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LES QUATUORS DB L'ILB SAINT-LOUIS. 17S

déjeuner, quelquefois de dtner, quand elle avait aperça aux montres d'une boutique un objet tentant qu'elle voulait acheter pour M. Colisée. Elle s'était m^me t<MIeinent habituée à donner, qu'elle n'osait plus entrer chez l'employé les mains vides; tout à coup l'ouvrage ayant manqué, elle préféra rester dans le petit hôtel de la rue Saint-Jacques, se disant malade, p' ■*' ' '- r sa pénurie à son amant.

Ces i : ( nt sa santé, et Victoire, qui,

dans le principe, était rose et fraîche, perdit ses couleurs de jeunesse; ses traits se tirèrent, sa figure s'allongea, ses yeux se creusèrent. Cependant elle était toujours belle, car l'amour brillait dans ses yeux. M. Colisée, malgré sa superbe indififérence, s'aperçut du changement qui s'opérait dans la personne de sa maîtresse; mais, loin d'en être chagriné, il no vit dans cette déperdition de santé qu'un prétexte à peintures. Il avait chez lui toute une pharmacie d'onguents, de petits pots de rouge, de blanc, de noir, et il indiqua h Victoire l'adresse d'une maison de parfumerie où elle eût à se fournir de ces divers ingrédients.

a Les femmes distinguées, lui dit-il, ne sortent pas sans cosmétiques. » Victoire, heureuse de plaire à son amant, greva de plus en plus son budget, et pour la première fois de sa vie ne paya pas la location de sa mansarde à la fin du mois ; mais elle apporta en triomphe les onguents et les eaux de toilette dont l'employé lui avait donné le catalogue. » Connue

il m'aime ! pensait-elle pendant que M. Colisée lui lissait les cheveux, les sourcils, lui mettait du rouge et du blanc. » Cependant l'opération terminée, en se regardant dans une glace. Victoire eut peur. Elle pensa àTaspect cadavérique des figures de cire; mais un mot de l'employé lui fit oublier cette sensation. « Vous êtes beaucoup mieux, lui dit-il. »

Quinze jours après. Victoire, épuisée de fatigues et de privations, entrait à Tliôpital pour n'en plus sortir.

Il se passait en Bretagne, un an avant cette époque, un fait musical qui devait agir puissamment sur la conversation de l'île Saint-Louis. Quatre riches propriétaires, enthousiastes de musique, avaient épuisé en quelques années tout le répertoire classique de quatuors; après les avoir dits et redits cent fois et avoir dévoré la somme de jouissances qu'ils contenaient, les quatre Bretons se trouvèrent embarrassés. Jouei* des quatuors modernes, il n'y fallait pas penser, ce genre de musique étant abandonné, parce que les éditeurs ne se soucient pas de publier des œuvres médiocres dontla vente ne se ferait jamais. La province est la partie de la France où se jouent le plus souvent des quatuors; mais on les joue autant par habitude que par la difficulté de rassembler un orchestre complet. L'art n'a rien à voir là-dedans; si Mozart, Haydn,

lESQUATlOlS DE l lll SAINT-LOUIS

Ikcilioven font 1rs frais ilc ces quatuors, ce n'i bl pa^ par admiralion que leurs noms paraissent si souvent, car Pieyel, Fiorillo et d'autres maîtres anodins y obtiennent autant de succès. C'est ce qui explique pourquoi^ à de rares exceptions, un compositeur distingué essaye de publier un quatuor : malgré les beautés qui pourraient s'y trouver, il courrait risque de rester au fond du magasin et de servir un jour d'enveloppe et de maculatures aux polkas, redowas, mazurkas qui ' «^nt par ballots, et dont le débit est immense. ......^ les quatre Bretons n'appartenaient pas à celte

race d amateurs qui s'endorment en jouant et qui s'occupent d'Haydn ou de Mozart par tradition : ils avaient une vive foi en la musique, à ce point que chacun d'eux était obligé de faire trois ou quatre lieues par des chemins bretons, c'est tout dire, pour se réunir au lieu de leurs séances. Ouand ils eurent compris l'œuvre connue de Beethoven, l'amour de la découverte les conduisit à essayer les quatuors de Beethoven, ceux qui sont désignés sous le nom de derniers et qui jouissaient alors de la plus mauvaise réputation musicale. Suivant les hommes les plus versés en musique, les critiques, les historiens de l'art, ces quatuors représentaient la folie, l'extravagance, l'hallucination, la démence, la misanthropie, l'hypocondrie, le désordre dans les idées le plus complet. Beethoven les avait composés quelque temps avant sa mort, atteint d'une surdité complète, fou de douleur

