‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 6 sur 180 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

la puissance de Dieu et de la dignilé de l'homme; si, pour raconter, avec le regard serein d'une âme pure et l'austère impartialité d'une vertu héroïque, les existences marquées du doigt de Dieu et du sceau des saints, ils se sont retirés à l'ombre des autels, dans le calme et le recueillement du cloître; s'ils ont estimé bon de buriner les vieilles traditions des Églises de France sous la haire et le cilice, entre les psalmodies du chœur et les contemplations de la cellule, loin des passions qui aveuglent, loin des illusions qui abusent le monde ; si , pour se mieux identifier avec leur sujet, ils ont revêtu la robe de laine de leur héros, leur tuoi^^ue de bure, leur ceinture de cuir, leurs sandales de bois ; s'ils se sont faits moines, en un mot, il faut les croire d'autant plus : sans les moines, affirme le protestant Marsham, nous serions dei enfants en histoire.

Qu'empoités par le charme du surnaturel ils aient mêlé parfois la fiction à l'histoire, cela paraît tout aussi certain que la réalité d'un grand nombre de miracles qu'une raison droite ne saurait récuser.

Nier les miracles qui ont accompagné l'introduction du christianisme dans les Gaules, ce serait n'éviter une difficulté que pour s'en créer une autre plus insoluble. En effet, moios on suppose de miracles à cette époque, plus le triomphe des premiers missionnaires de la foi devient miraculeux. Qu'on se les représente arrivant au milieu d'un peuple attaché à ses anciennes superstitions, non pas avec celte mythologie grecque ou romaine qui s'était mêlée assez facilement au polythéisme gaulois, ni avec le prestige qu'avait, aux yeux d'une nation barbare, la brillante civilisaticn des maîtres du monde : eux-mêmes étaient traités de barbares par ces derniers qui méprisaient leur doctrine; cette doctrine qu'il s'agissait de faire embrasser aux Gaulois, qu'était-elle? Dans l'ordre des dogme=!, au lieu de cette infinie variété de croyances qui permettait à l'esprit humain toutes les contradictions , tous les rêves, toutes les extravagances, c'était un symbole précis, universel, d'une rigueur inexorable, qui exigeait la soumission de l'intelligence et l'obéissance du cœur. Dans l'ordre des préceptes, au lieu du luxe et de la débauche poussés partout à, l'excès, au lieu de la commode licence de ta morale philosophique , c'était non-seulement la tempérance et la chasteté, mais le fa-te de la pauvreté, l'amour des souffrances, l'immolation sanglante de soi-même. Dans l'ordre liturgique, au lieu des riantes et voluptueuses fêtes du paganisme, c'étaient de graves et majestueuses cérémonies, les pleurs de la pénitence, les gémissements de la prière, toutes les austères pratiques du dépouillement de soi-même. Dans l'ordre social, au lieu du règne de l'égoïsme cruel, impitoyable, au lieu de l'exploitation de l'homme par l'homme, c'était le règne de la charité compaiissante, miséricordieuse, qui devait faire du maître l'ami de son esclave; du riche, le dispensateur des biens du pauvre.

J imais on n'expliquera le succès d'une pareille prédication au milieu de ce chaos de piéjugés enracinés par une longue habitude, de passions appuyées de toute l'autorité des lois, d'intérêts défendus parles ministres des faux dieux, si l'on n'admet pas que la puissance divine confirmait la parole des apôtres en leur communiquant le don des miracles. Djus cette hypothèse, au contraire, on comprend aisément qu'une résistance humainement invincible ait fléchi devant les signes manifestes d'une intervention de Dieu : le miracle commençait par frapper les esprits que l'action intérieure de la grâce achevait de convertir à la foi '.

