‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 58 sur 180 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

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siasme du poêle et de l'ami à la précision du philosophe et du théologien. « Je vous salue, ô âme sainte, écrit-il à Jean l'Évangéliste , vous êtes mon bien-aimé; je vous donne plus volontiers ce titre qu'à tous les autres. Je vous salue encore , ô bienaiiné, si cher à Celui qui est véritablement beau, plein d'attraits et d'amour. Faut-il s'étonner que le Christ ait dit la vérité, et que les méchants chassent ses disciples des villes, et que les impies se rendent à eux-mêmes la justice qu'ils méritent, en se retranchant de la société des saints ? Vraiment les choses \isibles sont une frappante image des choses invisibles ; car, dans le siècle à venir, ce n'est pas Dieu qui accomplira la séparation méritée; mais les mauvais s'éloigneront eux-mêmes de Dieu. C'est ainsi que, même ici-bas, les justes sont avec Dieu, parce que, dévoués à la vérité et détachés des choses matérielles , affranchis de tout ce qui est mal et épris d'amour pour tout ce qui est bien, ils chérissent la paix et la sainteté; parce que, dès ce monde , ils préludent aux joies des temps futurs , menant une vie angélique au milieu des hommes, en toute tranquillité d'esprit. Je ne suis pas assez insensé pour imaginer que vous ayez de la douleur; quant à vos tourments corporels, vous les sentez, mais vous n'en souffrez pas. Au reste, tout en adressant un blâme légitime à ceux qui vous persécutent et qui pensent follement éteindre le soleil de l'Évangile, je prie Dieu qu'ils cessent enfin de se nuire, qu'ils se convertissent au bien et vous attirent à eux pour entrer en participation de la lumière. Mais , quoi qu'il arrive, rien ne nous ravira les splendeurs éblouissantes de l'apôtre Jean; pour le présent, nous jouisi^ons de votre enseignement, et bientôt, je le dis hardiment, nous serons réunis à vous; car je mérite confiance quand j'affirme ce que vous et moi nous avons appris de Dieu : c'est que vous serez délivré de la prison de Patmos; que vous retournerez en Asie, et que là vous donnerez l'exemple de l'imitation et de la bonté divines, laissant à la postérité de suivre vos traces. »

Telle est la valeur doctrinale et littéraire des œuvres de saint Denys l'Aréopagite, que l'antiquité chrétienne a regardé à la fois comme le premier évêque d'Athènes et le premier évêque de Paris. Nul n'a plongé plus avant que ce grand disciple de Platon et de saint Paul dans ce qu'on appelait au moyen âge les préambules de la foi : le livre des Noms divins en est une preuve éclatante; rien n'échappe aux investigations de ce hardi penseur; dans la Hiérarchie céleste, la révélation a dévoilé à ses yeux les réalités du monde invisible ; dans la Hiérarchie ecclésiastique, elle a déroulé devant lui les merveilles de la cité de Dieu sur la terre; et, dans la Théologie mystique, elle l'a initié aux secrets d'une psychologie toute divine. Ces productions d'un esprit profond et compréhensif, fussent-elles apocryphes , mériteraient encore une attention toute spéciale; mais, on l'a vu, rien n'autorise à dépouiller de son plus beau titre de gloire l'homme de génie que l'Église des Gaules s'honore de compter parmi ses premiers fondateurs.

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