur patrie, traversant les villes au milieu des acclamations et des chants de triomphe. On les rencontrait par troupes nombreuses sur les grands chemins. Les populations païennes s'associaient à leur joie; c'était une fête publique pour tous que la réapparition de ces chrétiens, que depuis huit ans on travaillait à exterminer.

Cependant se préparait la bataille qui allait compléter par la plus glorieuse et la plus féconde des victoires cette allégresse universelle. Le tragique événement qui avait mis fin à la vie de Maximien Hercule avait précédé de quelques mois seulement la mort de Galère, Tan 310. Ces deux grands faits devaient exercer une influence considérable sur la destinée de Constantin : la mort de Galère le débarrassait d'un ennemi irréconciliable; celle de Maxiraien fut le prétexte de la guerre qui allait donner à Constantin l'empire du monde et à l'Église un puissant protecteur. Par une inconcevable folie, Maxence afficha la prétention de venger le sang de son père, injustement répandu, di%ait-il. Au fond, il avait conçu Tespoir de placer les Gaules sous son sceptre. Pour toute déclaration de guerre, il fît traîner dans la boue la statue du héros qui figurait avec celles de Licinius et de Maximin dans le palais impérial. On conçoit facilement l'impression produite sur les guerriers de Constantin par la grossière insulte que Maxence venait de se permettre contre son impérial beau-frère. Toutes les légions brûlaient d'aller à Rome venger l'honneur de leur général. Constantin se prêta à leur enthousiasme, sans négliger aucune des précautions capables d'assurer le succès de son entreprise. Il employa Tannée 311 aux préparatifs tant militaires que diplomatiques. Il parcourut toutes les provinces de la Grande-Bretagne et des Gaules pour y consohder, par les bienfaits qu'il semait sur sa route, Tœuvre de pacification générale et recruter partout des renforts. Ce fut à cette époque qu'il visita la cité Flavia d'Augustodunum. La province éduenne offrait encore le spectacle des dévastations amoncelées durant l'invasion des Bagaudes. Les campignes dépeuplées gémissaient sous le fardeau des impositions qui achevaient leur ruine. Quant le sénat d'Augustodunum (Autun) vint aux portes de la ville pour le recevoir, Constantin, ému par les scènes de désolation qui avaient frappé ses regards, ne laissa pas à l'orateur le temps de lui adresser les compliments d'usage. « Je connais tous vos malheurs, dit-il, je viens les réparer. Demandez-moi tout ce que vous voudrez. Aucun sacrifice ne me coûtera pour vous rendre la prospérité dont vous êtes dignes. » A ces mots, peuple et sénateurs tombèrent à ses genoux, se disputant l'honneur de baiser la frange de son manteau de pourpre. Le héros ne put retenir ses larmes, « larmes glorieuses pour le prince, dit Eumène, larmes fécondes pour nous. » Des traits aussi touchants, renouvelés partout sur son passage prouvent l'immense popularité du fils de Constance Chlore dans les Gaules.

Lorsqu'au printemps de Tannée 312, quittant la cité d'Arles où il avait passé l'hiver, Constantin se mit en marche à la tête de ses légions pour franchir les Alpes, les vœux de la population gallo-romaine tout entière Taccompagnèrent dans sa guerre aussi rapide que glorieuse contre Maxence. Deux mondes se trouvèrent en présence, les arme* à la main, vis-à-vis du pont Milvius, aujourd'hui Ponte-Molle, dans la vallée du Tibre, à la vue du Capitole. Maxence, adonné à la magie, interrogeait les livres sibyllins, qui lui promettaient la victoire. Mais Constantin avait vu briller dans les Gaules, avant de franchir les Alpes, une croix de lumière plus éclatante que le soleil, immédiatement au-dessus de cet astre, avec Tinscription : Tu vaincrai par ce signe. La nuit suivante, Jésus-Christ lui avait apparu avec le même signe et lui avait commandé de faire mettre la croix sur les boucliers de ses

