‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 86 sur 180 · CHAPITRE IX 20S · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX 20S

biade se readit à cet avis , et se mit à user indifféremment de toute sorte de nourriture, rendant grâces à Dieu de ses dons. Ainsi la grâce divine n'abandonnait pas les martyrs ; le Saint-Esprit lui-même était leur conseiller. »

Il n'est pas étonnant que les fidèles de Lugdunum aient conçu quelque ombrage sur l'ortbodoxie d'Alcibiade, préoccupés comme ils étaient des rigueurs outrées du montanisrae qui troublaient les Églises d'Asie et de Phrygie. Les lettres venues d'Asie ne se bornaient pas à informer la chrétienté lugdunaise des ravages causés en Orient par les montanistes. Ceux qui les écrivirent, évêques, ou fidèles sous l'iospiration des premiers pasteurs, sollicitèrent une réponse doctrinale destinée à la publicité; grâce au respect que l'on portait aux témoins du Christ, leur avis contribuerait à désillusionner ceux qui avaient été dupes du montanisme, qui se produisait comme une exagération maladive des principes et des pratiques de l'Église, Les martyrs devienne et de Lyon se formèrent donc comme en conseil sous les voûtes de la prison. Là, le Saint-Esprit invoqué, l'enseignement monlaciste confronté avec les divines Écritures, ils déclarèrent condamnable la doctrine de Montan. D'après Eusèbe, leur délibération ne fut envoyée à Rome et en Asie qu'après l'immolation des martyrs , avec l'adhésion formelle des prêtres de Vienne et de Lyon.

Ce fut sans doute sous Tiniluence de son puissant entourage que Marc-Aurèle répondit au gouverneur de la Lugdunaise ; bien que cette réponse accuse autant de faiblesse que de cruauté , elle n'en constitue pas moins un acte qui charge la mémoire de ce prince , elle lui imprime au front une large tache de saug; à ce titre, elle entre nécessairement au dossier que doit parcourir l'historien , avant de porter un jugement sur le fils adoptif d'Antonin le Pieux. « César, dit la lettre, répondit qu'il fallait mettre à mort ceux qui persisteraient dans leur confession, et relâcher ceux qui renieraient leur foi. On était au commencement d'une réunion solennelle qui attire de tous les pays un grand concours d'étrangers. Le président traduisit les samts à son tribunal, pour les donner en spectacle à la multitude. Il leur fit subir un interrogatoire. Après quoi , tous ceux qui furent trouvés ayant droit de cité eurent la tête tranchée ; quant aux autres, ils furent livrés aux bêtes. »

Ainsi, par une coïncidence fortuite, la réponse de Marc-Aurèle était rendue au président à la veille des fêtes d'Auguste. De leur prison , les confesseurs y applaudirent par une joie reconnaissante envers le Dieu qui les appelait à lui par la voie triomphale du martyre. Le jour des calendes d'août, premier jour des solennités augustales, s'était levé radieux. Les quatres routes ouvertes par xVgrippa, les voies fluviales du Rhône et de la Saône avaient versé dans la métropole dts Gaules des Ilots de Gallo- Roraains; des Lingons et des Morins, des Pictons et des Arvernes , s'y rencontraient avec des Édues et des Séquanes, avec des Ségusiaves et des Tolosates, avec des Ligors et des Arécomiques; les uns, c'étaient les notables des cités, se rendaient à l'assemblée politique du confluent pour y conférer sur les intérêts généraux de la Gaule ; d'autres profitaient de cet immense concours pour les affaires de leur commerce; un petit nombre était mû par un sentiment religieux ; tous se promettaient de prendre part aux réjouissances publiques. Le président prit place sur son tribunal, entouré de ses officiers. Les confesseurs demeurés fidèles, ainsi que les tombés, furent introduits dans l'enceinte réservée. Comme toujours , leur arrivée fut accueillie par un torrent d'imprécations et d'injures qui se perdaient au milieu de la clameur universelle. Les assises s'ouvrirent par l'interrogatoire des apostats.

