‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 37 sur 180 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

donnés diacres^ les secondèrent puissamment dans leurs fonctions sacrées. On dit que Sa\inien , en reconnaissance de ces heureux commencements, grava de son pouce, comme d'im burin, sur les murailles de la cité le signe de la croix; l'empreinte de cette consécration se voyait encore au xiv« siècle, d'après le témoignage du célèbre Nicolas de Lyra. D'anciens hagiographes atiûrment que saint Pierre et saint Paul apparurent à Savinien, lui annoncèrent leur mort et lui ordonnèrent d'élever une basilique sous leur invocation; ils ajoutent que l'homme de Dieu, docile à celte mystérieuse injonclion, fit construire Saint-Pierre-le-Vif sur les ruines d'un temple où, d'après deux inscriptions découvertes en 1735, Marcus /Emilius, flamine ou prêtre augusial, sacrifiait à la déesse Vesta. Cette église, agrandie dans la suite des siècles, fut dotée par Ciovis, à la prière de sa fille Théodéchilde, qui y fonda un monastère. Eq outre, Savinien érigea trois chapelles au centre de la cité pour y rassembler le nombre toujours croissant des néophytes : une en l'honneur de Notre-Dame, l'autre sous le nom de Saint- Jean-Baptiste, et la troisième sous le vocable de saint Etienne, protomartyr; ces trois chapelles, qui, par leur proximité, semblaient n'en former qu'une, s'absorbèrent l'une dans l'autre et furent le principe de l'église métropolitaine.

Les collaborateurs de Sivinien se partagèrent la conquête des peuplades les plus importantes limitrophes des Senons. Altinus, Eodaldus et Adventinus allèrent évangéliser les Aureliani et les Garnutes; ceux-ci attachaient beaucoup d'importance à l'ancienne tradition selon laquelle leurs druides auraient enseigné qu'une Vierge devait enfanter et l'auraient honorée d'avance; les missionnaires n'eurent qu'à sanctifier ce culte druidique rendu à l'enfantement virginal de Marie. Leur zèle, libre des limites diocésaines qui n'existaient pas encore, s'étendit sur différentes parties du Parisis; ils s'avancèrent jusqu'à Gristolium, aujourd'hui Gréteil, à trois lieues de Lutèce, sur la Marne ; parmi ceux qui se convertirent en les entendant parler, on nomme surtout Agoard et AgUbert; ces deux néophytes se transformèrent eux-mêmes en apôtres; et leur exemple, appuyé par leur influence, trouva bientôt parmi leurs compatriotes un grand nombre d'imitateurs, qui répandirent leur sang pour Jésus- Gbrist. Ainsi se resserrait, à la lumière de l'Évangile, la vieille alliance dont les Senons et les Parisii, au dire de César, gardaient pieusement le souvenir. Le modeste bourg de Gréteil a conservé religieusement la mémoire des liens sacrés qui le rattachent à l'Église de Sens, d'où lui vinrent les premiers rayons de la foi.

Potenlien et Sérotin prêchèrent l'Évangile aux Tricasses; ils s'établirent à l'orient de Troyes, piès de l'un des deux bras de la Seine qui enfermaient alors la ville. Leur premier soin fut de bâtir, au lieu même de leur demeure, un oratoire qu'ils dédièrent au Sauveur sous l'invocation de saint Pierre et de saint Paul; mais, chassés par les païens ameutés, ils retournèrent à Sens auprès de Savinien, qui leur prodigua toutes les effusions de sa fraternelle tendresse. Les Senons, obstinés dans leur polythéisme, demandèrent à grands cris la mort de ceux qu'ils appelaient des magiciens grecs. Severus, président du tribunal, condamna les missionnaires comme perturbateurs, les fit battre avec des verges armées de balles de plomb et jeter dans un affreux cachot. En allant au dernier supplice, Savinien, chef de 1 héroïque cohorte, obtint de célébrer la messe dans la crypte de Saint- Sauveur; là il se démit des pouvoirs de l'épiscopat entre les mains de Potentien, son successeur. Les licteurs, qui souffraient impatiemment ce retard, se précipitèrent sur le pontife et le tuèrent à coups de hache. Victorinus, son compagnon, subit avec le même courage la décapitation, ainsi que son fils à peine âgé de sept ans. Potentien , Serotinus , Eodaldus lui survécurent quelque temps; la divine Providence les déroba aux poursuites du tyran, sans doute afin qu'ils fortifiassent les nouveaux fidèles dans la résolution de mourir pour Jésus-