II se vengeait de la mélodie en la brisant comme un enfant brise une glace, dont il reste sur le pavé quelques fragments brillants qui témoignent, par leur amas, de la grandeur et de la beauté de cette glace. Déjà des musiciens parisiens avaient essayé do pénétrer dans cos quatuors ; mais de môme qu'on ne saurait se frayer un chemin dans une forêt vierge sans hache et sans ircendie,ces musiciens avaient reculé. Les derniers quatuors étaient trop le reflet de Tûme hallucinée du grand Allemand , ils tenaient du délire, et quatre musiciens atteints des mômes souffrances que Beethoven auraient pu les jouer, disait-on.

Les quatre Bretons étaient parfaitement sains d'esprit et de corps, mais ils avaient la patience et la volonté, communes à leur race. Ils essayèrent de déchiffrer le premier de ces derniers quatuors, sans y rien comprendre : en effet, Tincohérence, la bizarrerie maladive, le décousu y dominaient. Les musiciens, qui mettaient une attention profonde à celte lecture, se retirèrent fatigués, brisés tellement que la musique la plus difficile leur eût semblé un enfantillage auprès de ces terribles quatuors. A peine avaient-ils découvert une petite mélodie dans ce désert sauvage nuisical. Ils ne perdirent pas courage et essayèrent, à une nouvelle séance, le quatuor suivant : les mômes peines, les mômes fatigues se renouvelèrent ; mais ils se consolèrent en jouant un des chefs-d'œuvre populaires du grand compositeur. Cependant à la troisième séance

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une faible lueur vint à éclairer l'un d'entre eux, le plus intelligont. Il se leva en sautant de joie, a Je comraence à comprendre, s*ccria-t-il. i> Il inellait dans sa parole renthousiasme d'un naufragésdans une île qui se fait remarquer d'un navire par des signaux. Les trois musiciens plus humbles, qui n'avaient pas saisi le sens de ces quatuors, n'allèrent pas contre cette joie, et s'appliquèrent de plus en plus, pour arriver à se mettre au niveau de leur ami. Enfui, quand les quatuorseurent tous été déchiffrés, les quatre Bretons s'en ' " < nt. Ils avaient découvert un trésor de joui. — .. qui ne devait pas s'épuiser de sitôt, car par la nature de cette musique, il était certain quedelrèslongtemps^ malgré leurs capacités d'instrumentistes, les quatre amis ne devaient songer à entrer en pleine et entière jouissance musicale, qu'après des travaux aussi rudes et aussi pénibles que ceux de la recherche del'or.

Hais quelles jouissances les attendaient, quand ils r I èrent à balbutier cette langue jusque-là

iniii ., c pour tous! A chaque pas qu'ils faisaient dans rœu\Te, c'étaient de nouvelles découvertes, qui commençaient comme un feu de bois vert par une fumée épaisse^ d'où sortaient de petites langues de feu par intervalle, qui s'cnOammaient et lançaient des llammes brillantes. Comprendre une telle musique après des recherches si assidues, c'est presque l'avoir composée. Un portrait de Beethoven ornait seul la

pièce simple où se tenaient les instrumentistes, qut n'avait pour décoration qu'une bibliothèque contenant de grands volunips à dos de parchemin vert, où reposaient les quatuors de tous les maîtres connus. Le portrait de Beethoven n'était pas une de ces petites gravures au burin, propres et soignées, dans lesquelles l'artiste a donné au compositeur un air inspiré, tel que nous avons la manie d'en vouloir affubler les grands hommes : c'était une simple lithographie allemande, modeste et maladroite, représentant la tête de Beethoven, de grandeur naturelle. La figure sombre et souriante, les cheveux mal peignés plutôt que disposés en désordre artistique, on pouvait dire de ce portrait : « Il est ressemblant; n car la simplicité et le manque d'adresse dans l'art sont un signe de vérité.

