‹ Les premiers beaux joursChapitre 6 sur 33 · LI..S i i. . • - ;*..> i.ni.M. ... *.i · texte numérisé non relu

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que ce so'ïi, 11 me sonible que mon Amo est partie et qu'elle voyage ; mais le moindre bruit la rappelle et e|Ie rentre immédiatement. Depuis que vous ôles parti, M. Tiude e^t plus réserve, et vous s;ivrz s'il se tenait, vous présent. Ce jeune honnnc doit avoir un fond de chagrin que rien ne saurait adoucir : il n'ose même pas me regardei*. Aussitôt que je lève les yeux sur lui, il les baisse, comme s'il enfennait un secret derrière ses paupières. Ah î Monsieur, que la vie est amèro ! Vous me dites que votre procès traîne en longueur; laissez là votre procès et revenez. Avanthier M. Trude est entré plus mélancolique que de coutume. J'ai peur qu'il ne manque d'argent; sa position est peut-être unbarrassée, que sais-jc ? 11 m'a souhaité le bonjour, a demandé de vos nouvelles et n'a plus rien dit. Je cherchais comment je pourrais tirer adroitement son secret et j'ai demandé à M. Charles quelle oj>inion on avait de M. Trude dans la ville. Sa réputation est excellente ; on ne lui connaît ni dettes, ni maîtresse ; mais il passe pour un honmie sombre. Cela, je le savais. Cependant, j'ai réussi à le faire causer : sa tristesse vient de la mort de sa mère ; il ne manque pas un jour d'aller au cimetière, et je m'explique maintenant qu'il arrive souvent les yeux un peu rougis. 11 devrait peut-être prendre quelque distraction et ne pas se laisser aller à la douleur, car il pourrait tomber malade. Je lui ai dit là-dessus tout ce que j'ai pu trouver de plus affectueux. 11 a paru

surpris et m'a demandé comment je pouvais avoir quelque amitié pour lui, qu'il m'en remerciait, mais quMi ne se trouvait pas digne des consolations que je lui offrais. C'est un homme singulier, que la société a fait beaucoup souffrir ; il me l'a dit du moins, et je l'ai trouvé moins sauvage quand il s'animait en me racontant ses souffrances quotidiennes, lorsqu'il étudiait au Conservatoire. J'aurais voulu. Monsieur, que vous l'entendissiez ; il raconte beaucoup mieux qu'on ne saurait le supposer, et son sourire paraît d'autant plus doux qu'il illumine rarement sa physionomie froide. La timidité l'a empêché de faire son chemin ; il a douté plus de lui que de son talent en se trouvant entouré de musiciens qui remplacent le sentiment par l'orgueil, et qui en imposent au monde par des manières superbes. Décidez-vous à revenir bientôt. Monsieur; demain, je reprendrai cette lettre. »

« Vous recevrez cette lettre un peu tard, par un petit accident qui m'est arrivé. Après avoir fait de la musiqu3, j'ai prié M. Trude de m'accompngner au jardin ; je suis curieuse, que voulez-vous? Je voudrais connaître la vie tout entière de notre musicien. Je me suis demandé si cet homme froid avait aimé. Peut-ôtre est-ce un amour trompé qui rend sa figure si indifférente ; peut-être est-ce un masque pour mieux cacher ses impressions. Je cherchais à amener la conversation sur ce sujet, lorsqu'en passant près d'un lilas, j'ai voulu me hausser pour prendre la pre-

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inière branche i\e lilas de la saison ; tout à ooup j'ai eu froid au cœur, j'ai poussé un cri, je m'étais foulé le pied, et je serais tombée si M. Trude ne m'avait soutenue. Impossible de mai'cber ! M. Trudc a été obligé de me rapporter au salon dans ses bras, et c'est moi qui l'en ai prié, car il hésitait fort à me rendre ce senice. La douleur passée, j'ai ri de la figure de mon chevalier, qui était très-pftle et qui aurait pu passer pour le malade. J'en ai été quitte pour deux jours de repos au lit ; mais jamais vous n'avez vu un homme aussi embarrassé que mon maître de musique ; il a été pris pendant une heure d'un léger tremblement nerveux, comme si la foudre était tombée à ses pieds. Le lendemain il est venu savoir de mes nouvelles, et je l'ai prié de rester à me faire la lecture. Il lit bien. C'est singulier comme certains hommes semblent prendre plaisir à se rendre désagréables par l'enveloppe. Mais tous les jours je casse un peu de la coquille qui recouvre M. Trude, et je découvre mille qualités, qu'il enfouit comme un avare son trésor, d

M. Loncle répondit à sa femme qu'il la trouvait maligne à l'excès, mais qu'elle voyait le musicien à travers un singulier mirage ; qu'il était enchanté de ses lettres et qu'il la priait^ m«ilgré cette correspondance, de ne pas discontinuer son jourpal, afin de trouver en ;irrivant un rendu-compte exact de ses pensées.

a Vous allez me tronvor Mon folio, écrivait ninrlame

Lonclc dans une autre lettre à son mari. Ce que j'ai à vous dire est léger et sérieux tout à la fois. Faut-il Tavouer? Une autre femme ne le ferait pas ; mais je vous ai juré de ne rien vous cacher, et je remplirai ma promesse. D'après de secrets pressentiments qui ne' trompent jamais les femmes, je m'étais douté depuis longtemps qu'une passion tenait M. Trude, j'en ai la preuve aujourd'hui. Croiriez-vous que dans le premier moment j'ai été contrariée ? Maintenant que je suis habituée à la figure froide de M. Trude, je ne peux plus le voir autrement. Il aime en secret, depuis un an, m'a-t-il dit, une personne qui ne le saura jamais. — Vous vous trompez, lui ai-je dit, elle le sait. Le pauvre garçon s'est troublé et n'a pas entendu ce que je lui disais. Une femme se réveille un matin, son caractère a changé tout à coup ; la veille elle était triste, fatiguée de la vie ; la voilà qui se pare comme pour une fête, elle entrevoit une nouvelle vie. El pourtant elle ne sait rien, personne ne lui a parlé, aucun homme ne l'a regardée ; mais elle sait que quelqu'un pense à elle dans ce moment, que quelqu'un l'aini )nt les songes qui lui ont apporté cette

nouvelle sur leurs ailes dorées. Elle tire ses rideaux en sortant du lit le matin, et le soleil s'est précipité dans la chambre avec une joie qui semble dire : Quelqu'un vous aime ! L'air est plus pur que de coutume, le ciel plus beau, les arbres plus verts. Tout dans la

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