Christ. Bientôt ils furent arrêtés; on les étendit sur des chevalets; on les transperça avec des aiguilloEs rougis au feu; on leur arracha les ongles des doigts; on leur trancha la tête. L'an 847, les corps de ces martyrs, inhumés dans la crypte de Saint- Sauveur, furent levés de terre par l'archevêque Wénilon, et transportés à Saint- Pierre-ie-Vif. Vers la fin du ix« siècle, on cacha dans cette église abbatiale les restes de saint Savinien pour les soustraire à la fureur des Normands; on les en retira, l'an 1031, pour les enchâsser dans un reliquaire orné d'or et de pierreries, dû à la munificence de Constance, épouse du roi Robert '.

Les principales Églises de la Gaule belgique, comme celles de la Celtique, se glorifient d'avoir eu pour fondateurs les disciples immédiats de saint Pierre. Les auteurs des Gesta Trevirorum assurent, de la manière la plus positive, que Sixte ou Xyste de Reims, Sinice de Soissons, Memmie de Châlons, Clément de Metz, Mansuet de Toul, vinrent dans la Transalpine, en société d'Eucher, par l'ordre du prince des apôtres. Telle est aussi l'opinion de Castillon dans sa Chronologie sacrée de la Belgique , de Gilles Boucher dans son Belgium romanwn, du docteur Democharès de Monchy dans son livre De Sacrificio missœ; cette croyance était seule admise à Rome et par l'universalité des Églises de France; au xyi^ siècle, puisqu'elle se trouve consignée à la fois dans le martyrologe de Baronius et dans le martyrologe gallican. Hugues de Flavigny, Vincent de Beauvais, le moine Adson, l'historiographe Flodoard, l'archevêque Foulques dans une lettre au pape Etienne V, Notker le Bègue et Raban-Maur dans leurs martyrologes, abondent dans le même sens. Dira-t-on que tous ces auteurs ont copié les légendaires, et qu'au delà du ix^ siècle on ne découvre aucune trace de cette tradition? Deux faits démontrent le contraire. L'empereur Lothaire, écrivant au pape saint Léon IV en faveur de l'archevêque Hincmar, lui parlait de la prééminence de l'Église de Reims, parce qu'elle avait été fondée par saint Sixte , disciple des apôtres. Ce monarque pouvait, il est vrai, avoir adopté l'opinion de Raban-Maur; mais celui-ci la tenait de ses prédécesseurs dans l'abbaye de Fulde ou dans l'évêché deMayence; en effet, elle existait deux cents ans avant lui. En voici la preuve : Dagobeit II, exi!é en Angleterre par Grimoald, maire du palais, revint en France et régna en Austrasie de G74 à 679. Adrien de Valois retrouva la trace de cet événement dans la Vie de saint Memmie, premier évêque de Châlons-sur-Marne. Dom Mabillon affirme que l'auteur de cette Vie devait être contemporain de Dagobert; ainsi, au vii° siècle, l'Église de Châlons faisait remonter son origine à saint Pierre; or elle est très-certainement contemporaine de l'Église de Reims.

A l'autorité des livres on pourrait ajouter celle des monuments : on a découvert en 1738, sous la tour de l'église Saint -Martin, un hypogée antérieur à l'an 260 ; d'après l'iconographie chrétienne, il représente plusieurs scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament : par exemple, le Paralytique emportant son lit, le Sacrifice d'Abraham. On est fondé à dire que ce souterrain avait été creusé pour y déposer les restes de quelques chrétiens, à l'abri de tout outrage et de tout mélange avec des cendres profanes. Il a ce caractère des salles cubiculaires que l'on retrouve dans presque toutes les catacombes. Ces salles, habituellement privées du jour extérieur, étaient éclairées par des lampes suspendues à la voûte ou insérées dans de petites niches ou loculi. Quelques-unes recevaient aussi le jour par des ouvertures qui donnaient sur la campagne; on les appelait cubicula clara. La plupart de ces soupiraux n'ont été manifestement ouverts que dans des temps postérieurs aux persécutions, alors que l'Église naissante n'avait plus à craindre de célébrer publiquement ses fêtes; il est évident que si les catacombes avaient reçu la lumière extérieure par des

1 Les Vies de tous les sai?its de France, par Ch. Barthélémy, tome I, page 238 ; années 1859, 1860.

Page 1