MISSION DES COLLABORATEURS APOSTOLIQUES DE SAINT DENYS DANS LES GAULES
Apostolat d'Eugène Marcel en Espagne. — Il choisit Tolède pour centre de ses travaux évangéliques.
— Eutrope envoyé par saint Denys chez les Saintons. — Ursin , apôtre 4es Bituriges. — Il fait l'acquisition du palais de Leocadius pour le transformer en église. — Sanctin et Antonin , évèques de Meaux , compagnons de saint Denys. — Ils vont en mission à Rome , auprès du pape saint Anaclet.
— Sanctin évangélise Verdun et Chartres. —, Julien, apôtre des Cénomans. — Ses miracles. — Lain ou Latuin, premier évêque de Séez. — Translation de ses reliques. — Exupère ou Spire, pre-, mier évêque de Bayeux. — Taurin, premier apôtre des Éburovices. — Nigaise ou Nicaise, premier évèque de Rouen , et ses compagnons Quirinus , prêtre , et Scubiculus , diacre. — Lucien , premier apôtre des Bellovaques. — Regulus ou Rieul, premier apôtre des Silvanectes. — Firmin , premier évêque d'Amiens. — Ses reliques.
Les collaborateurs que le pape saint Clément avait ailjoints à Denys l'Aréopagite rivalisaient de zèle et de dévouement dans les différentes régions où les avait conduits le souffle de la divine Providence ; celle-ci faisait fructifier partout les travaux de leur mission. Tous marchaient sur les traces et se dirigeaient d'après les exemples de révêque de Paris, leur illustre maître; tous prodiguaient leurs sueurs et donnaient leur sang pour le salut des âmes et la gloire de Dieu; comme autrefois saint Paul, Denys l'Aréopagite, son disciple, pouvait laisser son cœur se dilater en contemplant les généreux efforts de ses coopérateurs , puis , heureux et fier de l'œuvre de la propagation de la foi qu'ils poursuivaient avec une héroïque charité, les regarder comme sa joie et sa couronne.
Avant de quitter la cité des Arélates , Denys l'Aréopagite avait envoyé en Espagne Marcel, qu'on tient pour le même que saint Eugène de Tolède, qui évangélisa les campagnes voisines de Lutèce, aux lieux appelés Enghien et Montmorency; cette tradition est fort ancienne : l'antique liturgie romaine, Baronius, dans ses notes sur le martyrologe; le savant jésuite Mariana, dans son Histoire, les vieux bréviaires de Paris et de Bourges l'ont adoptée. Marcel appartenait à la plus grande famille plébéienne de Rome. Claudius Marcellus, le fondateur de son illustration , vainquit les Gaulois, prit Milan, leur capitale au delà des Alpes, suspendit au Capitole les armes de leur roi Viridomare avec les troisièmes dépouilles opimes, battit trois fois Annibal après Cannes et s'empara de Syracuse, où périt Archimède; cinq fois consul et une fois triomphateur, il fut appelé l'épée de Rome, comme Fabius Cunctator en était dit le bouclier. Auguste avait marié sa propre sœur Octavie au consul Marcellus yEserninus, l'un des descendants du célèbre Claudius; il destinait leur fils à l'hymen de sa fille Julie; déjà il l'avait désigné avant l'âge pour son successeur; mais la mort enleva ce jeune prince, qui donnait les plus grandes espérances. Virgile, le poëte impérial , a déploré dans de beaux vers la fin prématurée de Marcellus, presque un quart de siècle avant Jésus-Christ. Quelques années après la naissance du Sauveur, un Marcellus sortait de cette tige tant illustre ; il devait bien consoler le monde de cette perte que célébra comme inconsolable le chantre de l'Enéide. On le sur-