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CHAPITRE VIII

cœurs, on chantait le psaume Benedicam Dominum inomni tempore, cantique de .reconnaissance qui rappelait l'hymne d'action de grâces adressé par Jésus à son Père après la Cène. Ensuite les fidèles inclinaient la tête sous la bénédiction pontificale avant de se séparer ; que si quelqu'un des frères n'avait pu assister à la célébration du sacrifice eucharistique, il n'était point frustré de la participation au corps et au sang du divin Crucifié; un diacre allait visiter les malades, les infirmes et les vieillards; il portait à chacun sa part du pain des anges.

Conformément à la discipline de leurs temps , les premiers évêques de la Gaule offraient le sacrifice avec solennité trois fois la semaine, les dimanches, les mercredis et les vendredis. Les jours ordinaires, ils réunissaient deux fois leurs ouailles, avant le lever de l'aurore, afin de rendre grâces au Seigneur de nous avoir rendu sa vivifiante lumière; et après le coucher du soleil, afin de remercier Dieu de nous donner la nuit pour nous reposer des travaux de la journée. De plus, le cycle de l'année ramenant périodiquement les fêtes chrétiennes avec leurs douces joies ou leurs saintes tristesses , les fidèles se préparaient à ces grands anniversaires de la vie de Jésus-Christ par des abstinences, des jeûnes, des veilles passées à l'église à prier, à chanter, à entendre des explications instructives et édifiantes de la sainte Écriture. La nuit tout entière paraissait bien courte à leur piété de longue haleine! Comment s'en étonner? Ces chrétiens des premiers âges trouvaient dans l'enceinte sacrée l'intérêt des plus attendrissants spectacles, le charme des plus douces consolations.

La charité, avec ses inventions admirables et ses divines industries, étendait les bienfaits de cette société des âmes à tous les besoins de la vie physique comme à ceux de la vie spirituelle; or rien ne traduisait mieux l'esprit chrétien, dans ses manifestations extérieures, que l'agape, ce repas fraternel dont les offrandes volontaires faisaient tous les frais. Grâce à ce banquet amical, les néophytes et les fidèles qui s'étaient rencontrés le matin à la table sainte, se retrouvaient le soir au repas de la fraternité chrétienne. Là , contrairement à la coutume païenne , tous les sexes et toutes les conditions s'accoudaient à la même table; nul n'en était exclu, ni pauvre, ni esclave, ni femme, ni vieillard. Tous les rangs s'effaçaient devant la dignité commune d'enfants de Dieu. Les membres de la hiérarchie ecclésiastique avaient seuls une place réservée. Le pontife présidait à la réunion comme un père à un banquet de famille. Les diacres étaient chargés de tous les détails du service. Tous les convives pouvaient alors se voir à l'aise, converser avec une cordiale familiarité, se donner des marques d'une affection réciproque; c'est dire assez que l'agape étiait assaisonnée de propos édifiants, embellie par les épanchements d'une sainte joie, embaumée de la bonne odeur de Jésus-Christ Quelle différence entre ces banquets fraternels et les repas somptueux où se donnaient rendez-vous, du côté des païens, des membres des associations ouvrières, ceux des corps politiques ou munipaux : festins ofiiciels où le cœur n'était pour rien, où fout était disposé pour flatter la délicatesse du goût; festins égayés par la licence et l'obscénité des propos, couronnés trop souvent par les excès de l'orgie et les désordres de la débauche.

Au sortir de l'agape, les fidèles rentraient dans le courant de la vie civile et domestique; ils se trouvaient ressaisis par les inégalités de leur position sociale; mais ils s'étaient retrempés au pied du saint autel, au contact de leurs frères; ils avaient fait provision de force contre les humiliations passagères et lés peines transitoires inhérentes à leur état; vivant d'une vie supérieure à ces accidents humains, leur âme avait pour s'épanouir le domaine sacré de la conscience, la société spirituelle à laquelle ils appartenaient, l'immortelle patrie dont ils prenaient, par l'espérance, une possession anticipée; ensuite ils savaient qu'ils pDuvaient compter, au besoin j

