FERDINAND I. LKS PREMIERES ANNEES
péril, et jusqu'en i3()2, les provinces autrichiennes furent exposées presque chaque année à l'invasion : les Mag3'ars, pour l'indépendance desquels il combattait, redoutaient et détestaient leur défenseur plus que les Infidèles ; pour obtenir quelque répit, il fut réduit non seulement à renoncer aux deux tiers de la Hongrie, mais à payer au Sultan un tribut très lourd. Les affaires d'Allemagne ne lui causaient pas moins de tourments. Il fut élu Roi des Romains en 1 53 1 , mais les Catholiques n'obéissaient guère à ses ordres, et les Luthériens, dont le nombre grandissait sans cesse, bravaient ouvertement ses décisions. La Réforme pénétrait dans ses domaines héréditaires et ajoutait à tous les anciens éléments de désordre un nouveau et redoutable ferment d'agitation.
Les premières années furent dures : Ferdinand était sans cesse par les chemins, courant de province en province, sollicitant partout des secours qu'on lui marchandait et qui, arrivant trop tard, ne servaient à rien. En Bohême en particulier, les difficultés étaient extrêmes : pas de ressources régulières; des immenses domaines de la couronne, quelques parcelles à peine avaient échappé par hasard à l'avidité des seigneurs; des dettes énormes et des créanciers exigeants; ni argent, ni crédit, ni administration. La plupart des revenus étaient engagés, les autres se perdaient en route et n'enrichissaient que les grands officiers. Les mines de Koutna-Hora, si productives, longtemps le trésor des rois de Bohème, sont un curieux exemple du gaspillage et du désordre financiers : les fermiers prospéraient, le faux monnayage était ouvertement pratiqué, les dépenses dépassaient les recettes, et le prince ne recevait rien '.
I. Sur les mines, V. les Mémoires de Datchitsky, ;7a5s/m. Sur la situation financière, v. l'Instruction de Ferdinand à la Chambre des Finances (23 mars i527), dans les Archiv fûv œsterr. Gesch., t. 66, p. 281. L'honneur d'avoir attiré l'attention sur le gouvernement de Ferdinand revient avant tout à M. Rézek ; il a publié de nombreux articles dans les diverses revues de Bohème, entre autres : Einige Beitrœge pi den bœlim. Landtags-Akten vont Jahre 1526 bis i534, dans les Sitp Ber. der K. bœhm. Ges. der Wiss. 1876, p. i38, et la Réforme de la Chambre royale (en tchèque), même recueil 1881. Sur l'administration de Ferdinand et les commencements de la monarchie
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Le roi, de mœurs régulières, la main facile, mais nullement prodigue pour lui-même, n'avait pas d'argent pour payer ses serviteurs ; il lui ariiva, à lui ou à sa famille, de manquer des objets les plus nécessaires.
D'un souverain il n'avait que le nom : il s'était engagé en I 52() à ne pas enlever aux Grands Dignitaires les charges qu'ils détenaient. Si bien que les règnes de Vladislas et de Louis se continuaient' en fait; les seigneurs ne tenaient aucun compte des ordres du prince : n'était-il pas leur créature ? Lev de Rozmital, grand burgrave, plus tard capitaine général, était plus puissant que jamais. Il avait deviné Ferdinand et le redoutait: aussi, il restait sur ses gardes et recherchait des alliances qui, en cas de conflit, lui permettraient de défier la colère du roi. A Prague, son complice, Pachek de Vrat, regardait comme non avenus les décrets de la cour. Les Bavarois n'avaient pas tenu rancune à Lev, avaient peut-être rçcommencé à lui fournir de l'argent; il était en relations suivies avec tous les adversaires de Ferdinand, les Protestants d'Allemagne, les Hongrois. En i328, on levait ouvertement des soldats en Bohême pour Jean Szapolyai; le bruit courait dans l'Empire qu'une insurrection allait éclater, et le roi ne l'évita qu'à force de modération et de sang-froid.
Jamais le désordre n'avait été plus grand : luttes des seigneurs entre eux, des Chevaliers et des Seigneurs, des nobles et des villes. Les ligues particulières se multipliaient: chaque Ordre, menacé, ne comptant que sur luimême pour défendre ses privilèges, avait ses assemblées, ses chefs, ses soldats. Tout le pays était en armes. Les brigands pullulaient, infestaient les routes. Les diètes, très
autrichienne, il a paru depuis quelque temps d'assez nombreux travaux : les deux plus importants, parmi les ouvrages récents, sont : Rosenthal, Die Behœrdenorganisation K. Ferdinand's I, dans les Archiv fur œsterr. Gcscli., t. 66, Vienne 1887, et Fcllncr, Ziir Gescli. der œsterr. Centralverwaltung dans les Àlittheil. des Instituts fur œsterr. Gescliiditsforsdmng, 1887. On trouve de très curieux renseignements sur l'administration en Bohême pendant cette période dans le travail que nous avons déjii cité de M. Bohuslas Rieger, Les districts et leur organisation en Bohême.