‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 63 sur 180 · CHAPITRE VII 1K · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII 1K

le fondateur d'une chrétienté naissante chez les Garnutes; mais il est difficile d'accorder ici à ces documents une importance sérieuse. Ce qui paraît plus certain , c'est que trois disciples de saint Pierre, Potentien, Savinien et Altin, mentionnés plus haut, implantèrent la foi dans Chartres, et que Caraunus, vulgairement appelé saint Chéron, contemporain de Sanctin de Meaux, féconda cette semence évangélique et l'arrosa de son sang. Chéron était Romain de naissance et patricien. Il dut sa conversion k une lecture qu'il fit comme par hasard dans les Épîtres de saint Paul. Il distribua aux pauvres son riche patrimoine et entra dans les ordres sacrés. Il quitta Rome avec Denys l'Aréopagite pour venir dans les Gaules; il prêcha dans la vallée du Rhône, où son enseignement et ses miracles amenèrent un grand nombre de personnes à la foi. Chartres, qui tenait le second rang, après Sens, dans la quatrième province lyonnaise, attira son attention. Dieu l'y rendit puissant en œuvres et en paroles; mais, au milieu de ses travaux apostoliques, Chéron regrettait de ne pouvoir gagner la palme du martyre; sa charité lui mérita ce que lui refusaient les persécuteurs. Il s'était mis en route avec quelques-uns de ses disciples pour aller seconder saint Denys dans l'évangélisation des Parisii. Ils étaient à peine à trois lieues de Chartres, lorsqu'ils tombèrent dans une embuscade de voleurs. Chéron conseilla à ses compagnons de songer à leur sûreté, pendant qu'il parlementerait avec le chef des brigands; ceux-ci se saisirent du saint homme; mais, furieux de ne lui trouver ni or ni argent, ils lui tranchèrent la tête. Les disciples sortirent, le soir, de leur cachette et trouvèrent le corps de leur maître étendu sans vie par terre; ils l'emportèrent pour l'ensevelir sur une montagne que Chéron leur avait indiquée de son vivant comme le lieu de sa sépulture. Cette montagne, assez voisine de Chartres, se nomma dans la suite le Mont-Sacré.

Les Cénomans, comme les Carnutes, appartenaient à la Lyonnaise; l'étendue de Windinum ou Vend-dunum, leur capitale, l'élégance et la solidité de ses superhes murailles, son vaste amphithéâtre, ses nombreux aqueducs, ses thermes, sa forteresse d'Alonnes, et les magnifiques villas d'alentour ne le cédaient à aucune autre des cités voisines. Une ville aussi importante avait certainement dû recevoir de bonne heure, avec la foi chrétienne, un premier pasteur. Une tradition immémoriale place, en effet, la mission de saint Julien sous le pontificat de saint Clément; l'Église du Mans l'a reconnue officiellement en 1855; les preuves en ont été administrées dans un ouvrage liturgique par le chanoine Lottin; ce savant démontre que les actes du bienheureux Julien remontent au v ou vi° siècle '.

Suivant certaines croyances locales, Julien serait le même que Simon le Lépreux, qui eut le bonheur de recevoir à sa table le Fils de Dieu fait homme; mais il est plus probable que l'apôtre des Cénomans naquit à Rome, d'une famille patricienne. Il reçut du pape saint Clément, avec le caractère épiscopal, la mission d'évangéliser une partie de la Gaule celtique; il avait pour auxiliaires le prêtre Thuribe et le diacre Pavace, ses futurs successeurs. Il demeura quelque temps dans une petite hôtellerie , à peu de distance d'une des portes principales de Windinum que l'on fermait avec soin à cause du voisinage de l'ennemi. Tandis qu'il épiait l'occasion d'y entrer, les habitants sortirent en grand nombre, parce qu'ils manquaient d'eau. Julien leur prêcha le vrai Dieu; et, pour montrer la vérité de sa parole, il frappa le sol de son bâton pastoral, que le pape saint Clément lui avait remis dans son ordination, selon l'usage des premiers temps comme de nos jours. Une source abondante et limpide jaillit de ce lieu, où l'eau était naturellement rare; elle s'appela Centonowiusou mieux Sancti Nomius, le bienfait du saint; elle coule encore et porte le

