CHAPITRE XI 22S
Maçonnais; on ajoute que la principale église de Mâcon fut élevée par Tbyrse, sous l'invocation de saint Barthélémy, le premier apôtre des Indes. Ils étendirent leurs courses évangéliques jusqu'auprès d'Alesia, capitale des Mandubiens. Ils furent reçus à-Sedelocus, aujourd'hui Saulieu, par Félix, riche marchand conveiti, qui possédait de vastes domaines dans cette localité, où l'on a découvert un temple du Soleil. Un des officiers du gouverneur de la province étant venu loger dans la somptueuse habitation de Félix, y trouva Andoche et Thyrse qui y faisaient leurs instructions. 11 alla les dénoncer à son maitre, qui donna ordre de les arrêter. Félix, chréiien fervent qui distribuait aux pauvres les bénéfices de son négoce, voulut partager les dangers et le triomphe de ses hôtes. Ils furent tous trois conduits au prétoire. Le président leur demanda pourquoi ils décriaient le culte des dieux pour faire adorer un homme qui avait été crucifié pour ses crimes. Andoche répondit avec une sainte hardiesse ; il montra l'impiété des païens, qui ravissaient les honneurs dus au vrai Dieu pour les prostituer à des idoles insensibles et inanimées. Il parla ensuite avec tant de conviction du mystère de l'Incarnation et delà divinité de Jésus-Christ que tous les assistants étaient dans l'admiration.
Le président, frémissant de rage, les fît jeter dans un horrible cachot k coups de pieds et à coups de poings. Le lendemain, les tourmenteurs les ramenèrent au prétoire. Le juge leur offrit de deux choses l'une : ou de renoncer à leur Cruciûé pour adorer les dieux, ou d'éprouver la rigueur des plus cruelles tortures. Les généreux martyrs se moquèrent de ses menaces et prêchèrent Jésus-Christ avec encore plus de ferveur. Ils furent battus de verges, puis suspendus, toute une journée, par les maiûs à des ormes avec de grosses pierres aux pieds. Leurs corps restèrent intacts, comme s'ils n'avaient reçu aucune atteinte. « Reconnais, misérable, dirent-ils au président, reconnais quêtes supplices sont pour nous des rafraîchissements; accablés de fouets, nous n'avons pas renié l'auteur de la lumière; pendus, nous n'avons pas cessé de confesser le Christ; nous voici debout et sans blessures, parce que notre Dieu, que tu nies, a prorais de protéger toujours ses serviteurs. » A ces mots, on leur lia les mains et les pieds, et le juge donna ordre de les précipiter dans les flammes; le feu, malgré toute sa violence, ne les brûla point; il ne fit que rompre leurs liens. Libres et pleins de foi, ils chantaient au milieu du brasier. « Reconoaisnous, misérable, s'écrièrent-ils de nouveau devant le président; vois combien est grande la vertu du Christ ; crois en lui, et tu ne redouteras pas l'inéluctable jour du châtiment; car autant 1 homme est pécheur, autant la divine miséricorde est riche pour lui pardonner. » Aussitôt on les assomma tous les trois avec des barres de fer, le 2-4 septembre 180.
Leurs corps, enlevés par les soins du décurion Faustus, furent ensevehs, près de la place de leur martyre, dans une crypte où s'assemblèrent secrètement les premiers chrétiens de Saulieu. Ce sanctuaire souterrain, transformé plus tard en une grande abbaye, fat visité par sainte Clotilde, par saint Germain, par saint Colomban; il fut ruiné par les Sarrasins, dépouillé de ses biens par Charles Martel ; mais, rétabli par Charlemagne, ce monastère l'honora comme son fondateur, et termina en sa mémoire le ciocber de son église en forme de couronne impériale. Il ne reste plus qu'un débris du cloître. Dans l'église Saint- Andoche, consacrée en 1119 par le pape Calixte II, existent encore des cryptes où étaient les tombeaux des trois martyrs'.
