‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 71 sur 180 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

d'Adrien, montre que la métropole des Gaules avait eu particulièrement à se louer du souverain à qui le séaat décerna le surnom de Pieux.

L'Évangile, que Pothin et ses auxiliaires venaient annoncer à Lugdunum, n'était pas inconnu dans cette ville; sans parler de rinfhience chrétienne qu'y exerçait le voisinage de l'Église viennoise, le commerce, l'admiûistralion, le passage et le séjour des légionnaires, une foule de causes contribuaient à une propagation lente et insensible de la bonne nouvelle sur les bords du Rhône et de la Sd^ne ; nul doute que la religion du Christ ne comptât quelques adeptes parmi cette population fixe ou flottante du conflaent; sur ces mêmes barques qui apportaient aux foires célèbres de Lugdunura les riches produits de l'Orient, la vérité lui arrivait de Home, de Corinthe, de Smyrne, d'Alexandrie, de Carthage, avec des marchands romains, grecs, asiatiques, égyptiens, maures et autres. Donc, à son arrivée, le chef de la colonie chrétienne savait à quelle porte frapper, pour rencontrer des visages amis dans le Christ. Pour ces brebis sans pasteur, ce fut un beau jour que celui où il leur fut donné d'accueillir le père tant désiré, de lui souhaiter la bienvenue, de verser l'eau sur ses pieds poudreux, de recevoir de ses lèvres bénies le salut de paix.

Pothin et ses collaborateurs s'établirent dans un quartier peu habité, peu fréquenté, exempt de la juridiction municipale, sur la rive gauche de la Saône , en face de la colline où la ville était assise, assez loin du temple d'Auguste, également à portée des trois groupes de population qui composaient l'agrégation lugdunaise. Ils convertirent en oratoire une des maisons éparses entre les deux rivières, celle-là peut-être où Pothin avait déposé le bâton de voyage, où ses compagnons avaient reçu la première hospitalité, à l'endroit occupé aujourd'hui par l'église Saint-Nizier. Ils la consacrèrent à la sainte Vierge ; ce fut le berceau de cette dévotion à Marie qui devait jeter de si profondes racines en ces lieux, faire une des principales gloires de l'Église de Lyon.

Les deux langues parlées à Lugdunum dispensaient Pothin et ses auxiliaires de rétude ingrate à laquelle sont condamnés les missionnaires qui, de nos jours, vont porter l'Évangile sur les plages lointaines : maîtres du grec, leur langue maternelle ; familiers avec le latin, qu'ils avaient appris par l'étude et l'usage, ils pouvaient, dès leur arrivée, se mettre en communication de pensées avec les habitants de la ville et sa population flottante; ils se faisaient entendre dans les ateliers, après les heures de travail, parmi les bateliers des bords du Rhône et de la Saône, dans les salles où poètes et orateurs venaient mendier les applaudissements pour leurs vers creux ou leurs déclamations puériles, partout enfin où ils espéraient trouver des gens disposés à les écouter.

Le nombre toujours croissant des fidèles rendit bientôt insuiïïsant l'oratoire des bords de la Saône. Au midi de Lugdunum, sur le prolongement de la colline, non loin d'un lieu consacré aux sépultures romaines, une grotte, ou une excavation naturelle, s'ouvrait dans les flancs du rocher. Pothin la transforma en chapelle; par sa proximité de la ville, elle offrait de grands avantages au ministère des prêtres et des diacres, ainsi qu'à la piété des néophytes qui habitaient sur la hauteur. Il n'était pas, il est vrai, sans danger de se réunir dans le voisinage de Lugdunum, à quelques pas d'une voie romaine; mais d'abord les chrétiens se trouvaient protégés par le respect dont les païens entouraient les tombeaux; d'ailleurs, pour plus de sûreté la grotte fut prolongée sous terre; on y creusa un puits, dont les eaux devaient servir à conférer le baptême; elle fut placée sous le vocable de saint Jean l'Évaiigéliste, comme pour témoigner de la glorieuse filiation qui rattachait 1 Église de Lyon au disciple bien-aimé.

