‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 41 sur 180 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

si l'on en croit la tradition; le fait est qu'ils sont antiques, que ce sont de véritables poteries gallo-romaines); et aussitôt ils furent miraculeusement remplis de vin, que le jeuue apôtre distribua à la multitude de ceux qui crurent en Jésus-Christ. Une femme, ajoute la vieille légende, avait un fils âgé d'enviroa trois ans, aveugle, boiteux et muet. « Seigneur, dit-elle à Marcel, je vois en vous la figure d'un ange; je vous supplie de rendre à la santé mon fils par vos prières; je crois en votre Dieu, par lequel vous pouvez obtenir ce que vous lui demanderez. » Marcel, dès qu'il vit la foi de cette femme, lui dit : « Apportez votre fils devant moi. » Il le prit sur ses genoux, et, lui imposant les mains, il priait le Seigueur Jésus; à peine eut-il achevé sa prière, que l'enfant ouvrit les yeux, recouvra la parole et marcha droit à sa mère, qui Temmena sain et sauf en louant Dieu.

Un homme du nom de Tranquillus dénonçi Marcel au préteur Ileraclius , qui résidait en cette contrée. Le magistrat romain cita Marcel à son tribunal : « Tu cherches à me tromper, lui dit-il; tu prétends rendre la parole aux muets; tu méprises le culte d'Apollon; qu'est-ce que ton Dieu ? — J'adore Jésus-Christ, notre Sauveur. Ceux que vous appelez des dieux n'en sont pas; ils sont la perte des âmes qui croient en eux. » Le préteur, enflammé de colère, le fit étendre sur un chevalet, puis frapper de coups. « L'empereur ordonne à tous ses officiers, dit-il, de livrer les chrétiens aux plus cruelles tortures; ta jeunesse m'inspiie de la pitié; sacrifie à Apollon, à Hercule, à Diane, mère des dieux, je t'épargnerai de tels supplices. — Je ne crains pas vos supplices; n'ai -je pas, pour me soutenir, la foi que j'ai reçue au baptême? » A ces mots, les licteurs d Heraclius jetèrent sur lui une pierre énorme. Marcel ne fut pas même blessé. Alors on l'attacba sur un gril audessus d'un grand feu. Marcel y resta quelque temps sans se plaindre. « Allons, dit-il à Heraclius , ma chair est cuite ; faites-vous servir, et mangez. — Par le dieu du soleil ! s'écria le préteur, je te ferai périr dans les souffrances les plus inouïes, si tu refuses de sacrifier; mais si tu y consens, je te constituerai ici le second après moi. — Puisque vous voulez que je sacrifie à vos dieux, assemblez les grands et les prêtres; que tous soient témoins du sacrifice. » Le préteur se hâta de réunir une nombreuse assemblée. Marcel entra dans le temple; aussitôt les statues tombèrent de leurs piédestaux et furent brisées. « Fuyez, dieux du paganisme, s'écria le jeune confesseur de la foi ; descendez dans les profondeurs de la terre avec votre père le démon. » Le préteur, en courroux, ordonna de l'attacher, de le frapper violemment et de le plonger dans une chaudière où l'on faisait bouillir du soufre, de la poix» de l'étoupe et du bitume. La flamme enveloppa Marcel sans le brûler'.

« La protection du Ciel est sur cet homme , s'écrièrent les spectateurs ; il a vaincu tous les tourments ! » Heraclius lui-même commençait à s'alarmer; il jeta Marcel dans un cachot, puis le fit conduire sur une montagne voisine, où celui-ci fat décapité le 29 juin 95. Anastase refusa, comme son héroïque compagnon, de sacrifier aux idoles; il périt sur le chevalet. Les noms glorieux de Marcelet d'Anastase, celui dHeraclius, le préteur romain, vivent encore dans les souvenirs populaires des bords de l'Indre. La tour d'Heracle, cette tour qui, dit-on , portait à son frontispice l'effigie d'un taureau et la devise de Jules César: Vem', vidi, vici, était célèbre au moyen âge. Le nom de saint Marcel fut donné à une bourgade située près de l'emplacement où il endura le martyre. C'est dans la magnifique égli;e de cette paroisse que reposent les reliques des deux confesseurs. Oa voit encore la crypte qui abrita leurs corps mutilés. Les ossements de saint Marcel sont renfermés dans un reliquaire,

1 }<ova Bibliotheca manuscriptorum , par le P. Lahbe, tome II, p. 427. — Hùtoire du Bernj, par Raynal, tome I, p. 137. Édit. 1844.

petit chef-d'œuvre décoré des plus riches émaux, de l'époque romane -byzantine. L'église de Saint-Marcel était un prieuré considérable qui dépendait de l'abbaye de Saint-Gildas, près Châteauroux.

Les chrétiens ne se révoltèrent pas contre l'ignoble et cruelle tyrannie de Doraitien et de ses lieutenants; mais les philosophes, les chambellans, l'impératrice ellemême s'en lassèrent : ils se crurent désignés à la mort ; leurs noms étaient sur le livret où le tigre couronné marquait ses victimes; tous conspirèrent contre leur ennemi commun. Domitien, qui cherchait partout des horoscopes et, dans sa peur superstitieuse, tuait les devins qui lui prédisaient malheur, n'évita pas le poignard des conjurés, l'an 96. A la vertu païenne, représentée par les Flaviens, succéda la philosophie des Antonins; c'était par un assassinat qu'elle s'emparait de la pourpre, en la personne du vieux Nerva, digne prédécesseur de Trajan et de Marc-Aurèle, plus irréprochable qu'eux peut-être, parce qu'il régna moins longtemps (96-98).

Cependant un autre pouvoir se transmettait sans conteste, avec une régularité surhumaine, en présence du paganisme triomphant, au centre d'une société décomposée par le sensualisme et l'orgueil, dans la ville des Césars et du Panthéon. Le bâton pastoral avait déjà passé de saint Pierre à saint Lin, de saint Lin à saint Glet ou Anaclet, de saint Anaclet à saint Clément; ces souverains devaient paraître bien obscurs en face des éclats de renommée dont Néron, Vespasien, Titus, Domitien, Nerva remphssaient le monde; leur humble sainteté était la seule couronne qui parât leurs cheveux blancs et illuminât leur front ; mais combien leur royauté était grande aux yeux de qui savait ce que vaut la foi !

Page 1