Tout en étudiant ces quatuors, les Bretons pouvaient, de temps en temps, jeter un rapide coup d'oeil sur le portrait, qui les confirmait dans l'opiniâtreté de leurs recherches. Sans doute une amèrc hypocondrie s'était développée pendant les dernières années de la vie de Beethoven ; mais quel est le grand génie, sans être atteint des maux physiques du compositeur, qui n'a pas été pris de soudaines et immenses mélancolies, que quelquefois il a conservées jusqu'à son dernier soupir? La mélancolie n'est-elle pas le manteau du génie, dont l'œil perçant démôle trop vivement les secrets motifs qui font mouvoir les hommes? Qu'ini-

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porte celte m/'lancolie, si Thomme de génie conserve l'tmoiirde riiumanilo? Les médecins atissi connaissent les maladies de la femme, cela les emptHhe-t-il d'aimer les femmes? C'est en regardant souvent ce portrait que le Breton, qui avait été illuminé le premier par la lueur secrète qui brillait au fond de cette musique, se sentit plus assure que jamais et se jura luimême de continuer ses recherches: car il était impossible qu'avec cette physionomie dessinée justement la dernière année de la vie de Beethoven, le grand compositeur, malgré ses tourments intérieurs, ses secousses morales et nerveuses, eût senti s'envoler son génie musical pour le voir remplacer par l'esprit inquiet de l'hallucination.

Pendant un an les Bretons ne jouèrent que les derniers quatuors; et à chaque séance ils entraient plus avant dans la pensée du maître, ils voyaient l'idée plus claire, plus saisissante. Les effets nouveaux, imprévus el sauvages, que Beethoven a jetés comme des barrières au-devant de ses quatuors, pour en interdire l'entrée aux profanes, apparaissaient aux quatre amis comme des difficultés, des épreuves à traverser avant d'arriver à la terre promise; cependant ils abandonnèrent à regret ces quatuors, car deux d'entre eux se séparaient et partaient en voyage. Tous les ans généralement ils allaient à Paris^ pendant la saison des con- • erts, afin de se mettre au courant des nouveautés iiusicales : trois mois après ils se retrouvèrent à

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Paris chez de jeunes instrumentistes qui faisaient alor» de la musique de chambre entre eux. Dès le premier jour la conversation roula sur les étranges quatuors. La jeunesse est enthousiaste et aime à s'élancer dans rinconnu; ces paroles ne tombèrent pas dans un puits, et les jeunes artistes, séduits par Tassurance des Bretons, commencèrent à étudier cette musique, qui même à Paris passait pour indéchiffrable. Ils y mirent une application tout à fait bretonne ; dès le matio six heures ils étudiaient ensemble ces énigmes musicales et recommençaient deux à trois heures le soir les mômes travaux. Ces études assidues leur donnèrent enfin le mot du sphinx; ils étaient devenus si enthousiastes qu'ils no juraient plus que par Beethoven, et les dernière quatuors seuls leur donnaient la mesure de la grandeur du maître. Ils étaient tombés dans une exagération contraire, c'est-à-dire ils soutenaient qu'avant ses dernières œuvres, Beethoven avait erré, se servant de la manière de Mozart au début, entrant ensuite dans la période de ses symphonies où il se montrait grand et superbe, mais que seuls, les derniers quatuors étaient le couronnement de son œu>Te. A Ips entendre, Beethoven était l'unique musicien des tenij)s passés et futurs; ils admettaient Mozju't au second rang; quant à Haydn, ils s'en moquaient, l'appelaient volontiers perruque, et si quelquefois leur métier les appelait à jouer Haydn, ils le jouaient pardessous la jambe. Quelques persomif '^ r 'i!'" f-it-M^f

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admises dans l'intimité de ces trop grands enthousiastes, à entendre ce qu'ils appelaient* dos révélati. '^ ; mais chacun sortait surpris (le IVxtase

1I.1: , laient plongés les musiciens; et comme

leurs opinions choquantes paraissaient révolutionnaires, leurs confrères les désignèrent sous le nom de quatuor rouge, ce qui était alors une grande insulte.

