‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 67 sur 180 · CHAPITRE \'II · texte numérisé non relu

CHAPITRE \'II

raaine d'Ambianura , avec ses monuments fastueux et sa redoutable forteresse, s'étalait, au midi, sur le haut de la colline peu escarpée que baigne la rivière; en dehors des murs d'enceinte se trouvaient de délicieuses villas, d'opulentes métairies. Tel était l'aspect général de la cité amiénoise à l'époque de l'apostolat de Fjrmin. Ce courageux propagateur de la bonne nouvelle avait été initié à la religion chrétienne par son père le sénateur Firmus, et par sa mère la noble Eugenia, sous la direction d'Honotus, disciple de Saturnin de Toulouse. Dès qu'il fut sacré évêque de Pampelune par Honoré, successeur de ce même saint Saturnin, il parcourut toutes les villes de la Navarre et remporta de grandes victoires sur les Basques idolâtres. Dans l'ardeur de son zèle, il franchit les Pyrénées ; il traversa la Novempopulanie, s'arrêta dms la capitale des Nitiobriges pour y confirmer les fidèles dans la foi avec le prêtre Eustachius, confondit chez les Arvernes deux païens obstinés, Arcadius et Romulus, opéra de nombreuses conversions chez les Andégaves, demeura dans les fers chez les Bellovaques, où les néophytes gémissaient sous la tyrannie du président Valère; puis, délivré de prison à la mort du proconsul Serge, successeur de Valère, il vint établir chez les Ambiani le centre de son apostolat.

Amiens fat le principal théâtre de ses vertus et de ses miracles; mais le renom de sa puissance surnaturelle et le parfum de sa sainte vie se répandirent dans toutes les cités de la Gaule belgique. Longulus et Sebastianus, gouverneurs de la province, vinrent de Trêves, leur résidence, pour le juger. L'homme de Dieu leur parla des mystères de la religion avec une intrépidité si surprenante, qu'on le laissa sortir librement du prétoire; comme il prêchait encore publiquement dans les rues, les agents delà police proconsulaire eurent ordre de le reprendre; ils se hâtèrent de l'emmener, comme un vil criminel, dans un obscur cachot ; le lendemain, au milieu des ténèbres, par crainte d'un soulèvement populaire, ils lui tranchèrent la tête, le 25 septembre 108. Le sénateur Faustinianus et la jeune Attila sa fille, que l'apôtre des Ambiani avait convertis avec toute leur famille, enlevèrent le corps du martyr et l'enterrèrent dans leur domaine nommé Abladène, au lieu où se voit maintenant l'église Saint-Acheul. Vers le milieu du iv° siècle, Firminle Confesseur, suivant l'usage de la primitive Église, fît construire, sous l'invocation de Notre- Dame- des- Marlyrs, un sanctuaire sur le lieu même où son héroïque prédécesseur avait ré- .pandu son sang. En 1613, personne ne savait plus où reposait le fondateur de l'Église d'Amiens, lorsque le bienheureux Salve fit miraculeusement la découverte de son corps; une odeur exquise s'exhala des ossements du martyr; des malades obtinrent la santé par son intercession ; la nature sembla prendre part à ce tiiompbe, elle couvrit les arbres de feuilles et de fleurs, malgré les frimas de l'hiver. Les dons de la piété reconnaissante furent si considérables que le saint évêque en consacra le produit à bâtir une nouvelle église, somptueuse pour le temps, quoique composée presque entièrement de pièces de bois ; il y transféra solennellement les reliques vénérées ».

Tel est le groupe des principaux ouvriers évangéliques associés aux travaux et à la gloire de saint Denys l'Aréopagite, leur chef et leur guide. Le Actes et les paroles de ces vénérables introducteurs du christianisme dans les Gaules ne sauraient prétendre à une certitude incontestée : à mesure qu'on entre dans les détails de leur vie, la dilficulté de tracer la ligne de démarcation entre l'histoire et la légende devient de plus en plus insurmontable; après tout, la vraie histoire, celle qui peint les per-

1 Histoire de saint Firmin, martyr, premier évêque d'Amiens , patron de la xY«i;n)'rc, par Charles Salmrjn ; 1800. — Mémoires de Ui société des anti(.[u;iire3 de Picardie : Clôtures du chœur d'Amien par les abbés Jourdain et Duval ; tome IX.

sonnes et les choses, qui modifie les sentiments et les opinions, qui forme les caractères et les mœurs , ne se compose pas seulement avec des faits et des dates, mais avec les idées qui remplissaient l'esprit et les impressions qui dominaient l'âme des contemporains. Ceux-ci , dans leurs récits plus ou moins véridiques, ont traduit euxmêmes en anecdotes et en tableaux l'admiration, la reconnaissance et l'amour qui les enflammaient pour des êtres qu'ils vénéraient comme les héros du christianisme naissant, pour des créatures d'élite dont les exemples et les bienfaits survivaient aux ravages des vicissitudes humaines. Il a donc fallu se résigner à être poursuivi par cette confusion dans toutes les biographies de ces augustes fondateurs des principales Églises gallo-rcmaines, destinées bien plutôt à peindre les croyances et les passions, les vertus et les vices du premier âge chrétien de la France qu'à rapporter, dans leur suite méthodique ou chronologique, des événements d'une authenticité plus ou moins avérée.

Toutefois rien ne saurait ébranler les traditions constantes et universelles de ces Églises d'origine apostolique : elles se soutiennent toutes ensemble et s'arc-boutent comme les solides contre-forts qu'on remarque autour des vieilles cathédrales gothiques; aussi à Dieu ne plaise que, sur les arguments faibles et ruineux d'une science attardée, on donne le démenti aux textes et aux monuments relatifs à Tapostolicité des principales Églises gallo-romaines! A Dieu ne plaise qu'on suppose dans le vicaire de Jésus-Christ tant d'indi S'a renée pour les grandes peuplades d'au delà des Alpes, reliées de mille façons à la métropole de l'empire, qu'il ait négligé de faire pour elles ce qu'il faisait pour des régions infiniment civilisées et moins accessibles! A Dieu ne plaise enfin que, rejetant des titres d'antiquité que Rome ellemême a reconnus, le patriotisme français se glorifie, comme d'une conquête nationale, de l'opinion téméraire qui n'amène au divin bercail la plupart des provinces transalpines que plusieurs siècles après les peuples de l'Afrique et des Indes! Mieux vaut redire avec Bossuet, dont l'érudition égalait l'éloquence : « A la suite de Rome, et par elle, tout l'Occident est venu à Jésus-Christ, et nous y sommes venus les premiers. » Dans le même discours, ce grand génie, à qui toutes les manières de l'aigle allaient si bien, s'écriait : « C'est vous, Seigneur, qui excitâtes saint Pierre et ses successeurs à nous envoyer, dès les premiers temps, les évêques qui ont fondé nos Églises.

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