‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 39 sur 180 · CHAPITRE IV . m · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV . m

en habits pontificaux terrassant le paganisme, avec un jeune enfant en prière à ses, côtés. L'image du même enfant se voit encore sculptée au bastion de Siint-Mansuy.

-Les Médioraatrikes, qui touchaient à la frontière septentrionale des Leukes, reçurent également au i" siècle le bienfait de l'Évangile. L'étendue et la populaiioa de Bivodurum, leur capitale, avaient engagé les Romains à en faire un des principaux sièges de leur puissance; en sorte que, devenue leur alliée, e'ie avait acquis une nouvelle et plus grande importance comme principal foyer de leur domination dans la Gaule belgique. C'est ce qu'attestent des routes romaines, lesquelles y convergeaient de divers points. Les bénédictins de Saint-Vanoe, dans leur Histoire de Metz, spécialement dom Gajot, dans ses Antiquités de Metz, font mention d'un palais dans l'intérieur de la ville, et, dans les faubourgs, d'un amphithéâtre et d'une naumachie qu'alimentaient les eaux de la Gorze; ces eaux y étaient conduites par un aqueduc de vingt- deux kilomètres de longueur, passant à Jouy au-dessus de la Moselle, sur des arches d'une hauteur prodigieuse; ils parlent aussi d'un grand nombre de bas-reliefs, d'inscriptions lapidaires, de mausolées d'origine romaine, trouvés à Metz et dans les environs. 11 est donc constant qu'au \^^ siècle Metz était un point central des opérations des Césars dans la Gaule belgique, et qae, dès lors,, cetle ville eut par là même des relations continuelles avec la capitale de l'empire; comment saint Pierre aurait-il négligé cette cité, une des plus considérables par son étendue et sa population?

Il est encore un ordre de faits qui prouve l'origine apostolique de l'Église de Metz : on a vu Crescent de Vienne, Valère de Trêves, avec Eucher et Materne, remonter le cours du Rhône, de la Saône et du Doubs, et descendre le Rhin pour évangéliser l'est et le nord-est de la Gaule. Or les Médiomatrikes s'étendaient de la Meuse au Rhin avec les Séquanes au midi et les Trévires au nord; ils occupaient donc toute l'Alsace inférieure, qui commence à Schlestadt; en effet, les anciens monuments démontrent que sur les bords du Rhin il n'habita aucun autre peuple entre les Séquanes et les Trévires , jusqu'à ce que l'invasion des Nemètes et des Vangions, peuplades germaines, eût Tefoulé Its Médiomatrikes au delà des Vosges. Mais la tradition représente Materne, Eucher et Valère comme les apôtres de l'Alsace inférieure. Le souvenir de ces thaumaturges s'est conservé à Elveius ou Elcebm, aujourd'hui le village d'Ell; ils ont donc évangélisé une partie de la cité médiomatricienne. Qu'est-ce qui empêche de dire que Clément, fondateur et premier évêque de l'Église de Metz, partit de Rome avec eux, sous la direction de saint Paul, dont Crescent était le disciple; et que, pendant que ses compagnons se dirigeaient sur Mayence, Trêves et Cologne, il traversa les solitudes des Vosges pour atteindre la capitale des Médiomatrikes ? Les étymologistes du moyen âge n'avaient-ils pas cette idée, quand ils prétendaient que le nom de cette nation celtique provenait de ce que l'Église de Metz était la mère commune, média mater, entre les peuples de Trêves, de Toul et de Verdun? Cette tradition a été sanctionnée par les martyrologes, et reproduite notamment par Hugues de Flavigny, par Vincent de Beauvais, par Pierre de Natalibus, par Paul Warnefride, diacre d'Aquilée, par Pierre de Marca.

