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CHAPITRE XVI

d'Italie et des Gaules. Les évêques gaulois tinrent le premier rang après le pape; c'étaient : Materne de Cologne, INIarin d'Arles et Rhétice d'Autun, tous trois également distingués par la science, le zèle et la sainteté. Le schismatique Donat se présenta en personne pour soutenir les accusations calomnieuses que son parti ne cessait d'articuler contre Gécilien, l'évêque légitime de Carthage. Il y eut trois séances; après un mùr examen, le pape, de l'avis unanime des Pères du concile, proclama l'innocence de Gécilien et la légitimité de son ordination.

Après la célébration du concile, Constantin avait voulu que le palais consacré par cette réunion auguste devînt la propriété exclusive des souverains pontifes. L'emplacement de cette splendide demeure se trouvait être, du reste, très-bien choisi. De réminence où s'élevait le palais du sénateur Lateranus, d'un côté il dominait une grande partie de la campagne romaine; de l'autre, il voyait à une distance peu considérable les trois monuments païens au-dessus desquels le christianisme désirait le plus arborer la croix : sur le Capitole, le temple de Jupiter, métropole de l'idolâtrie; sur le mont Palatin, le palais des vieux Césars, du fond duquel étaient sortis tant de décrets sanguinaires contre les chrétiens; et plus près encore, le Gohsée, où ceux-ci avaient tant souffert. Constantin , en faisant ce don au pape saint Melchiade, ajouta à cette munificence impériale une rente annuelle. En mémoire de cette prise de possession solennelle, la basilique élevée sur l'emplacement du palais de Latran a conservé jusqu'à ce jour les titres et les prérogatives de métropole catholique; on lit incrustée dans son frontispice une inscription en vers léonins, qui atteste qu'elle est toujours de droit et de fait, dans sa majesté solitaire, le chef et la mère de toutes les églises de la Ville et du monde. Ainsi les pontifes romains voyaient leur indépendance respectée, et s'acheminaient vers un état qui leur permît de mieux en mieux d'exercer leur ministère avec une liberté tout apostolique pour le bien général de la société. La reconnaissance et la confiance des peuples et des rois les investirent peu à peu d'une souveraineté temporelle qui fut consacrée par les siècles. Charlemagne complétera plus tard la noble et généreuse pensée de Constantin. Le Saint-Siège, pouvoir spirituel et pacifique placé au milieu des gouvernements civils et militaires, respecté par tous et indépendant de tous, sera reconnu comme le modérateur suprême des nations et des princes.

La bonté naturelle de Constantin le Grand, et le désir ardent qu'il avait de pa. cifier l'Église, au sein de laquelle le démon suscitait des schismes et des hérésies pour se consoler de la défaite des tyrans, lui firent tenter de nouvelles voies de conciliation. Comme il voyait que le petit nombre des évêques du concile de Latran servait toujours de prétexte à l'opiniâtreté des donatistes, il provoqua la réunion d'un concile plus nombreux à Arles pour le l»r août de l'an 314. Voici les souscriptions de la province des Gaules : Oresius, évêque de Marseille, avec le lecteur Nazarius; Marin d'Arles avec le prêtre Salamas et les diacres Nicasius, Afer, Ursinus et Petrus; Verus, évêque de Vienne, avec l'exorciste Bedas; Daphnus, évêque de Vaison, avec l'exorciste Victor; Faustinus, prêtre d'Orange; le diacre Innocent et l'exorciste Agapius de Nice; le prêtre Romanus et l'exorcisle Victor d'Apt; Vocius évêque de Lyon, avec l'exorciste Petulinus; Imbetausius, évêque de Reims, avec Primigenius, son diacre; Avitianus, évêque de Rouen, avec Nicetius, son diacre; Rhétice d'Autun, avec le prêtre Amandus et le diacre Philomathius; Materne de Cologne, avec son diacre Macrinus; le diacre Genialis deMende; Ûrientalis, évêque de Bordeaux, avec le diacre Flavius; Agrecius, évêque de Trêves avec l'exorciste Féhx; Mamertinus, évêque d'Eause, cité des Élusates, l'une des tribus de la Novempopulanie, avec le diacre Leontius. D'après le système antitraditionnel qui fixe à l'an 250 l'ar-

rivée des premiers missionnaires de l'Évangile dans les Gaules, il n'y aurait en 314 que suixaLte-quaire ans écoulés depuis l'introduction du christianisme au sein des provii.ces transalpines. Cet intervalle ne semble-t-il pas excessivement court pour l'érection de tant de sièges épiscopaux distincts? Inutile d'insister sur cette réflexion, qui se présente d'elle-même à tout esprit impartial.

