‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 62 sur 180 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

avoir dans ce sénateur l'ancêtre et non le descendant de Vettius Epagathus, martyr de Lugdunum.

A l'arrivée dUrsin sur le territoire des Bituriges, Leocadius était plongé dans les ténèbres de l'idolâlrie; mais, si l'on recale son existence jusqu'à l'empire de Dèce, il faudra dire que la foi s'était éteinte dans la famille de Vettius Epagathus, presque immédiatement après la mort de ce dernier. Les enfants de ce généreux martyr n'auront pas été élevés dans la croyance de leur père, ou bien ils auront répudié ce précieux héritage. Ces conclusions ne ressemblent guère à la vérité. D'autre part, les circonstances de la donation de Leocadius trouvent difficilement leur place dans la seconde moitié du iii° siècle, tandis que la liberté dont jouissaient les chrétiens sous l'empire de Claude explique très-bien le voyage d'Ursin à Lugdunum, ainsi que tous les détails donnés par les actes de ce saint. Avec l'empire de Dèce s'ouvre une ère de persécution qui va se prolongeant, sans interruption, jusqu'à la paix conquise à l'Église par Constantin. Or comment concilier avec des temps si orageux des faits qui supposent une époque de calme et de liberté? Au contraire, si l'on reporte Leocadius du règne de Dèce au temps de Claude, tout s'arrange de soi. Le christianisme n'avait pas encore donné d'ombrage au pouvoir ; les apôtres et leurs envoyés en profitaient pour étendre le royaume de Jésus-Christ.

La tradition adjoint Sanctin et Antonin à saint Denys l'Aréopagite, non pas qu'il s'agisse simplement de noms accolés avec le sien, comme le nom de l'apôtre des Bituriges, mais à cause de circonstances de leur vie engagées profondément dans les circonstances de la sienne. Selon Hugues de Flavigoy. Sanctin aurait commencé par être évêque de Chartres, puis de Meaux, enfin de Verdun; d'autres auteurs disent que Verdun fut le premier siège épiscopal de Sanctin, qui de là passa à celui de Chartres et mourut enfin dans celai de Meaux. L'opinion la plus naturelle et aussi la plus ancienne parait être cette dernière : elle était déjà généralement admise au ixe siècle. Vers le même temps, Hincmar envoyait à l'empereur Charles le Chauve les Actes du bienheureux Sanctin. Vandelmare, formé à la science ecclésiastique au monastère de Saint-Denis , envoyé à Meaux par Hilduin , et bénéficier de la petite abbaye de Saint-Sanctin, les avait déterrés dans la poudreuse bibliothèque de son couvent. Les cahiers de ces actes comprenant quatre feuilles, étaient extrêmement détériorés, presque anéantis par la vétusté. Hincmar les avait déchiffrés lui-même et transcrits sur de nouveaux parchemins. D'après ce document, Denys l'Aréopagite avait ordonné Sanctin évêque et l'avait envoyé d'abord à Chartres, ensuite à Meaux.

Pendant la persécution de Trajan, pressentant sa fin prochaine, l'évêque de Lutèce manda près de lui Sanctin et Antonin; il les députa à Rome, vers le souverain pontife , pour lui rendre compte des progrès de la religion chrétienne au delà des Alpes. Les deux disciples de saint Denys se mireùt en route; ils étaient à peine arrivés en Italie, lorsque Antonin tomba dangereusement malade. Sanctin essaya néanmoins de continuer son voyage; mais il apprit bientôt, par révélation, que son compagnon était mort, et que l'hôte avare aux soins duquel il l'avait recommandé tout particulièrement s'était débarrassé du cadavre en le jetant dans un cloaque attenant aux écuries. Sanctin revint aussitôt sur ses pas, fit ouvrir la fosse infecte et ressuscita Antonin ; ils ofirirent ensemble la divine Eucharistie en action de grâces et poursuivirent leur marche; après avoir rempli leur mission auprès du pape saint Anaclet, ils retournèrent à Meaux; ils en gouvernèrent successivement l'Éghse et s'endormirent dans le Seigneur, pleins de jours et de bonnes œuvres *.

* Mabillon, Analecta.