Pendant doux ans les séances de ces novateurs furent peu suivies par le public ordinaire des concerts; on n'y voyait que des artistes de toutes sortes, des écrivains, dos peintres, des chanteuses, enfin ce monde parisien qui goiUe d'abord au plat comme les cuisiniers, et qui écréme le lait avant de le faire goûter au public. Il y avait également à ces réunions le troupeau d'imbéciles obligés, de ceux qui ne comprennent rien et qui feignent de grands transports d'admiration pour des œuvres qui dépassent leur intelligence, mais qui se fourrent partout où vont les délicats, ayant encore assez de ruse pour dire avant tout le monde : « i'ai entendu telle nnisique,» ou : a J'ai* lu tel livre,» ou : « J'ai vu tel tableau. »

I^ quatuor rouge, à la troisième année de son existence, devint à la mode, et Sylvestre avait été un de ses fidèles admirateurs, suivant avec intérêt les répétitions et les concerts; mais il était dans la nature de Sylvestre de se dégoûter facilement des œuvres qui ne lui paraissaient pas saines ou dont il décou\Tait le procédé. Certainement, pour lui Beethoven était un artiste sin-

cère, ne se servant pas de certains ^^e/s calculés; mais il voyait dansles œuvres de FAllemand, et surtout dans les dernières, des symptômes morbides qui devaient engendrer dans l'avenir une funeste école d'artistes malades. C'est ce qui occasionna de vives discussions entre James et lui. James était un esprit un peu superficiel, ne creusant rien, se traînant à la suite du cri public et ne soupçonnant guère ce qui se passait au fond du cerveau réfléchi de Sylvestre. James, à chaque nouvelle réunion de l'île Saint-Louis, insistait pour jouer ces quatuors de Beethoven. — Eh! mon Dieu ! quelle rage avez-vous pour Beethoven? Nous le jouons fort mal; il me semble qu'il serait plus convenable de revoir un peu Haydn. — Haydn î bah ! dit James. — Comment ! vous aussi, vous méprisez Haydn? songez, mon cher James, qu'il est aussi grand (|ue Beethoven. — Oh î s'écria James. — Il n'y a pas de oh ! Sans doute vous trouverez dans quelques-unes de ses œuvres certaines faiblesses, certaines vieilleries, je vous Taccorde ; mais le charme né s'en attache pas moins à ces tournures du temps... Beethoven est plus dramatique, plus pjissiouné,il est possible, mais Haydn est plusboidiomme. Croyez-le, la simplicité dans les arts passe moins vite que la grandeur, quand elleesttrop tourmentée. L'école de Beethoven, qui a produit Weber et Meyerbeer, sera oubliée, qu'on chantera encore quelque refrain de Grétry. Ne riez pas ; Haydn a pour lui cette abondance, re calme, cette simplicité qui sont le signe des gi*ands

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génies ; tout coule de source chez lui ; on ne sont rien de pMuble ni do travaille ; il fait passer dans TAme de ceux qui IVcoutenl latranquillité ctle bonhourqu'il avait dans le cœur. Croyez-vous que ce ne sont pas là d'imiienses avantages? Moi je ne saurais trop les admirer. Au contraire, pour peu que vous ayez Tesprit un tant soit peu maladif ou chagrin, vous reviendrez, au sortir de l'audition desdennors quatuors de Beethoven, impressionné plus névralgiquement qu'avant ; vos inquiétudes seront accrues ; la musique ne remplira pas son rôle d'ange mystérieux qui vous enlève sur ses ailes et vous transporte dans des mondes inconnus de félicité ; mais vous aurez voyagé sur le dos du dieu des enfers, qui vous fera voir de grands pays désolés, chargés de brouillards épais, et vous vous ressentirez toute la journée de ces sensations. Vous parlez de grandeur, Haydn ne trouve- t-il pas la grandeur? On dirait vraiment, James, que vous ne connaissez ni ses symphonies, ni ses oratorios, ni ses adagios si pleins de belles phrases larges et puissantes. — Cela indique, dit Valentin, que les esprits mélancoliques n'ont pas besoin de redoubler leur mélancolie en écoutant Beethoven, et que le meilleur remède à leur indiquer est de jouer Haydn; tandis que les gens sains de corps et d'esprit peuvent goûter sans inquiétude les inspirations de Beethoven. — Précisément, dit Sylvestre, tu as parfaitement résumé la question ; et il se pourrait que la diflférence d'opinion entre James et moi vînt de la dif-