Pour éclairer de quelques rayons ces obscurs et laborieux commencements de la

prédication évaDgéliqiie à Lugdunum , un savant jésuite a esquissé d'une manière saisissante la vie intime des Églises fondées par les premiers apôtres de la Gaule, leurs principaux rites, leurs institutions, leur organisme; pour cela, il a suivi pas à pas un néophyte dans la voie que le païen converti avait à parcourir avant d'arriver à la perfection du chrétien ».

Le premier pas que faisaient les prosélytes était d'aller, sous la conduite d'un diacre ou d'un simple fidèle, solliciter du bienheureux Pothin la faveur d'être agrégés à la religion du Christ. Ces hommes, dont l'esprit avait été imprégné de monstrueuses erretirs, dont l'existence s'était tramée dans les souillures de toutes les passions, ces hommes ne devaient pas arriver, sans transition aucune, des plus épaisses ténèbres aux clartés les plus vives, passer de plain-pied d'un culte qui déifiait tous les vices au christianisme qui les condamnait tous; il était prudent de prendre des gages de leur fidélité, de les acheminer graduellement à la plénitude de l'initiation sacramentelle et doctrinale. L'évêque de Lugdunum leur donnait le temps et les moyens de se préparer, par une sorte de noviciat, à la grâce que réclamaient ces aspirants an baplèrae; c'est à quoi répondait le catéchuménat, véritable introduction à la vie chrétienne. Avant tout, il fallait, s'il y avait lieu, régulariser les rapports matrimoniaux; faire renoncer aux positions, aux industries, incompatibles avec la morale de TÉvangile; fixer au chef de famille les limites de l'exercice de son autorité; recommander aux maîtres la douceur envers leurs esclaves, aux esclaves la soumission envers leurs maîtres. Les rapports sociaux une fois régularisés, le bienheureux Pothin ouvrait aux postulants les portes du catéchuménat, en leur imposant les mains et faisant sur eux le signe de la croix. Dès ce jour, les nouveaux prosélytes, inscrits sur l'album des catéchumènes, avaient libre entrée dans l'oratoire des fîJè'es, étaient admis à entendre la lecture de l'Écriture sainte et les homélies de l'évêque. Confiés aux diacres pour recevoir les prémices de l'instruction religieuse, les catéchumènes commençaient à apprendre de leur bouche la doctrine de l'Église; en attendant qu'ils fussent déclarés capables du baptême, les jeûnes, les prières multipliées, tout un ensemble de pieux exercices formait la préparation prochaine au sacrement de la régénération spirituelle. Jusque-là, les catéchumènes avaient été retenus comme sur le seuil de la vérité, dans une demi-lumière, dans une pénombre ; à la veille de recevoir le baptême, ils étaient introduits dans le sanctuaire de la doctrine; pour eux, plus de secrets : avec le symbole entier, on leur confiait les formules de toutes les prières, la clef de tous les dogmes, la signification de toutes les cérémonies.

A cette époque, les fontaines, les rivières, la mer même, servaient de baptistères; placé qu'il était dans une presqu'île coupée de canaux naturels, le bienheureux Pothin avait à sa portée toute l'eau nécessaire aux immersions sacramentelles; il pouvait conférer le baptême au bord de ces courants, ou bien dans quelque anse retirée du Rhône ou de la Saône. Il ne l'administrait d'une manière solennelle qu'à Pâques et à la Pentecôte : à l'impression produite par le bain sacré c'était ajouter les touchants souvenirs éveillés par ces grandes fêtes. La veille, pendant la nuit sainte que les chrétiens passaient dans l'église, les candidats au baptême étaient introduits dans l'assemblée des fidèles par un diacre, et présentés par lui à l'évêque; sur la demande qui leur en était faite, ils renonçaient solennellement à Satan, à ses anges, à ses pompes. Les cérémonies préliminaires terminées, le pontife, assisté des diacres pour les hommes, des diaconesses pour les femmes, immergeait trois fois dans l'eau les catéchumènes, les baptisant au nom des trois personnes divines.

■ 1 Saint Pothin et -ses compagnons martyrs, par le P. André Gouilloud. loco cilato.

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