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CHAPITRE III

tard, au iv« siècle, lorsque la paix fut rendue à l'Église par Constantin, Sylve, évêque de Toulouse, pour honorer d'une manière éclatante les ossements de saint Saturnin, commença les constructions d'un grand et somptueux édifice, qu'Exupère, son successeur, eut le bonheur d'achever. Les reliques du pontife martyr furent extraites de leur cercueil de bois et renfermées dans un tombeau de marbre qu'on plaça dans un souterrain, à l'entrée du chœur des chanoines. L'an 721, les Sarrasins renversèrent cette belle église de fond en comble. Louis le Pieux ou le Débonnaire en bâiit une autre plus spacieuse et plus splendide qui fut détruite comme la première, en 1098, par les précurseurs de l'hérésie des Albigeois. La troisième basilique, qui subsiste de nos jours, fut commencée par Pierre Royer, évêque de Toulouse, et terminée par le chanoine Raymond, abbé de Saint-Sernin. Urbain H la consacra solennellement après la prédication de la première croisade. Durant ces diverses époques de ruine et de reconstruction, les reliques de saint Saturnin, restées dans le sépulcre où on les avait primitivement placées, avaient pu ainsi être conservées à la vénération des fidèles. En 12.58, on les transféra avec leur mausolée derrière l'autel principal, au-dessus des cryptes actuelles. En 1736, ce mausolée fut remplacé par un baldaquin formé de six colonnes de marbre griotte, surmontées de vases à jets de flammes, avec des génies qui tiennent le bâton pastoral et la palme du martyre, au milieu de tant de tombes célèbres qui en sont comme le glorieux couronnement.

Strémoine, autrement dit Austremoine,est aussi venu dans les Gaules au i°' siècle; il établit, au sein des forêts consacrées parle druidisme et au pied des volcans éteints de l'Auvergne, de nombreuses associations chrétiennes. La civitas Arverno?'um était l'antique Gergovie, une des places les plus fortes des Gaules, située autrefois dans le voisinage de Clermont, sur une colline qui porte encore le nom de Gergoviat; assise sur les hautes régions, elle semblait dominer tout le pays, et tenait sous sa puissance, dans une vaste confédération, les tribus groupées à l'entour des Cévennes. Le caractère des Arvernes avait conservé, sous la domination romaine, quelque chose de cette grandeur d'âme, de cette dignité morale, de cette noble générosité qui fait le fond de l'esprit montagnard. Aussi le christianisme fit chez eux des progrès assez rapides, et, s'emparant de cette forte nature, il la pénétra de ses austères maximes.

Pendant que Strémoine travaillait lui-même à Gergovie, il envoyait ses auxiliaires dans les montagnes d'alentour : Sirécat, à Thiers, ville riche et peuplée de la basse Arvernie; le prêtre Marins, à Mauriac, dans la chaîne du Cantal ; le diacre Antonin et l'archidiacre Mammet, sur les rives sinueuses de l'Allier, dans la fertile vallée de la Limagne; Nectaire, son archiprêtre, dans les plis du mont Cornador. Ces prêtres selon le cœur de Dieu parcoururent dans toutes les directions l' Arvernie, où bien des lieux vénèrent leur mémoire et gardent comme un trésor leurs ossements; chacun d'eux s'appliquait à défricher son cantonnement avec autant de zèle que de succès: les indigènes, attirés par la douce majesté de ces messagers de l'Évangile, recevaient, suspendus à leurs lèvres, les sublimes vérités qui les initiaient à de consolants mystères, et, désertant leurs temples idolâtriques ou leurs bois sacrés, ils venaient courber leurs fronts sous la main sacerdotale qui les baptisait aux bords de leurs torrents. Ces conversions ne se multiplièrent pas tellement que les anciennes divinités locales n'eussent encore de nombreux sectateurs, même dans l'intérieur de la cité arverne. Mais les coopérateurs de Strémoine ne se laissèrent décourager ni par l'accès difficile des montagnes, ni par l'ignorance et la grossièreté des habitants; et ils parvinrent à féconder de leurs sueurs des solitudes jusqu'alors inaccessibles.