férence de nos tempéraments réciproques ; ainsi dans la façon de comprendre les arts la physiologie expli- (|uerait beaucoup. J'ai peut-ôtre été un peu loin dans mon appréciation de Beethoven, mais j'avoue qu'il me rend rarement heureux ; or, comme nous faisons de la musi(pie pour notre plaisir et pour nous défatiguer, je lui préfère Haydn et Mozart, et avant tout Haydn. Un bon quatuor d'Haydn ! mafs c'est le bonheur domestique, la franchise, une douce gaieté, de petites farces en famille. Quoi que vous en disiez , l'art qui fera oublieraux hommes Tamertume de la vie sera toujours le premier des arts. Nous vivons perpétuellement dans les soucis, dans les maladies, dans la crainte de l'avenir, et nous allons retomber dans des imaginations Oévreuses, bizarres, de parti pris, qui loin de nous faire oublier la tourmente du présent, nous créent de nouvelles angoisses. Tenez, dernièrement j'étais préoccupé et je ne pouvais chasser de mon esprit certaines tristesses que la lutte de la société nous donne ; j'aurais voulu ne pas être seul, car plus je m'entretenais avec moi-même et plus je creusais mon chagrin. J'entre dans un lliéAtredu boulevard où on jouait le Dîner de Aladclon, Les acteurs étaient très-médiocres, etcependant ils me causèrent un des plus grands plaisirs de ma vie. Tous mes soucis s'envolèrent dès le premier couplet :

Rh ! bonjour, l'ami Vincent, La santé comment va-t-«lle ?

Jamais aucune poésie ni aucune mélodie ne mesem- .

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aussi fraîches que ce pont-neuf. Uien de plus simple que l'intrigue de celte pièce ; mais il y a au fond un sentiujent d'amitié de a»libataire pour sa gouvernaiile; les tendres surprises que la jolie bonne prépare* {tour son maître sont tellement dans la nature des relations qui existent entre un vieux garçon et sa gouvernante, qu'en y r " ' ' <ant il n'y a pas lieu de s'étonner que la pièce do i' ..:• rs compte au moins trente années au théâtre, quand les grandes et superbes machines àe nos dramaturges semblent ridicules six mois après leur naissance. Je ne me fais pas vieux et je ne dis pas que tout était pour le mieux dans le passé, mais la bonhomie de quelques auteurs de la restauration valait bien nos pompeuses théories. D'ailleurs, à quoi attribuer leur durée?

Comment expliquer le succès de Déranger, sinon qu'il y a dans certaines de ses chansons, celle par exemple : « Vous vieillirez, ô ma belle maîtresse / » un sentiment profond d'amitié qui les a conservées. Quand on est très-jeune, on se moque de ces œuvres parce <|u'on ne les comprend pas, on se laisse prendre aux rhéteurs qui vous apprennent à n'admirer que la forme, et un jour on s'aperçoit qu'il n'y a ni conviction ni sincérité sous ces beaux vêlements galonnés d'or et d'argent, semés de pierreries à profusion, et on en revient aux admirations de la foule qui ne se trompe guère. Ainsi Meyerbeer a fait pâlir un moment Rossini. £h bien ! James, quand vous serez fatigué des fracas de

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l'orchestre, quand la musique dramatique vous aura bien brisé, allez entendre le Barbier de Séville, même chanté par les plus médiocres chanteurs de Paris, et vous en reviendrez gai et souriant, heureux d'avoir vu se développer devant vous les feuillets roses du livre de l'amour et de la jeunesse. — J'avoue que Sylvestre a un peu raison, dit Valentin, et si James le veut, nous allons jouer un quatuor de Haydn. — Je ne demande pas mieux. »