sur l'assistance matérielle de leurs frères. Pour la société chrétienne, en effet, ce n'était pas assez de distribuer la nourriture de l'âme à tous ses membres, elle dispensait encore le pain du corps à ceux qui étaient impuissants à se le procurer : à l'io-verse de la société païenne, l'Église réservait son amour le plus tendre, ses soins les plus empressés aux pauvres, aux orphelins, aux veuves, aux vieillards, à tous les délaissés de ce monde. Les malheureux, elle en faisait ses favoris, ses enfants de prédilection; par égard pour la pudeur de la misère, son exquise délicatesse épargnait aux nécessiteux la honte de tendre la main; elle se chargeait de solliciter les riches en faveur de leurs frères indigents.

Chaque dimanche, après l'assemblée solennelle, une collecte avait lieu; les assistants , sans autre pression que celle de la charité , ne consultaient que leur cœur et l'étendue de leurs ressources. Chacun donnait librement, s'il voulait, quand il voulait, ce qu'il voulait; rien ne sentait l'imposition forcée, la levée d'un tribut; tout était de libéralité pure, de contribution volontaire; tout émanait de l'amour de Dieu et de la commisération envers le prochain. Ces aumônes spontanées alimentaient la caisse de la communauté chrétienne; elles constituaient une sorte de budget, de trésor caché, dont l'administration appartenait à l'évêque : père spirituel de son Église, il connaissait tous ses enfants; à lui de venir en aide aux pauvres avec les deniers qui lui étaient confiés par le désintéressement des riches; ordinairement il se servait de l'intermédiaire des diacres pour visiter les membres souffrants de Jésus- Christ et soulager leurs misères. Leur ministère embrassait tout le département des malheureux; ils distribuaient des secours sur le seuil de l'église, et aussi les portaient à domicile. Toutefois, si l'un des frères était réduit à une extrême détresse, frappé de quelque coup terrible , l'évêque se réservait de porter lui-même les subventions extraordinaires aux besoins exceptionnels, les grandes consolations aux grandes infortunes.

Les diaconesses s'acquittaient auprès des femmes des fonctions remplies par les diacres auprès des hommes : veiller, darant les offices liturgiques, à l'ordre parmi les femmes; leur transmettre à domicile les ordonnances de l'évêque; visiter les malades de leur sexe; dans le cas, de pauvreté, leur donner les secours que réclamait leur position ; assister l'évêque pour le baptême des femmes; les préparer à ce sacrement par l'enseignement élémentaire de la doctrine chrétienne. Ces différentes attributions, pour ne citer que les principales, démontrent l'importance du rôle des diaconesses au temps de la primitive Église; aussi n'était-ce pas trop de la viduité, de la gravité de l'âge, d'une vie à l'abri de tout reproche, pour être élevé à cette dignité. 11 n'est pas probable que les diaconesses fussent venues avec les premiers missionnaires de la Gaule; ceux-ci durent faire choix, parmi les chrétiennes gallo-romaines, de veuves capables de ce précieux ministère, puis les consacrer par la prière et l'imposition des mains.

A côté des diaconesses se rangeaient les vierges chrétiennes. La prédication de l'Évangile avait fait naître l'amour de la virginité en Occident comme en Orient; sous l'iLflaence du culte de Marie que propagèrent, en érigeant des chapelles en son honneur, les introducteurs de la foi dans les Gaules, on vit éclore les fleurs de cette vertu; nul doute que la virginité, une des plus étonnantes merveilles du christianisme, n'embaumât de ses parfums le berceau des Églises d'en deçà des Alpes. Au milieu de cette société pa'ienne d'où la pudeur avait été bannie, quel magnifique spectacle présentaient des jeunes filles qui renonçaient volontairement aux joies du mariage, vivaient comme des anges dans un corps mortel, consacraient tous leurs instants à la prière, aux exercices de la pénitence et delà charité! Qnelle différence entre leurs habitudes de modestie et de chasteté, voile principal des épouses du

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