IIS TRIOS DES CIIEMZELLES. U
dit il, ne \ous cnipî^chrra pas do faire i\c la musique. Ma femme reste, et vous me ferez plaisir, messieurs, de venir comme d'habitude. » M. Trudc s'inclina. <( Votre voyage n'est pas encore tout à fait décidé, dit madame Loncie. — Bah î dit le mari, je veux que Ton fasse ma malle dès demain, d M. Lonclc raconta alors l'objet de son départ : il allait vendre des biens qui liii revenaient d'un héritage, sa présence était absolument nécessaire sur les lieux. « Ma femme voulait venir avec moi, ajouta-t-il : mais quel agrément aurait-elle d'entendre toute la journée des gens de lois? Je crains un procès de la part de mes cohéritiers. Je vais me trouver dans un pays où je n'aurai que des relations d'intérêt avec des parents qui semblent se liguer contre moi. Ne vaut-il pas mieux qu'elle reste tranquillement ici ? Elle aime la musique, et j'ai compté sur vous, messieurs^ pour la désennuyer.
Le maître de musique, dont la langue n'était pas aussi alerte que l'archet, murmura quelques paroles embarrassées ; ce fut notre dernière rencontre avec M. Loncie. Sa femme s'était opposée fortement à son départ, a Vous avez, Monsieur, lui disait-elle, assez de fortune, sans vous inquiéter de ces procès. » Mais M. Loncie, sans être avare, n'entendait pas de cette oreille. — A votre âge, disait sa femme, un voyage si long est fatigant. — Cela me distraira. Et puis, il ne sera pas dit que je crains mes parents, qui, parce qu'ils demeurent dans le pays, veulent se
liguer contre l'absent. Il fjuit faire reconnaître mes droits. — Est-il bien convenabln, disait madame Loncle, de me laisser seule dans la ville? — Tu auras la société de ces messieurs. — C'est justement là ce qui est à craindre; la ville est si méchante dans ses propos! On trouvera extraordinaire que M. Trude vienne si souvent. — Je me soucie bien des propos de la ville ; d'ailleurs, M. Trude n'est pas un homme, c'est un musicien. — Vous en étiez jaloux dans le temps. — Avant que tu n'aies consenti à ce journal, que je vais emporter en voyage et lire et relire. Mais, je t'en prie, écris-moi tous les deux jours tes moindres impressions. Si tu t'ennuyais par trop, je reviendrais tout de suite. »
Pendant trois semaines, les lettres de madame Loncle à son mari furent insignifiantes; elle lui racontait les nouvelles de la ville que je lui rapportais, elle lui disait l'emploi de ses journées monotones, à part la musique. M. Loncle se plaignait de la froideur et du manque d'intért^t de la correspondance, lorsqu'il reçut la lettre suivante :
a Vous devriez revenir au plus vite, Monsieur. Il y a quelque chose qui me présage un grand malheur, je ne sais lequel. J'ai envie de pleurer dans la journée; bien souvent je regarde par la fenôtçe la riche vallée qui s'étend au bas de la campagne ; celte vue devrait me donner des idées riantes, et cependant je suis triste, mais triste h mourir. Quelquefois je reste ainsi UBÎse sur ma chaise deux heures sans penser à quoi