soldats. Constantin comprit qu'il fallait plus compter sur le secours du ciel que sur les promesses de l'enfer; il traça lui-même le dessin du miraculeux étendard, qui fut nommQ Labarum. C'était une haste allongée, ou lance revêtue d'or et munie d'une antenne transversale à l'instar de la croix. Au sommet de la lance était fixée ^|

une couronne d'or et de pierreries. Au centre de la couronne étaient les deux pre- %

mières lettres grecques du nom du Christ, entrelacées l'une dans l'autre. A l'antenne pendait, en guise de voile, un tissu de pourpre enrichi de pierres précieuses artistement combinées entre elles et qui éblouissaient les yeux par leur éclat. A sa partie supérieure étaient représentés en fine broderie le buste de l'empereur et celui de ses enfants. Constantin choisit cinquante de ses gardes des plus braves et des plus pieux pour porter ce splendide étendard. Son espérance en ce signe surnaturel ne fut pas confondue. Tout plia devant lui au premier choc. Maxence, fugitif, se noya dans le Tibre avec un grand nombre de ses guerriers, le 27 octobre 312. Le Dieu des chrétiens avait tenu parole : le Labarum était victorieux.

Rome reçut Constantin comme son libérateur, et ce prince, dans la pompe de son triomphe , n'oublia pas de faire triompher avec lui la croix du Sauveur, le grand instrument de sa victoire. Il signala son avènement au souverain pouvoir par un édit en faveur des chrétiens. Il leur accordait la liberté de bâtir des églises nouvelles, et les remettait en possession de celles que la persécution leur avait enlevées. Ce décret reportait aux ministres de la religion chrétienne les privilèges dont jouissaient les prêtres païens. Les clercs devaient être exempts de tous les impôts , services et charges publiques. Les pontifes devenaient des hommes considérables, investis de la confiance de l'empereur. Tous les consuls et tous les gouverneurs de province se conformèrent à ces dispositions. Pour la première fois depuis trois siècles, un empereur osait proclamer hautement sa sympathie pour la foi de Jésus- Christ. Ce grand acte, qui annonçait officiellement les funérailles du monde païen et le couronnement chrétien du monde nouveau, fut accueilli avec une profonde joie. Rome idolâtre voyait périr à la fois idoles et persécuteurs , tandis que l'Église martyrisée, leur survivant à tous, contemplait un jeune César qui ne craignait pas d'arborer sur ses drapeaux le signe jusque-là ignominieux du Seigneur Jésus, la croix qui sera désormais l'étendard de l'humanité régénérée.

A peine Constantin fut-il entré en vainqueur dans Rome qu'il y fit chercher le représentant d'une souveraineté spirituelle dont la pourpre avait été jusque-là le sang des martyrs. Il y eut dès lors deux souverainetés reconnues et proclamées dans le monde : celle du pape et celle de l'empereur; l'une dont la force est basée sur l'invincible fondement de la promesse divine, et dont l'arme est la prière; l'autre dominatrice extérieure par le glaive, la législation, la richesse, la puissance, mais g

soumise à l'autorité des souverains pontifes dans le domaine de la foi et de la mo- %

raie. Constantin comprit à merveille et exécuta le rôle de l'empereur chrétien, qui ^

fut depuis désigné sous le nom d'évêque du dehors. Les donatistes de l'Afrique lui présentèrent une requête pour appuyer leur schisme de son autorité. « Nous vous ;'

supplions, disaient-ils, de nous donner pour juges les évoques des Gaules, puisque les Gaules, exemptes de la proscription, n'ont point eu comme nous le malheur de compter dans leur sein des traditeurs. » La réponse de Constantin à cette indigne sup- ~:

plication devrait être écrite en lettres d'or. « Quoil s'écriait-il, vous me demandez ^

des juges, vous, évêques, à moi qui suis dans le siècle et qui attends moi-même le jugement de Jésus-Christ ! » Il renvoya toutes les pièces de cette affaire religieuse au pape saint Melchiade, qui ouvrit, le 2 octobre 313, dans le palais deLatran, alors habité par l'impératrice Fausta, un concile composé de dix -neuf évêques

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