La mission de Clément ne fut pas sans obstacles au milieu des Médiomatrikes qu'il venait d'arracher aux extravagances et aux immoralités de l'idolâtrie; car il se vit réduit à rassembler le petit nombre des fidèles et à célébrer les sbints mystères dans les cavernes de l'amphithéâtre, hors des murs de la ville. Ces cavernes servaient de repaire à une multitude de serpents qui faisaient des morsures venimeuses aux hommes et aux animaux domestiques. On rapporte que plusieurs personnes , atteintes par les morsures empoisonnées de ces reptiles, obtinrent leur gué^

rison du saint pontife. Ces miracles opérés par Clément, l'innocente simplicité de sa \ie, la douceur de sa céleste doctrine, parurent aux Médiomatrikes des arguments d'une invincible éloquence; ils ouvrirent les yeux à la lumière de l'Évangile; puis ils construisirent, près d'une fontaine limpide, une chapelle où Clément venait, accompagné du prêtre Céleste et du diacre Félix, célébrer la messe, prêcher et baptiser. Le corps du saint pontife fut inhumé dans ce modeste sanctuaire qu'il avait consacré sous l'invocation du prince des apôtres. La révolution de 1793 en dispersa les restes , sauf quelques ossements que l'église Saint -Martin de Pont-à- Mousson garde comme un trésor '.

Ainsi tous les disciples de saint Pierre, héritiers de la mênae mission, dépositaires du même commandement, rivalisaient de zèle, à travers des alternatives de trêve et de persécution, chez les diverses peuplades de la Narbonnaise, de l'Aquitaine, de la Celtique, de la Belgique, partout où le souffla de Dieu les avait conduits. Les convertis de la veille étaient les prédicateurs du lendemain ;les néophytes se transformaient en apôtres; d'autel en autel, de cénacle en cénacle, de la cellule de l'esclave à la chambre de l'affranchi, du palais du riche à la chaumière du pauvre, ils allaient et venaient sans cesse avec cette permanente ardeur d'hommes récemment délivrés et purifiés, qui se sentaient tous missionnaires de la délivrance et de la pureté. Les copies multipliées des épîtres de saint Paul, les lectures communes des évangiles transcrits sur des lambeaux de papyrus suppléaient à l'absence des homélies; mais l'enseignement oral prédominait alors sur l'enseignement écrit; par les réunions sacrées, par les agapes qui les suivaient, par les visites d'évêques, par la rencontre des frères éloignés, par l'hospitalité même que recevaient les voyageurs, les proscrits, les confesseurs de la foi, l'enseignement oral était continuel; jamais propagande quelconque, intellectuelle, morale ou religieuse, n'avait ainsi pénétré dans les masses ; aussi la prédication du christianisme perçait l'ombre de bien des consciences , rencontrait bien des pressentiments, satisfaisait à bien des aspirations latentes, faisait bien des néophytes qu'on ne prévoyait pas, et qui ne se révélaient pas tout d'abord. Nulle époque peut-être ne représente mieux que celleci le caractère aimant, naïf, poétique même de ces chrétientés encore adolescentes que le péril , en les forçant de se replier sur elles-mêmes , avait rendues plus intérieures et plus innocentes ; le parfum de leurs vertus était devenu comme celui des fleurs à peine écloses, d'autant plus suave qu'il s'évaporait moins; ce n'était pas encore le temps des grands génies et des illustres docteurs, c'était le temps des imaginations pures et des âmes candides.

Quelle difTérence entre cette petite société naissante où germaient toutes les vertus et la grande société antique où s'étalaient tous les vices ! Quel contraste entre cette obscure révolution morale qui régénérait laborieusement, mais pacifiquement le vieux monde, et les éclatantes révolutions de palais qui hâtaient à leur insu la décrépitude du colosse romain en proie à une double décadence : l'une, matérielle et politique, bien grave, puisque c'était la race même qui s'altérait et faisait défaut; l'autre, intellectuelle et morale, également profonde, puisque c'était la corruption païenne arrivée à son paroxysme 1 Qu'on se rappelle, comme cause ou comme effet de cette double décadence, la série, non pas de princes, ni même de tyrans, mais de fous sanguinaires d'une espèce à part, Tibère, Caligula, Claude, Néron, Olhon, Vitellius, hideuses monstruosités qui se succédèrent sans relâche comme des champignons vénéneux sur une terre insalubre, jusqu'à l'époque où, les guerres civiles

1 Dissertation sur l'origine apostolique de l'Église de Metz, par l'ahbé Cliaussier, dans le tome XCV de la Patrologie de l'abbé Migne.

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