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CHAPITRE IV

irascible et fortement attaché au culte des idoles , le fit battre de verges. Fronto se réfugia dans un village voisin, où il bâtit un oratoire en l'honneur de saint Etienne; de là il se rendit à Blaye, où, par un miracle, il délivra dix-huil captifs dont il avait en vain sollicité la grâce auprès du gouverneur; ce dernier, touché intérieurement à la vue de ce prodige, se convertit avec beaucoup d'autres gentils; une église s'éleva en ce lieu sous le titre du Sauveur. A Poitiers, où, d'abord en butte à la persécution, il fit ensuite la conquête de beaucoup d'âmes, il laissa pourévèque le diacre Nectaire, un de ses compagnons. Au Mans, il reçut l'hospitalité de saint Julien, qui en était évêque ; à quelques lieues de là une paroisse prit le nom de Dom-Front, en mémoire sans doute d'un séjour prolongé du missionnaire apostolique. En Normandie, dans le Passais, aux extrémités ^e la forêt d'Andaine, non loin de la rivière de la Varenne, s'éleva la petite ville de Djmfiont, dont le nom, avec celui de la paroisse voisine, rappelle les miracles de sainteté de l'apôtre du Périgord. Chez les Bellovaques, l'église paroissiale de Domfront, qui ofl're dans son clocher un spécimen de la belle architecture romane du xi® siècle, témoigne également de l'ancienneté du culte rendu au saint exilé. Oa y voit un manuscrit gothique sur parchemin, aussi remarquable par la pureté, la netteté de l'écriture que par l'élégance, la richesse des peintures. Outre de brillantes enluminures qui encadrent quelques pages, et de grandes initiales, les unes noiies, les autres louges et bleues, plusieurs à l'encre d'or, reproduisant des têtes humaines, on y admire neuf petits tableaux ou miniatures qui retracent, avec une finesse exquise et une rare délicatesse de pinceau, les principaux traits de la vie de saint Front.

Du pays des Bellovaques Fronto alla chez les Suessions. Les chrétiens de cette contrée prièrent Fronto de se transporter à Nogéliac, aujourd'hui Neuilly-Saint-Front, dans l'arrondissement de Cbâteau-Thierry, pour détruire un dragon qui répandait la terreur dans tous les lieux d'alentour. A la vue de l'homme de Dieu, le monstre, frappé comme d'un coup de foudre, expira sui-le-champ. Pleins d'admiration, les païens tombèrent aux pieds du thaumaturge et lui demandèrent le baptême. Un concours de plus en plus nombreux des peuplades voisines obligea Fronto à séjourner en ce lieu. Un jour qu'il célébrait les divins mystères, le vin manqua; ce contretemps afiligeail toute l'assemblée, lorsqu'une blanche colombe apporta en son bec une petite fiole pleine du vin nécessaire pour l'oblation du sacrifice. Les siècles n'ont pu détruire les monuments de ces deux miracles. On montre encore la pierre qui servit d'autel à l'homme apostolique : c'est une roche gréseuse erratique; elle s'élève de quelques centimètres au-dessus du sol, paraît y avoir de profondes racines, et présente une large surface unie, affectant la forme d'un cœur. Quant à l'extermination du monstre, elle est coustatée par des tableaux, des statues et autres monuments qui se rattachent au séjour de saint Front dans ces parages. La nature môme du terrain favorise la croyance à ce miracle : malgré les changements que la culture lui a fait subir, il offre encore un af-pect marécageux et permet de supposer qu'autrefois le dragon pouvait y trouver une facile retraite. Ces lieux, appelés Grès-de- Saint-Front, et, à quelques pas de là, une fontaine, furent dès le principe le but de pieux pèlerinages.

Un seigneur de Lorraine avait une fille unique, tourmentée cruellement par le démon. Fronto se rendit à l'appel de ce malheureux père, guérit la possédée et les baptisa tous deux. Ce fut alors qu'à Metz même il rencontra saint Clément, premier évêque de cette cité; ils ne s'étaient pas vus depuis le jour où ils avaient reçu leur mission du chef des apôtres. De Metz, Fronto s'achemina vers les montagnes du Velay, pour visiter Georges, son ancien compagnon; celui-ci avait quitté Velaunes, fuyant, lui aussi, la persécution; il était descendu dans la Gaule narbonnaise, en