«Le Christ, dit la lettre, fut glorifié d'une manière éclatante, lorsque ceux qui avaient d'abord renié son nom vinrent, à la grande surprise des païens, à le confesser de nouveau. On les interrogeait à part pour les mettre immédiatement en liberté; mais, ayant rendu témoignage au Christ, ils furent rangés au nombre des

martyrs. Ils demeurèrent hors du sein de l'Église, ceux qui ne surent garder ni trace de la foi, ni respect pour la robe nuptiale, ni sentiment de crainte envers Dieu. Enfants de perdition, ils déshonorèrent la religion par leur Impiété; tous les autres furent réunis à l'Église. Pendant qu'on interrogeait les martyrs, un chrétien nommé Alexandre se tenait près du tribunal ; c'était un médecin , Phrygien de naissance , fixé dans les Gaules depuis nombre d'années, connu de tous par son amour pour Dieu et l'intrépidité de son zèle à prêcher la vérité, car il avait reçu du Ciel communication de l'esprit apostolique. Pendant Tinterrogatoire, il encourageait par signes les confesseurs à tenir ferme; à ses gestes, pleinement aperçus de ceux qui entouraient le tribunal, on eût dit une femme dans les douleurs de l'enfdntement. La multitude, furieuse de voir ceux qui avaient renié la foi la conftsser de nouveau, poussa des cris de rage contre Alexandre, l'accusant d'être l'auteur de ce changement. A ces cris, le gouverneur, s'adressant à Alexandre, lui demanda ce qu'il était; celui-ci répondit qu'il était chrétien ; le juge, irrité, le condamna aux bêtes. »

On se rendrait difficilemeot compte de l'intlaence exercée par Alexandre, si l'on n'avait une idée de la position faite chez les Gillo- Romains à l'enseignement et à l'exercice de l'art médical. Antonin le Pieux dispensa les philosophes, les rhéteurs, les grammairiens et les médecins des fonctions municipales, des tutelles, du service militaire, et de plusieurs autres charges tant civiles que politiques. Sous Marc-Aurèle, l'anatomiste Galien remplissait l'empire de tout l'éclat de sa renommée; cependant la médecine n'avait réalisé encore aucun progrès sérieux : la cause en était, d'abord à l'état d'enfance où se trouvaient les sciences naturelles, ensuite aux obstacles créés à la dissection du corps humain par le respect dont les anciens entouraient les morts. Les citoyens opulents, attachés plus que tous les autres à la vie, surtout pour la somme de jouissances qu'elle pouvait donner, se procuraient un esclave expert en médecine. Comme de raison, cet Hippocrate domestique occupait une des premières places parmi ses compagnons d'esclavage; il était prisé, choyé autant et plus que le poète, le mnsitien, le secrétaire, et tous les autres qui entraient dans la famille pour embellir l'existence du chef ou charmer ses loisirs. Au prix élevé où ils se vendaient, C8S praticiens de condition servile ne pouvaient être acquis par tout le monde ; mais des médecins de condition libre mettaient leur expérience au service du pubhc ; ils pratiquaient leur art sans autre recommandation que leur habileté personnelle. Les sujets sortis des écoles de Marseille et d'Alexandrie, comme ceux de la Grèce et de Rome, étaient en grande estime. Les cités importantes demandaient à ces écoles des docteurs en médecine. Les médecins orientaux n'attendaient pas toujours un appel de ce genre pour aller chercher fortune au loin ; ils quittaient spontanément les rivages de l'Egypte ou de l'Asie , et allaient se fixer dans les régions occidentales, où leur origine seule ne contribuait pas peu à leur attirer une riche et nombreuse clientèle. Comme beaucoup d'autres, Alexandre avait abandonné sa patrie pour les Gaules; il s'était arrêté à Lugdunum, où il fut probablement un de ces chrétiens zélés-qui reçurent le bienheureux Pothin à l'arrivée de la colonie asiatique sur les bords du Rhône et de la Saône. Dtns l'exercice de son art, il ne se préoccupait pas moins des intérêts de l'âme que de la santé physique de ses clients; par lui, la vérité pouvait trouver accès dans les maisons, circuler librement dans les familles païennes ; sans doute plus d'un adorateur des idoles, prédisposé par la reconnaissance, ouvrit les yeux à la luihière, après avoir été guéri par ses soins ; et puis, combien d'enfants en danger de mort furent par lui baptisés et envoyés au ciel I Tel était le médecin Alexandre, qui descendit dans l'arène avec Attale de Pergame.

a Le président, voulant être agréable au peuple, avait condamné Attale pour la seconde fois aux bêtts. Ces deux athlètes soutinrent im grand combat; ils parcouru-

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