Les légendes des premiers prédicateurs de i Évangile dans les Gaules renferment, dit- on , un trop grand nombre de miracles. Aurait-o:î la prétention de tracer à la puis-

' Sfiiiit Irvnée et l'éloquence clin-tienne dons la Gaule pendant les deux premier.^ siècles, par l'ablic' Frcppol, profosseiir à la faenlti' de théologie de Paris; troisième et quatrième leçons, amiée isdl.

sance de Dieu un cercle infranchissable? N'est- il pas écrit dans l'Évangile : « Celui qui croit en moi fera tous les miracles que je fais, et il en fera de plus grands en-, core? » Est-ce là une hyperbole oa un^ ironie? Qaiconque a confiance en cette divine parole, quiconque sait combien Dieu est admirable dans ses saints, copies vivantes de sa divinité , ne saurait être surpris ni du nombre ni de la qualité des miracles que la bonté céleste opère par l'intermédiaire de ses plus dévoués serviteurs. Il suffît d'un acte de foi pour transporter les montagnes , et l'on penserait que le souverain Créateur des siècles et des mondes a mesuré avec parcimonie les faveurs extraordinaires qu'il voulait accorder à ces âmes d'élite qu'il a choisies pour la manifestatiou de sa gloire, pour la dispensation de ses grâces, pour l'objet de ses plus tendres prédilections ! Certes, si quelque chose suiprenait, ce serait que l'existence de ces prédestinés, qui ont surmonté les plus effroyables tourments dans la mort conmie ils ont accompli les plus sublimes sacrifices dans la vie, ne fût pas uce existence tissue de prodiges.

« Ces prodiges ne sont pas prouvés. » Qu'en sait-on? Quand est-ce qu'on a fourni du contraire des témoignages irrécusables, des démonstrations claires, positives, des preuves parfaitement authentiques? Les traditions chrétiennes et nationales ne valent-elles pas , et mille fois au delà , les négations gratuites du protestantisme et les invectives d'une fausse philosophie? Qa'a-t-on à opposer au soin extrême que l'Église a toujours pris des Actes des saints d'où furent tirées les légendes des premiers apôtres de la Gaule? Contemporains de leur héros et vivant d'ordinaire sur les mêmes lieux, des clercs érudits ou de doctes moines recevaient de leur évêque ou de leur abbé la mission officielle de rédiger la vie de l'homme de Dieu dont ils connaissaient la pensée intime aussi bien que les actes les plus familiers ; ils n'é:rivaient lien sans une enquête très-exacte des choses, sans un examen approfondi des témoins; ils soumettaient leur composition à l'appiéciation éclairée de leurs supérieurs; puis ils retouchaient leurs pages, ils les corrigeaient à l'aide de nouveaux renseignements, ils n'épargnaient rien pour l'acquit de leurs moindres scrupules; l'œuvre, ainsi remaniée et sévèrement vérifiée sur tous les points, était abandonnée aux copistes ; chaque auteur, pour tout salaire, demandait qu'api es sa mort on priât pour le repos de son âme.

Ces conditions d'enquête, de critique et de véiification, il est vrai, ne se rencontraient pas au même degré dans tous les Actes des saints ; mais la plupart des prologues présentaient d'autres garanties non moins rassurantes ; les hagiographes y indiquaient les sources originales où ils avaient puisé, savoir ; plusieurs récits antérieurs qui concordaient entre eux, des traditions qui reposaieut sur des témoignages respectables et remontaient à des documents authentiques; en outre, ils prenaient pour témoin le nom redoutable de Dieu et le patronage d'un personnage considérable qui acceptait la dédicace de ces légendes et plaçait son nom en tête comme signe d'approbation ; enfin il n'était pas rare que ces actes fussent soumàs chaque année à une sorte de contrôle populaire par une lecture publique faite aux anniversaires des saints dans l'assemblée des fidèles. Plût au ciel que les modernes censeurs des Actes des saints apportassent, dans leurs études historiques, une attention aussi consciencieuse !

On allègue encore la cessation relative ou la diminution des faits merveilleux qui signalèrent le berceau de la religion chrétienne dans les Gaules. Mais la difi'éreuce des époques et des situations n'explique-t-elle pas ce phénomène surnaturel? Quand les missionnaires de nos jours s'élancent à la pacifique conquête des peuplades sauvages, ils laissent derrière eux une société répandue depuis dix-huit siècles dans tout l'univers, une £ocié!é qui , par la force de ses institutions, par l'efficacité de ses enseignements, par l'éclat de ses œuvres, par la fécondité de ses résultats, ajoute à leur parole le témoignage imposant d'une histoire remplie de merveilles; on com-

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