évangélisant plusieurs peuplades ; après de longs travaux apostoliques, le désir de revoir Fronto l'attirait vers le territoire des Pétrocoriens. Us se rencontrèrent, et leur première pensée fut d'aller ensemble saluer sainte Marthe, l'hôtesse du Siuveur, à Tarascon. Ils y passèrent plusieurs jours dans de pieux entretiens. Avant de dire adieu aux deux évêques, Marthe fit promettre à Fronto de revenir pour ses funérailles. Puis les deux pontifes, qu'un même exil empêchait de rentrer dans leurs diocè-es, allèrent à Toulouse pour voir leur ami saint Saturnin, élevé comme eux à l'école du Sauveur; mais déjà Saturnin avait cueilli la palme du martyre. Us se séparèrent donc, pour retourner chacun vers son troupeau. En traversant le territoire des Nitiobriges, Fronto convertit un seigneur d'Agen avec un grand nombre d'idolâtres; on y trouve deux églises qui portent le nom de saint Front, l'une dans le canton de Duras,rautre dans le canton de Fumel, érigées sans doute en mémoire de quelques faits miraculeux.

De retour à Vésoiie, Fronto eut la consolation de baptiser Squirius, le gouverneur converti, et lui donna le nom de Georges, en souvenir de son ami, l'apôtre du Velay. Un jour qu'il prêchait non loin des murs de sa ville épiscopale, tout à coup sa voix cessa de se faire entendre; son regard devint fixe; son corps, immobile; dans cette extase, il semblait en proie à la douleur; des larmes coulaient de ses yeux. Dominés par l'émotion de leur premier pasteur, les chrétiens la partagèrent bientôt; ils se répandirent en sanglots et en gémissements. Alors Fronto leur apprit comment il venait d'assister au crucifiement de saint Pierre, à Rome; en reconnaissance de cette révélation, et pour en perpétuer le souvenir, il voulut qu'une église fût bâtie en ce lieu même sous l'invocation de saint Pierre, et il en jeta sur l'heure les fondements; il existe encore une partie de cette construction, dite Saint-Pierre-Lancy oui' Ancien.

L'heure était arrivée où sainte Marthe devait passer de ce monde au ciel. Raban- Maur raconte comment Fronto fut transporté de Vésone à Tarascon pour assister aux obsèques de l'illustre hôtesse du Sauveur. Un grand nombre d'anciennes liturgies approuvées par l'Église, entre autres celles d'Arles, de Marseille, de Lyon, de Tours, de Cologne, et les hagiographes les plus autorisés attestent ce fait merveilleux.

L'heure de sa mort fut révélée à Fronto par le divin Sauveur, un jour qu'il était à l'autel; au sortir de cette brillaute vision, le pontife nomma Anian son successeur; et, prosterné dans le sanctuaire de Saint-Élieune, enveloppé d'une vive lumière, il rendit son âme à Dieu. Le même jour et à la même heure, Georges, l'ami de Fronto, célébrait les mystères sacrés dans son église de Velaunes; il vit son bienheureux collègue, accompagné d'une troupe d'anges, s'élever vers le ciel, le visage resplendissant de gloire. Georges révéla cette vision à ses ouailles et partit pour Vésone, où il rendit les derniers devoirs à son vénérable ami, qu'on ensevelit dans son oratoire de Notre-Dame, auprès des martyrs Frontaise, Séverin et Sévérian.

Tandis que Georges et Fronto confirmaient dans la foi les populations farouches et grossières, mais simples et droites, que Dieu leur avait données à instruire, Lin évangélisait le pays des Séquanes, des Helvètes et des Rauraques; il fixa son siège épiscopal à Vesontio, métropole poliiique de ces peuples. Le tribun Oaasius le logea dans son palais; en récompense de celte hospitalité, Dieu lui accorda de se convertir à la religion chrétienne. L'apôtre changea la demeure tribunitienne en un oratoire sous le vocable de Saint-Étienne, protomartyr, en l'honneur de Jésus et de Marie. Chaque jour voyait croître le nombre de ceux qui sortaient des ténèbres de l'erreur pour entier dans les clartés salutaires de lÉvangile. Dans le but d'arrêter ces progrès, les prêtres païens rehaussèrent l'éclat de leurs fêtes. Lin, toujours brûlant du zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, entreprit de détourner les Séquanes de leur culte abominable; il se.transporta en face de leur temple à l'heure du sacrifice; puis,

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