1 Ecclesiœ Cenomanensis Officia propria, AppeniVu II, par Lottin, chanoine du Mans. 1855.

nom de Saint-Julien ; elle est décorée d'un bas-relief représentant le nouveau Moïse en habits pontificaux. Un Gaulois honoré par les suffrages de ses concitoyens de la fonction de defensor, qui consistait à veiller à la sûreté du peuple, désira voir le thaumaturge ; il le fit venir dans son palais, situé dans la partie la plus élevée de la ville, à l'endroit où s'élève aujourd'hui la cathédrale. Julien rencontra un aveugle qui demandait l'aumône ; il lui rendit la vue. Ce nouveau prodige impressionna vivement le defensor; il reçut le baptême avec toute sa famille et donna , pour en faire une église, la pièce la plus spacieuse de son palais, appelée basilique, comme dans toutes les demeures des grands chez les Romains. Cette église, d'abord consacrée à la sainte Vierge et à saint Pierre, porta ensuite les noms des martyrs Gervais et Protais, de Milan, et enfin celui de Saint-Julien. Pour réunir en une sainte assemblée les chrétiens, non-seulement pendant leur vie, mais aussi après la mort, Taf ôtre choisit pour leur sépulture un lieu peu éloigné de la ville; il y construisit un oratoire en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul; là s'éleva l'église Notre- Dame-des-Prés.

Deux choses contribuaient surtout à la conversion des Cénomans : la charité des néophytes, qui, à l'exemple de leur père spirituel, donnaient leurs biens ou les vendaient pour secourir les malades, les pauvres, les orphelins, les voyageurs, et l'éclat des miracles qu'opérait l'homme de Dieu. Un des premiers citoyens du Mans, nommé Anastase, ne pouvait se consoler de la mort prématurée de son fils; à la voix de Julien, l'enfant revint à la vie; ses parents, qui pleuraient de joie, le reçurent plein de santé dans leurs bras. Cette résurrection corporelle fut, pour Anastase et toute sa maison, la cause d'une résurrection spirituelle. Julien, non content de prêcher en "ville, entreprit d'évangéliser les campagnes pour y détruire les superstitions sanguinaires que les druides célébraient dans les landes et les folêts, si communes en ces contrées; il étendit ces conquêtes jusque sur le territoire des Arviens, aux bords de l'Erve et de la Vaige; il les poussa même au sein de la tribu des Aulerces Diablintes, qui avaient pour chef-lieu Noiodunum (Jublains), où l'on trouve les ruines d'une forteresse considérable. Chemin faisant, il ressuscita un défunt illustre, nommé Jovinien, qu'un brillant cortège conduisait à sa dernière demeure; puis un riche adolescent, fils d'un païen qui l'avait prié de loger en son domaine de Pruillé-l'Éguillé. Sa simple bénédiction guérissait les infirmes qui se pressaient sur son passage. Les témoins de ces merveilles demandaient à embrasser une religion qui s'annonçait par de tels bienfaits.

L'apôtre des Cénomans n'épargna rien pour répandre les semences de la foi dans toutes les parties de la région confiée à son zèle. A chaque village éclataient de nouveaux miracles, suivis de nombreuses conversions; souvent aussi des persécutions terribles s'élevaient contre lui, lorsque, armé du signe de la croix, il terrassait les idoles tant vénérées. Les vestiges de ses pas subsistent dans les souvenirs des populations qu'il a visitées et sur le sol même qu'il a foulé; auprès de Saint-Julien en Champagne et de Neuvy, on montre encore sur une pierre l'empreinte de son pied. Il retourna ensuite à Rome pour demander la confirmation de son œuvre apostolique au vicaire de Jésus-Christ; il en rapporta, avec d'abondantes bénédictions, de précieuses reliques qui , en fixant la dévotion des idolâtres fraîchement convertis , les détournèrent du culte superstitieux qu'ils rendaient encore aux fontaines, aux bocages et aux rochers. Enfin, épuisé de fatigues, chargé du poids des années, comblé de mérites, il s'associa Thuribe pour coadjuteur et se retira dans la solitude, à une demi-journée de marche de la ville du Mans, sur les bords de la Sarthe, à l'endroit où s'élève aujourd'hui le bourg de Saint-Marceau. Il mourut le 27 janvier 117, laissant quelques épîlres, suivant l'usage des apôlres, et des traités sur Dieu, les anges,

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