Ce qu'il importe de remarquer ici, c'est d'abord le sentiment profond de respect pour la prééminence du saint-siége, dont les Fères du concile d'Arles ont empreint tous leurs actes; ils saluent en commun, avec la révérence qui lui est due, le trèsglorieux pape Sylvestre; sa présence au milieu d'eux, disent-ils, eût donné à la sentence qu'ils ont portée contre les donatistes un caractère plus rigoureux; mais il n'a pu quitter cette ville auguste où les apôtres continuent à siéger, où leur sang rend sans cesse gloire à Dieu. C'est le pape, ajoutent-ils, qui, selon la coutume, fixera chaque année par ses lettres circulaires adressées à tous les évêques le jour où la solennité pascale doit être célébrée; c'est au pape qu'appartient la suprême juridiction; c'est à lui que les Pères envoient leurs décisions, pour qu'il les promulgue, s'il le juge à propos, dans toutes les Églises.

Une autre remarque importante, c'est que la situation favorable faite au christianisme par Constantin se traduit, dans les canons du concile d'Arles, par des mesures qui intéressent à la fois les deux pouvoirs civil et ecclésiastique. Ainsi les soldats chrétiens ne pourront, sans encourir l'excommunication, déserter le service militaire sous prétexte de religion. C'est que les actes idolâtriques ordonnés par les précédents empereurs ont cessé d'être obligatoires dans l'armée. Les chrétiens ne sont plus exclus du gouvernement des provinces ni des diverses charges publiques. On prend des mesures pour que les préfets, gouverneurs et autres fonctionnaires choisis dans la société des fidèles, soient tous munis de lettres de communion. L'évêque du lieu de leur nouvelle résidence les reconnaîtra ainsi et étendra sur eux sa juridiction spirituelle; leur titre civil ne les protégera point contre les lois ecclésiastiques : s'ils se montrent indignes du nom chrétien, ils seront soumis comme les autres aux censures de 1 Église. Les mesures adoptées contre les cochers du cirque et les comédiens prouvent que les arènes et les théâtres étaient encore un foyer d'idolâtrie. On conçoit parfaitement que l'art dramatique n'avait pu en un instant se dépouiller de tous ses souvenirs et rompre avec des traditions séculaires. Des sacrifices accompagnaient ordinairement les jeux de la scène et les courses du cirque. Aussi les écuyers et les acteurs sont privés de la communion, non point d'une manière absolue, mais pendant qu'ils sont en exercice. La disposition relative au flagrant délit d'adultère touche un point où la législation civile et les lois ecclésiastiques n'étaient pas d'accord. La jurisprudence romaine permettait le divorce en pareil cas. Les pères du concile d'Arles établissent que la prescription contraire est la loi de l'Église; cependant il fallut des siècles pour la faire passer dans les mœurs publiques. Voilà pourquoi les Pères insistent sur les conseils à donner en cette occurrence. Un abus si profondément enraciné dans les habitudes païennes, mais toujours désapprouvé par l'Église, ne disparut pas de sitôt. Une transformation sociale n'est p.is l'œuvre d'un jour.

Le jugement du concile d'Arles, pas plus que celui de Latran, n'imposa silence aux donatistes. Ils osèrent encore en appeler à l'empereur. Constantin, dans le but de mettre fin à ces misérables intrigues, exila les plus séditieux. Ces mesures de ligueur n'eurent pas plus de résultat que les décrets des conciles. L'Église des Gaules ne prit pari à cette discussion que pour gémir sur l'opiniâtreté de ces réfractaires, dont le schisme et l'hérésie dégénérèrent en un fanatisme plus cruel que

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