De son côté, l'intrépide Strémoine avait, dans sa ville épiscopale, trois ennemis à combattre. Le druidisme y avait jeté des racines trop profondes pour qu'on eût entièrement renoncé à ses rites sanguinaires ; la hache des polythéistes gallo-romains.

chargés d'exécuter les volontés impériales, n'avait pu anéantir les menhirs, les dolmens et les cromlechs; à certains jours encore, les némèdes ouvraient leur enceinte sacrée, les sacrifices humains s'accomplissaient au plus profond des bois, les druides débitaient à la foule crédule les milliers de vers qui composaient leur savoir. La conquête romaine, en y introduisant le goût des lettres et les fables de la mythologie, tenta de corriger ou d'abolir ce culte féroce où tuer un homme était une chose sainte, et le manger une chose salutaire. Les prescriptions officielles de César firent bientôt jaillir du sol arverne quelques temples à Jupiter, à Diane, à Apollon; des statues élégantes et colossales s'élevèrent à la place des blocs de granit marqués du sceau de la vénération publique ; on dressa sur un piédestal superbe cette statue fameuse que Zénodore tailla en l'honneur de Mercure, et que Pline appelle une merveille du monde. Grégoire de Tours assure qu'un édifice couvert de plomb et pavé de marbre, qui excita l'admiration des barbares eux-mêmes, avait été construit presque en même temps que le colosse, sous le nom de WassoGalate. Les malheurs de l'exil et le hasard des guerres avaient amené en Auvergne quelques familles juives qui finirent par y implanter les cérémonies de la synagogue et l'influence de quelques hébraïsants.

Vainqueur de ces obstacles par les seules forces de la foi, du courage, de la patience, Strémoine réussit à faire comprendre aux fiers Arvernes qu'humiliés, souillés, décimés à outrance par les Césars, ils pouvaient enfin retrouver dans la vie chrétienne la dignité du sacrifice et l'émancipation de l'âme; presque tous les habitants de Gergovie demandèrent le baptême. Le pontife des faux dieux, Victorinus, céda lui-même aux exhortations du sénateur Cassius, chez qui logeait Strémoine, et embrassa la foi de Jésus-Christ. Urbicus, que Strémoine commit à la garde de sa ville épiscopale, était également un membre du sénat arverne, converti par l'apôtre; il gouverna la communauté chrétienne avec autant de sagesse que de sainteté pendant que son chef recueillait une ample moisson d'âmes parmi les peuplades du Nivernais.

On sait l'histoire de la chute morale que fit Urbicus; mais il s'en releva bientôt, et se rendit encore plus illustre par les rigueurs d'une sainte pénitence que par les pratiques d'une piété innocente; il alla s'ensevehr dans le monastère naissant de Chantoin, pour y expier sa faute par des prodiges de ferveur et d'austérité ; là reposèrent avec lui sa femme, nouvelle Eve, et sa fille, qui s'était vouée à la vie religieuse.

Après trente-six ans de travaux apostoliques, Strémoine se retira près d'Issoire, au confluent de la Crouze et de l'Allier, dans une hutte qui lui servait à la fois de cellule et d'oratoire. Les chrétiens du voisinage, séduits par la renommée croissante de ses vertus, alfluèrent auprès de lui pour vivre sous sa discipline; il savait, d'une main aussi prudente que vigoureuse, tantôt relever les consciences abattues et désolées, tantôt dévoiler les faux moines et les faux pénitents. L'étroite enceinte de son cloître rustique fut bientôt trop resserrée, et de sa petite colonie monastique sortirent successivement de zélés cénobites qui consacrèrent sur divers points de l'Auvergne des lieux de prière et d'expiation.

Une fois installé avec des moines, loin des bruits du monde, Strémoine n'en continua pas moins des relations suivies avec les habitants de la cité arverne, qu'il fallait évangéliser ou confirmer dans la foi; il donna le baptême à Lucius, fils du gouverneur d'Issoire; celui-ci en fut si violemment irrité, qu'étouffant tout amour paternel il précipita dans un puits son propre fils, pour que son exemple n'entraînât point les Juifs, ses coreligionnaires; puis il envoya des satellites pour tuer le \énérable baptiseur; mais Strémoine s'enfuit vers les montagnes avec ses collaborateurs Nectaire et Mammet ; ensemble ils visitèrent le prêtre Marius , qui menait la vie la plus dure

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