LV^ RAGOTINS
Propos de bourgeois.
On se dit bientôt dans tout Château-Thierry que les comédiens allaient venir donner des représentations. Sur la grande place, les gros personnages du pays discutaient^ car c'était là un événement extraordinaire.
— Voyons, disait Tun, est-ce bien certain?
— Sans aucun doute; M. Meynandier Ta lu dans V Argus,
— Ah! si M. Meynandier Ta lu dans V Argus..,
— V Argus est un journal bien informé, à ce que prétendent ces messieurs Marteau.
— Connaît-on le tableau de la troupe?
— Si c'était celle du premier arrondissement, on la dit composée de sujets fort capables.
— Tenez, voici M. Ponceau qui sort de la mairie et qui pourra nous en apprendre plus que personne.
M. Ponceau était le secrétairede la mairie de Château-
Thierry, une fonction importante des petites villes. Quoique âgé de quarante ans, il s'habillait en amoureux du théâtre de Madame: habit noir pincé, pantalon de nankin^ chapeau gris, escarpins découverts et conserves en vermeil. Il avait à la main une badine. M. Ponceau, pénétré de ses importantes fonctions, prétendait qu'il menait la mairie; il avait des allures de sous-préfet et passait dans la ville pour un homme qui aime qu'on le regarde. Aussi^ voyant sur la place un f]^roupe qui semblait l'attendre avec impatience, il •ralentit le pas pour attiror la curiosité de ses concitoyens.
— Bonjour, monsieur Ponceau; comment va-t-on chez vous?
— Mes compliments à monsieur Ponceau.
— Je vous la présente, monsieur Ponceau.
Ces salutations et d'autres peuvent donner une idée du respect qu'on avait pour le secrétaire de la mairie, qui répondit tout simplement en badinant avec sa badine:
— Merci bien, messieurs, je vais comme le temps. Après ces cérémonies, la question à l'ordre du jour
fut entamée.
— Messieurs, dit le secrétaire de la mairie, je ne devrais peut-ôtre pas livrer les secrets de l'administration, mais votre discrétion m'est connue ; je puis donc dire aux hommes honoral)les qui m'entourent que la ironpo (innniitiqnf^, actuellement à Soissons, est celle