‹ Les premiers ap^otres des GaulesChapitre 90 sur 180 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

clarer chrétien. Priscus donna Tordre de le lier aux branches d'un arbre violemment rapprochées l'une de l'autre. Ces branches, en se retirant brusquement, devaient déchirer son corps; mais, soit que tout se fût borné à une simple menace, soit que le supplice n'eût pas été poussé jusqu'au bout, le magistrat disposa tout pour produire le courageux confesseur au milieu des habitants de Cabillonum; on le conduisit successivement devant la statue de Saturne, puis devant celle du Soleil; la première se dressait sur la rive droite de la Siône; la seconde, sur la rive gauche. Marcel, sommé d'offrir de l'encens à ces idoles, répondit par un refus énergique. Priscus, furieux de cette résistance, ordonna de traîner le martyr à deux milles de la cité, sur la route militaire de Vesuntio, aujourd'hui Besançon, jusqu'à un édicule consacré à Jupiter Ammon. Marcel, pressé de sacriûer à ce dieu, refusa de nouveau d'offrir à de vains simulacres des adorations qu'il réservait au Dieu véritab'e. Alors, par un raffinement de cruauté, le gouverneur de Châlon fît enterrer le saint jusqu'à la ceinture, afin que la sépulture, qui procure le repos aux morts, devînt un supplice pour Marcel inhumé tout vivant.

Les fidèles placèrent ses reliques dans une chapelle élevée sur le lieu même où Marcel avait consommé son sacrifice, le 4 septembre 178. Contran, roi de Bourgogne, transforma l'humble oratoire en une splendide basilique; il y adjoignit un monastère qu'il dota avec magnificence; il voulut que sa dépouille mortelle reposât à Tombre de ce cloître, dans la maison de prière, monument de sa piété. Ce monastère de Saint-Marcel, possédé par des chanoines réguliers du viii'^ au x" siècle, reçut une colonie de Gluny, et fut réduit à n'être plus qu'un simple prieuré. C'est là que le fameux Abélard passa les derniers jours de son existence si tourmentée.' Pierre le Vénérable, qui l'avait accueilli à Cluny avec une indulgente charité, fit exhumer son corps pendant la nuit et l'envoya au Paraclet.

Pendant que Marcel remontait la rive gauche de la Saône, Valérien s'avançait parallèlement sur l'autre bord; il suivait la voie romaine qui conduisait à Augustodu- 7mm, aujourd'hui Autun. Il semait sur ses pas la semence de l'Évangile. Il résolut de s'arrêter à Trinorchium , aujourd'hui Tournus, dans l'espoir de gagner à Jésus- Christ les habitants de ce castrum; il ne fut pas trompé dans ses espérances; la maison où il s'était installé était déjà fréquentée par de nombreux fidèles, lorsque Priscus, qui se rendait à Lyon, fit une halte à Tournus, station de la voie romaine. Les païens aussitôt de dénoncer Valérien au gouverneur de Châlon. Celui-ci avait quelque intérêt à rivaliser de cruauté avec les magistrats de la cité de Plancus; une extrême rigueur déployée contre les chrétiens pouvait lui être une recommandation auprès du président de la Lugdunaise. Il ordonna à Valérien de sacrifier aux divinités de l'empire, sous peine de subir des supplices plus terribles encore que ceux qui avaient été infligés à Marcel. Ces menaces n'intimidèrent point l'héroïque confesseur. Alors, prenant l'air et la férocité d'une bête fauve, Priscus enjoignit d'étendre Valérien sur le chevalet et de le déchirer avec les ongles de fer. Les bourreaux épuisèrent leurs forces sur ce corps sanglant, torturé, sans que l'invincible martyr cessât de louer Dieu. Le cruel magistrat, vaincu par tant de constance, ordonna de l'égorger avec le glaive le 15 septembre 178. Au temps de Grégoire de Tours, l'église élevée sur le tombeau du bienheureux Valérien était desservie par un prêtre séculier. On y bâtit depuis un monastère que Charles le Chauve donna aux rehgieux de Nermoulier, chassés de leur île par les Normands; les fugitifs déposèrent dans l'église le corps de saint Philibert, leur fondateur, relique qu'ils avaient emportée comme leur plus cher trésor. Vers le commencement du xi" siècle, un incendie dévora l'église et le monastère; on construisit une abbaye nouvelle sur des

dimensions et avec une splendeur qu'on retrouve encore dans l'église paroissiale de Tournus '.

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