Cette tradition que Hincmar, jeune homme pieux, a copiée de sa main pour la transmettre à la postérité, cette pièce que Hincraar, vieillard et homme d'érudition, a envoyée à Charles le Chauve comme un objet d'un prix inestimable, n'est pas une de ces légendes merveilleuses, forgées au moyen âge pour entretenir la piété en frappant 1 imagination des peuples. Il est manifeste qu'elle est très-ancienne, comme dit Mabillon, et qu'il faut, pour être raisonnable, la repoiter au vi'^ ou v° siècle au moins ; il se pourrait bien que l'original fût grec ou d'un Grec écrivant en latin ; car le texte, malgré une certaine aisance, laisse percer un idiome étranger. Le manuscrit de Hincmar a été suivi par de savants hagiographes , notamment par Pierre de Natahbus, par le chartreux Laurent Surins, par le martyrologe de Baronius. Des réserves toutefois sont d'autant plus permises que le nom du bienheureux Sanctin, sa carrière apostolique , son genre de mort, sont loin d'être dépouillés de toute obscurité. On s'arrête à se demander, par exemple, si Tapôtre des Meldes n'est pas le même que saint Sanctin de Verdun, a Que Sanctin ait été le premier évêque de Verdun, répond dom Calmet, c'est ce qu'on ne peut nier sans démentir tous les monuments, tous les historiens de l'Église virdunoise. » Le savant bénédictin cite, à l'appui de son assertion, deux vies de saint Sanctin, qu'il vit manuscrites en l'abbaye de Saint- Vanne, et une inscription trouvée dans la châsse de ce saint, le 19 mai 4132, sous l'épiscopat d'Adalbéron, évêque de Verdun '. « Ceux de Meaux l'honorent comme martyr, ajoute-t-il, et ceux de Verdun comme confesseur. »

D'après le chanoine Roussel et Tabbé Lebœuf, échos fidèles du chroniqueur Hugues de Flavigny, les disciples de saint Denys, dispersés par la persécution, parcoururent les villes et les villages de la Gaule belgique. Sanctin et Antonin s'avancèrent jusqu'aux rives de la Meuse. Avant d'entrer dans Verdun , ville marchande encore toute païenne, ils s'arrêtèrent sur une montagne boisée, entre le midi et le couchant, dans un endroit où fut plus tard l'ermitage de Saint -Barthélémy. La vue des sacrifices abominables que les idolâtres y offraient sous des figures monstrueuses qu'on nommait faunes et satyres, les pénétra de douleur; ils se logèrent dans une maison voisine des autels païens; ils y célébrèrent en expiation les mystères du vrai Dieu; puis, armés d'une sainte hardiesse, ils prêchèrent sur les places publiques. Tous les habitants admiraient la pauvreté de leurs vêtements, la majesté de leur visage, l'éloquence de leurs exhortations et l'efficacité de leurs prières. Mais on excita de fréquentes émotions populaires contre leur mission. La plupart des prosélytes, contraints de se cacher dans les grottes de la solitude de Flabas, y vécurent du travail de leurs mains, dans les exeTcices de la pénitence. D'un autre côté, les Meldes, récemment convertis, avaient également à essuyer de la part de leurs compatriotes idolâtres toutes sortes de vexations. Sanctin et Antonin, touchés de l'état lamentable de l'Église de Meaux, qu'ils surveillaient, quoique de loin, avec la plus tendre sollicitude, y firent un dernier voyage, laissant leur disciple Maur, prêtre instruit et vertueux, pour conduire en leur absence les fidèles de Verdun. Dès qu'ils furent arrivés dans la cité des Meldes, Sanctin alla trouver le gouverneur et le menaça de la vengeance divine , s'il ne cessait d'opprimer les innocents. Le tyran ne put souffrir les reproches du saint pontife : dans un premier mouvement de colère, il fut sur le point de le percer de son épée; mais il l'emprisonna pour le faire mourir de faim «.

Les anciens bréviaires de Chartres elles légendaires de Tours font de saint Sanctin

1 Dom Calmet, Dissertation sur les premiers évèques de l'Église de Verdun. - Histoire ecclésiastique et civile de Verdun, par le chanoine Roussel, publiée , en 1745. par l'abbé Lebœuf.

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