Dd la forteresse de Dijon, qu'il s'appliquait à changer, dit la légende, en une bergerie de Jésus-Christ, le bienheureux Bénigne considérait avec une sainte fierté la
1 Les Petits Bollandistes , ou Vies des saints, par l'abbé Guérin, tome IX.
grandeur, rélévation des sentiments, l'héroïsme de ses disciples; comme eux, il s'efforçait d'arracher les populations éduennes aux hontes et aux ténèbres de l'idolâtrie pour les appeler à la pureté de la morale évangélique, aux clartés de la lumière répandue sur le monde par le divin soleil de justice. La noble Pascasia, sa fille spirituelle et sa vertueuse coopératrice, le secondait puissamment dans son œuvre apostolique; elle usait de toute l'influence que lui donnait sa position sociale pour extirper du cœur des néophytes les derniers vestiges de l'erreur païenne; l'exemple de ses vertus était d'ailleurs la plus efficace des prédications. C'était surtout par son invincible douceur, par sa piété pour tous les genres d'infortunes, par son inépuisable miséricorde, qu'elle gagnait les âmes à l'Époux immortel; elle-même avait juré de n'appartenir qu'à lui; elle garda ce serment au prix de sa vie; elle mourut vierge et martyre, le 9 janvier 178. Une éghse fut consacrée sous son invocation à Dijon, non loin du tombeau de saint Bénigne.
Vers la même époque, Marc-Aurèle avait quitté Rome à plusieurs reprises pour réprimer les perpétuels soulèvements des Quades, des Marcomans, des Gauques, des Cattes et de beaucoup d'autres hordes barbares; de graves historiens attestent que ces incursions et ces révoltes avaient pour théâtre le pays des Séquanes et celui des Helvètes. Si donc Marc-Aurèle a parcouru ces deux territoires, il a dû traverser la Bourgogne et visiter les villes les plus importantes de cette province, telles que Besançon, Langres, Dijon, Sens, Autun. Bien plus, Jules Capitolin, tout à fait explicite, signale la Séquanaise comme le foyer principal des troubles. La science archéologique achève de démontrer péremptoirement l'authenticité du voyage de Marc- Aurèle dans les Gaules. Sans parler de Genève, qui le reconnaît pour son restaurateur, ni de la Suisse, où abondent des inscriptions qui rappellent son nom, une tradition rapporte au passage do Marc-Aurèle par Besançon le beau canal d'Arcier ; elle est d'autant plus fondée, qu'au point extrême où il aboutit du côté des Arènes, après avoir, par ses mille conduits souterrains, traversé toute la viile, on a trouvé une colonne où étaient gravés le nom de ce prince et celui de son collègue Verus , avec l'hommage du peuple bisontin. Un autre monument de Besançon, l'arc de triomphe de Porte-Noire , répond parfaitement aux vices et aux beautés de l'architecture du temps de Marc-Aurèle. De semblables monuments se rencontrent à Langres; c'est à Marc-Aurèle qu'on attribue l'arc de triomphe de la porte du Marché; la preuve de cette attribution résulte de la découverte d'une médaille de ce prince déposée dans les fondations.
Dijon a aussi reçu la visite de Marc-Aurèle, lors de son passage pacificateur à travers les régions orientales de la Gaule. S'il y avait sur l'emplacement actuel de cette ville des maisons, des palais, des temples, il devait y avoir des murs, une enceinte quelconque; cela est évident, surtout à une époque où les invasions barbares et les révolutions civiles commençaient à être plus fréquentes. Ces murailles n'étaient pas anciennes sous le règne de Marc-Aurèle, disent les actes de saint Bénigne; ce qui concorde bien avec le peu d'antiquité qu'on reconnaît en général à la cité dijonnaise. Marc-Aurèle se rendant à Langres et à Besançon pour y examiner des murailles bien autrement fortifiées que celles de Dijon, s'arrêta pour voir si cette récente bourgade était bien placée pour la défense ; si ses murs nouveaux , dont on lui parlait avec avantage, avaient quelque valeur; s'il serait possible, en temps de guerre, d'en tirer parti. Sur ces entrefaites, on l'informa des miracles qu'opérait Bénigne, et du grand nombre de personnes qu'il détournait du culte des dieux. L'empereur, irrité, commanda au comte Terentius de le citer à son tribunal. Bénigne, pris au village de Spaniacus, aujourd'hui Épagny, fut chargé de chaînes et traîné devant ce tyran.