CHAPITRE V
la résurrection. Sisinnins Fescenninus se moqua de ces profondeurs de l'éloquence chrétienne : « J'argumenterai contre vous "virilement, non pas avec des paroles, mais avec des supplices, » dit-il.
Trois escouades de quatre soldats les traînèrent sur des échafauds et les flagellèrent en public. Denys est étendu sur un lit de fer rougi; puis, tout couvert d'horribles brûlures, il est livré aux bêtes féroces, qui le respectent; il est jeté dans une fournaise ardente où il ne souffre rien , non plus que Daniel; il est cloué sur une croix d'où il prêche au peuple le mystère de la Passion. Rustique et Éleuthère , jaloux de ses tortures, n'ont pu goûter que le supplice des fouets et des chevalets. On les précipite dans la prison de Glaucinus. Denys y célèbre les divins mystères, et le Christ lui donne la sainte communion au milieu des anges. On les relire de leur cachot pour leur montrer les cadavres en lambeaux de leurs enfants spirituels ; ils louent Dieu, qui humilie ainsi ceux dont il a décrété la glorification dès l'éternité. On essaie de nouveau sur eux les tourments et les outrages; mais les souffrances et les ignominies ne firent que les rendre plus inébranlables. Sisinnius Fescenninus, furieux, donna Tordre de leur trancher la tête, le 9 octobre de l'année i06. La sentence fut exécutée sur la colline septentrionale, où Mercure trônait escorté de Mars. Soudain le corps de Denys se relève , prend sa tète dans ses deux mains et la porte l'espace de deux milles, au milieu du concert des anges. La femme du noble Visbius, qui avait dénoncé la séduction de ?on mari par les chrétiens, et, imprudente, avait causé sa mort, Larcia, témoin du prodige, se précipite au milieu des païens en s'écriant : « Je suis chrétienne 1 » On la baptisa dans son sang avec d'autres victimes. Si Ton en croit André Duchesne , ce serait en qualité de descendants directs de Visbius, fils de cette noble Larcia, premier chrétien de Paris, que les sires de Montmorency portaient le titre de premiers barons chrétiens, et donnaient à leurs gens le cri de guerre : a Dieu ayde au premier chrétien 1 »
Une pieuse femme du nom de Catulla, voulant sauver les restes des martyrs, les fît inhumer dans une terre labourée, à six mille pas environ de la sanglante colline, en un lieu appelé Ca^o/o««n. Quand la persécution sembla se ralentir, elle rechercha l'endroit qui conservait le précieux dépôt; pour le marquer, elle construisit au-dessus une chapelle de bois. Quelques années s'écoulèrent, et les fidèles de Parisis signalèrent, pour la postérité, tous les lieux auxquels se rattachait quelque souvenir des apôtres de la vieille Lutèce. Saint -Denys -de -la -Châtre indiqua la prison où ils avaient été chargés de chaînes. Saint-Denys-du-Pas s'éleva sur remplacement où ils avaient enduré les plus cruelles tortures; Montmartre, c'est-à-dire montagne des Martyrs, désigna le théâtre de leur mort triomphante. Les siècles n'ont rien enlevé à la gloire du chef de cette héroïque milice; son nom, également environné des respects de la religion et de la patrie, résonne aux jours de joie comme aux heures de tristesse; sur les champs de bataille, il retentit des lèvres frémissantes de nos preux chevahers pour chanter la victoire, ou bien il brille comme un rayon d'espoir dans la défaite. Au fond des cloîtres, les chœurs des moines célèbrent ses louanges dans leurs harmonieux cantiques, et la voix émue des fidèles le prie avec confiance, l'invoque avec amour, sous les voûtes huit fois séculaires de son insigne basilique. La France entière élève des autels à saint Denys , comme au premier protecteur céleste de la nation; cinquante souverains de toutes les dynasties, depuis Dagobert jusqu'à Napoléon, lui rendent un solennel hommage; l'empressement de nos rois à demander que leurs cendres reposent à l'ombre de son tombeau n'est-il pas le témoignage le plus magnifique de leur confiance en sa puissante protection '?
» Les Origines de l'Église de Paris. Ètablissemeiit du christianisme dans les Gaules, saint Denys de Paris, par l'abbé Eugène Bernard, professeur à la Sorbonne. Année 1870.