Comme ils étaient entrain de dccliitlrer Haydn, M. Colisée entra, aussi bien peigné que par le passé. Quoiqu'il eût souffert de l'impertinence faite par Valentin au coiffeur, il n'avait osé s'en fâcher ouvertement, et de temps en temps il assistait aux quatuors. La conversation s'engagea entre Violette et M. Colisée, et de petits rires de Violette amenèrent des chut de Valentin, qui s'indignait d'entendre chuchoter pendant le quatuor. Justement ce jour-là Valentin n'était pas disposé à une attention profonde ; il oublia de compter ses pauses, et embrouilla ses camarades à tel point qu'il fallut recommencer plusieurs fois. La figure de Sylvestre se contractait, ses lèvres se pinçaient, car pour ceux qui sentent vivement, une mauvaise exécution musicale cause des souflrances intérieures dont on ne pourrait doimer l'idée avec des comparaisons de souffrances physiques ou morales. Aussi Sylvestre ne pouvait-il entendre sans crises violentes ces chanlcuse-; <h)nt 1m v<iî\ v;.»! l avec pein«\ nni i:riinarent

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Ifiors flgiires pour donner une note élevée, qu'on tremble de voir manquer une roulade et qui font passer chez leurs auditeurs une moitié de leur travail, c Tu ne fais réellement pas attention, Valentin, s'écria Sylvestre, et James ne me parait pas comprendre une note de cette musique. Comment ! vous ne sentez pas que le second violon doit jouer son thème assez fort, lequel thème est recouvert des capricieuses fantaisies du premier violon ? Il n'y a que Catelina qui ait bien dit sa partie: le reste est affreux. Pour jouer ainsi Haydn, il vaut mieux se taire. Valentin a la rage d'accompagner fort quand il entend jouer fort à côté de lui. Mais, mon cher, tu n*aspas à t'inquiéter de ce que font tes camarades, regarde attentivement ta partie et sois modeste. — Cette musique n'est pas bien, dit M.Colisée. — Vous trouvez? dit Sylvestre d'un ton furieux, en haussant les épaules. — Elle me plaît moins que celle de la dernière fois, continua M. Cotisée en se regardant dans la glace. — Il me prend des envies de lui jeter mon instrument par la tête, dit Sylvestre à James. Nous allons reconunencer, s'il vous plaît, dit-il. » Et les quatre amis, dominés par la colère inquiète qui paraissait dans les moindres mouvements de Sylvestre, se remirent à leurs pupitres.

I-A première reprise de l'adagio était à peine terminée que Sylvestre frappa d'un coup violent son archet contre le pupitre. — C'est assez, dit-il en devenant tellement pâle que ses camarades s'arrêtèrent

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brusquement. — On ne peut pas faire de musique de la sorte, dit-il. » Vaientin, qui avait compris que la conversation de Violette et de M. Colisée mettait en fureur son ami, lança un coup d'oeil de reproche à Violette. « Qu'est-ce qui te prend aujourd'hui, dit-il, de bavarder de la sorte? Tu sais pourtant que je n'aime pas à entendre causer. Passe dans l'autre chambre, si tu as envie de rire; mais je t'avertis que cela ne me convient pas. » La jeune fille rougit considérablement. « Allons, continuons, dit Valentin. — Attends un moment, dit Sylvestre, je tremble un peu, j'ai mal aux nerfs, cette colère m'a émotionné trop vivement. » M. Colisée, qui pressentait qu'il était cause en partie de l'orage, profita de ce moment de suspension pour prendre congé de Valentin ; mais aussitôt sa sortie. Sylvestre éclata, a Pourquoi nous amènes-tu des gens pareils? dit-il à Valentin ; non-seulement ils sont désagréables, mais ils causent encore. — Oh ! dit Valentin, il a reçu une fameuse leçon, et il est présumable qu'il ne reviendra pas. Si par hasard il revenait. Il n'ouvrirait pas la bouche. — Quand même, dit Sylvestre ; mais sa présence m'agace, son aspect m'irrite. Pour faire de la musique il faut un milieu sympathique, autrement on se sent influencé soi-même par la nullité des gens qui vous entourent. Quand j'entends ces êtres-là dire: C'est charmant, à tort et ji travers, je souffre parce que je vois qu'ils ne comprennent pas. Ce sont des quadrilles et des polkas qu'il serait bon de

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