U8 QUATUORS DE L'ILB SAINT-LOUIS
rester longtemps à aboyer à la lune, ci il n'était pas ■ ■ '' : ' -'.U un lien secret, sans lequel je I . > assiduités de Georges tians
la maison.
Madame Combette était de ces natures franches en apj' Hii trompent les gens les plus ex( rcés. Ces
soi: . - X lumes qui disent tout, qui avouent tout, qui ne cachent ni leurs goûts, ni leur désirs, sont bien plus fortes qu^une autre à cacher un secret. Elles ont |)Our elles un masque de sincérité devant lequel tombent tous les soupvons. Sa froideur proverbiale, dont elle plaisantait si souvent, ne cachait-elle pas des passions immenses? Ma défiance prit les armes, et je trouvais que sous cette figure bien portante, sous cet embonpoint llorissant, gisait une personne inconnue.
Georges était aimé depuis longtemps; il in\ entait des fables pour mieux cacher sa discrétion, et j'étais destiné à jouer le rôle d'un paravent. A un moment «lonné, si le plan avait réussi, je devenais fortement amoureux, et surtout visiblement; mes soins empressés devaient me trahir : devant la société de madame Combette, j'aurais passé pour un soupirant malheureux, tandis qu'en secret, protégés par mes tourments publics, Georges etmadîime Combette joni^oi'iU d'un amour sans contrainte.
En cherchant les causes de cette comédie dans laquelle je jouais le rôle ridicule, je me dis que madame Combette tenait essentiellement, aux yeux du monde,
à paraître sage ; elle admettait, il est vrai, les adorateurs, mais comme certaines femmes qui seraient enchantées de s'entendre dire 7e vous aime même par un bossu .
Si je fus piqué d'abord, une fois ce raisonnement bien établi dans ma tête, je songeai à me débarrasser de cet habit ridicule dont on m'avait affublé. Je n'en voulais ni à Georges ni à madame Combette ; seulement je me promis, au besoin, de m'en divertir et de leur montrer que j'avais découvert le mystère de leur liaison. Pour cela j'allai revoir un ancien ami, nommé Timothée, que j'avais un peu néglige depuis quelque temps.
Timothée était un homme remarquable, mais doué à l'endroit des femmes d'une illusion sans bornes. Il avait inventé à leur usage des systèmes singuliers, mélangés de socialisme, et il marchait dans la vie débitant ses maximes avec une foi robuste. Je m'exprime peut-être mal en disant qu'il avait de l'illusion , il croyait que toutes les femmes l'aimaient , qu'il n'avait qu'à se montrer et qu'elles tomberaient immédiatement à ses genoux, séduites par ses étranges prédications. Il arrivait souvent qu'on se moqmU de lui, mais il avait pour lui cette suprême bêtise des gens de génie qui ne doutent jamais et qui ne craignent pas d'employer les moyens les plus niais^ conftants dans leur superbe orgueil.
Mon contre-paravent était ti*ouvé.